‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 151 sur 335 · A MM. DU CONSEIL DES CATHOLIQUES D'IRLANDE · texte numérisé non relu

A MM. DU CONSEIL DES CATHOLIQUES D'IRLANDE

[Paris, J i<> octobre 1 663.

Messieurs,

Comme je compastis généralement au malheur de tous les catholiques qui n'ont pas le libre exercice de leur religion, je vous avoue (jue je le leur procurerois de tout mon cœur avec mon sang et ma vie. s'il n'estoit question que de les donner pour ce sujet. Mais comme pour cela il faut demeurer dans certains termes, que Dieu et le droit des gens ordonnent, et qu'un tel bien despend de la grâce du prince, qui doit estre seulement recherchée de ses sujets par prières et par remonstrances, et des autres princes par intercessions et offices, je vous puis asseurer que je m'efforceray tousjours de porter la Reyne à vous assister de son autorité et de son crédit, et à vous moyenner tout le soulagement et tout l'avantage que vous pouvez raisonnablement attendre pour vos consciences et pour vos fortunes.

Vos pères ont voulu autresfois user pour cet effet des remèdes contraires, que Dieu n'a point besnis1, et ont eu recours à la force estrangère, qui n'a produit que vostre oppression et une deffiance incurable dans l'esprit du souverain, qui a creu que vous n'estiez ses sujets qu'à cause que vous ne le pouviez point estre du prince qui a voit entrepris de vous deslivrer de son joug pour vous mettre sous le sien par une conséquence nécessaire.

Maintenant que je suppose que vous avez changé de conduite, et que, quittant celle de vos pères pour une meilleure, vous rechercherez, avec la douceur et dans l'usage des devoirs que Dieu commande, ce qu'ils n'ont peu rencontrer dans la violence, et ce qu'il a relïusé aux

' Allusion aux tentatives faites par les Ir- le joug de l'Angleterre, avec le secours du landais, du temps d'Elisabeth, pour secouer roi d'Espagne, Philippe II.

DU CARDINAL MAZAR1N. 421

pratiques et intelligences de dehors, qu'il deffend, je ne lais point Ociobn difficulté [de croire] que le prince ne se rende plus traitable qu'il n'a l'ait à ceux qui donneront de plus grands exemples de l'obéissance qui luy est deue, et qu'il ne se porte à souffrir l'exercice d'une autre religion, comme faisoient les chrestiens des premiers siècles. Je ne doute point encore que marchant dans ce chemin, Dieu ne fasse réussir mis justes désirs, et que la Reyne n'appuyé de son autorité vos interests auprès de vostre Roy, qui, vous connoissant pleins de zèle pour son service, trouvera les siens à vous protéger. Pour moy, je vous dis derechef que j'apporteray tousjours ce qui despendra de moy pour une si bonne fin.

CGXCVIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. loin. I, f' 128 recto.

A M. LE COMTE DE HARCOURT '

[ Paris,] 1 7 octobre i 643.

Monsieur.

J'ay appris par la vostre du 1 1 de ce mois ce qui est arrivé à M. le mylord de Montaigu'2, et les offices que vous avez faits auprès de M. le comte de Warwich pour adoucir cet accident. La Reyne a fort approuvé vostre conduite et se promet que, mesnageant cette affaire, comme vous n'y manquerez point, avec une modération courageuse, et interposant l'autorité de Sa Majesté, sans l'engager qu'à mesure que vous nous en donnerez avis et que vous en recevrez l'ordre d'icy, elle

Le comte d'Harcourt avait été envoyé riia captus est Roasse. Fuerat is absens dam-

en Angleterre avec une mission extraordi- natns a parlamenlariis, rcceperal se in (îal-

naire. dont les pointa principaux oui été liam, inde venit non in eomitalu coniilis

indiqués plus liant, p. .'5/4.3 (noie 9). Harcurtii, sed dissimulato habitu. Gum eo

Montaigu avait été arrête en vertu d'une venisset addidit se (îressio. qui ab itineri

sentence du Parlement, rdn Anglia , dit ad regem erat pra;niissus. * [II. Grotii epi

Grolius, nobilia Montacutua a parlementa- sloke inédite, p. 88.)

\-l-i LETTRES

Octobre n'aura point de suite fascheuse. Vous n'oublierez donc rien, avec ces précautions, pour faire rendre la liberté audit sieur Montaigu, et d'autant que vous fairez chose agréable à la Revue et que vous ne pourriez plus sensiblement m'obliger. Vous sçavez qu'il est mon amy particulier, et je croy que, vous disant cela, je vous en dis assez pour \oiis faire ajouster quelque chose, pour l'amour de moy, aux soins que vous prendrez pour contenter la Reync en cette occurrence.

Je croy qu'il n'est pas incompatible, et c'est l'opinion de plusieurs grands personnages, que le sujet d'un prince puisse sortir de son pays el perdre le caractère de sa première sujétion pour entrer dans une nouvelle, en eslisant sa demeure perpétuelle et irrévocable dans les Estais d'un autre prince, qui peut après se servir de luy comme du reste de ses sujets et luy communiquer les mesmes droits et les mesmes prérogatives qu'aux autres. Vous sçavez l'histoire de Rhincon, natif d'Espagne et par conséquent né sujet de Charles le Quint. Après qu'il eust renoncé à son pays de naissance et qu'il se fust estably en France, François premier le nomma son ambassadeur près le Grand Seigneur. Comme il alloit à son ambassade, il fut assassiné sur le Pô par ordre du marquis de. Gast1. François demandant raison de cet attentat, l'Empereur et le marquis nièrent constamment le fait, et celuy-là protesta tousjours à François que, si l'on pouvoit descouvrir les auteurs de l'assassinat, il les remettroit entre ses mains pour en faire exemple, comme de violateurs du droit des gens, et n'allégua jamais que cela luy fust permis comme sur une personne qui estoitnée son sujet. On peut tirer conséquence de ce fait à celuy dont il est maintenant question, comme un argument qui se tire d'une chose plus grande à une moindre, puisque le sieur Montaigu est en France en la condition de Rhincon; qu'il est envoyé de la Reyne; et avec cette différence encore qu'il n'est point né sujet du Parlement, mais bien du roy d'Angleterre2. Cette conside-

' Du Guast (ciel Guas(o). sibi cupit , idque per Harcurtium significa-

' Le Parlement refusa d'abord de rendre vit; sed récusant id parlanientarii, dicentes

Montaigu. « Monlaculum , dit Grotius, re- eum damnatum a Parlamenlo. Rege consen-

giua Galliae regens, ut a se missum, reddi tiente. * (Epist. ined. p. 93.)

ration ne doit estre employée qu'à l'extrémité, et je croy que vous Octobn n'en aurez point besoin, et que messieurs du Parlement prendront ce temperamment que la Reyne, faisant semblant d'ignorer ce qui a esté fait, pourroit faire revenir le sieur de Montaigu, comme ayant affaire de luy en France, et cela pour guérir les esprits de ces messieurs de l'aigreur et de la defïîance qu'ils ont conçue contre luy, et sans qu'il parust qu'ils y eussent obligé [la Reine]; mais seulement que cYstoil de son propre mouvement.

Au reste, mettez-vous en repos du soin de vos interests; je les considère à l'esgal des miens propres, et vostre secrétaire vous pourra escrire que je l'ay prié de m'avertir des occasions où je vous pourra} estre utile, et je vous fairay paroistre que personne ne peut estre avec tant de vérité que je suis, etc.

P. S. La Reyne escrit de sa main, (le que je nous escris du lait de Rhincon n'est pas comme un ordre dont vous ayez à vous servir, mais par forme d'csclaircissement de cette matière. J'excepte en cas d'une grande extrémité et après avoir essayé tous les autres moyens. Je ne croy pas neantmoins qu'on en vienne là, et que vous n'ayez le temps de nous avertir.

GCXCIX.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719. loin. 1, 1° 1 a8 verso.

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