‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 152 sur 335 · A MADAME LA DUCHESSE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE SAVOIE

I Paris, | 20 octobre ifi'i.'l Madame.

Le bruit qui est venu aux oreilles de Vostre \ltesse royale, que j'apprehendois quelque diminution en l'honneur de ses bonnes grâces, m'est en cela avantageux qu'il l'ait voir qu'elles me sont extresmement chères; mais comme il n\ a rien en ma conduite qui m'en peusl

hV\ LETTRES

Octobre esloigner avec justice et que je suis certain de n'avoir, dans le service

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du boy, rien obmis de ce qui me les peust faire mériter, je me persuade aussy avec raison que Vostre Altesse m'a conservé la part qu'elle m'y avoit donnée. J'ay certes sujet de le croire par les bontés qu'elle ma l'ail paroistre, et ce qu'elle m'a fait l'honneur de m'escrire de sa main , et par la confiance qu'elle me tesmoigne prendre au zèle que j'ay pour ses interests et pour son service; il ne sauroit estre plus passionné ni plus constant.

Quand mesme je ne me proposerois point de seconder les intentions do la Reyne, qui ne respirent que la grandeur de la maison de Savoye et le contentement particulier de Vostre Altesse royale; quand mesme je m'esloignerois de ma propre inclination, qui n'a point d'objet qui la touche davantage après le bien de cette Couronne, je dois trop à la mémoire de feu Son Altesse royale 1 pour manquer à aucun des devoirs que la reconnoissance m'oblige de rendre à une personne qui n'a esté qu'une mesme chose avec luy.

H est vray, Madame, que je n'ay pas beaucoup de peine, comme je viens de dire, de servir Vostre Altesse auprès de Sa Majesté, et je suis tesmoin de la joie particulière qu'elle a de voir approcher la paix, pour voir restablir la maison de Savoye en son ancienne splendeur et en tout le reste de ce qui luy appartient. Bien que nous soyons à la veille de ce temps bienheureux, la France ne discontinuera pas les efforts qu'elle a faits jusques icy pour y acheminer toutes choses. Cependant, Madame, j'ay à rendre à Vostre Altesse de très-humbles grâces pour la part qu'elle a voulu prendre, pour l'amour de moy, à un accident où j'ay esté intéressé, et à la conjurer de me continuer sa confiance en la passion que j'ay pour tout ce qui la regarde, puisqu il est impossible que personne soit avec plus de vérité et de respect que moy, etc.

' Victor-Amédée , duc de Savoie, mort cette princesse qu'est adressée la lettre de eu 1637, avait épousé Christine ou Chré- Mazarin. Elle est souvent désignée par le tienne de France, fille de Henri IV. C'est à titre de Madame Royale.

CGC.

Manusc. de la Bibliotb. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 129 recto.

A M. D'AIGUEBONNE

[Paris,] 20 octobre i60.

Monsieur,

J'escris à Madame Royale une lettre que je vous supplie de prendre la peine de hiy rendre. Elle est en partie pour respondre à une qu'elle m'a escrite de sa main, et où elle me tesmoigne prendre part à un accident où j'ay esté intéressé et dont je voudrois de bon cœur que la mémoire lùst supprimée; vous jugez bien ce que je veux dire'. Vous 1 asseurerez, s'il vous plaist, du ressentiment que j'ay de l'honneur quelle m'a fait, et comme, après le bien de cet Estât, je n'ay rien tant à cœur, et dans ma propre inclination, et suivant les intentions de la Reyne, et selon ce que je doy à la mémoire de feu Son Altesse royale, que le restablissement de la maison de Savoye en son ancienne splendeur.

Et d'autant qu'elle m'a prié de porter Sa Majesté à luy remettre Trin entre les mains, vous luy représenterez que, estant à la veille de la paix, où M. son fils doit recevoir un entier recouvrement de tout ce qui luy appartient, il ne faut qu'un peu de patience pour cela. Vous luy donnerez ces véritables asseurances de ma part, et vous recevrez, s'il vous plaist, celles que je vous donne, qui ne le sont pas moins, d'estre toute ma vie2, etc.

' On a vu plus baut (p. 33y, note 2, et l'occasion de sa victoire sur la cabale des

p. 339 , note 2 ) l'indication des affaires aux- Importants.

quelles Mazarin fait allusion. Dans la leltre 2 Cette lettre, qui se trouve reproduite a \1. d'Aiguebonne, connue dans la dépêche textuellement dans une dépèche du 21 orprécédente, destinée à Christine de France. tobre (voyez ci-après, p. A26). ne fui produebesse de Savoie, Mazarin répond aux bablement pas envoyée, compliments qu'on lui adressait d'Italie à

'i26 LETTRES

Octobre

ceci.

Manusc. do la Bililioth. Mazarine, n° 1719. tom. I. f° 129 verso. A M. D'AVAUX,

CONSEILLER DU r.OV Rfl SES CONSEILS, SURINTENDANT DE SES FINANCES ET SON AMBASSADEUR POUR LE TRAITÉ DE PAIX EN ALLEMAGNE.

[Paris,] 21 octobre 1 663.

Monsieur,

M. Servien se rendra précisément à Mezières au jour qu'il vous a marqué par sa lettre; c'est pourquoy ce sera à vous à prendre là-dessus vos mesures, et nous vous remettons le choix, ou de sortir ensemble de France, ou de prendre le devant de trois ou quatre jours, ainsy que vous le jugerez plus à propos. Quoy qu'il en soit, j'estime que ce seroit une chose superflue de vous envoyer un pouvoir pour agir seul , puisque M. Servien vous doit suivre de près, au cas que vous n'alliez point ensemble, et que vous pourrez travailler conjoinctement au rendez-vous destiné pour ce sujet, sans que ce retardement soit d'importance. C'est tout ce que je vous puis dire maintenant, après vous avoir asseuré que personne ne sera jamais avec plus de vérité et de passion que moy, etc.

GCCII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 129 verso.

A M. D'AIGUEBONNE

[Paris,] 21 octobre a 643.

Monsieur, t

Jescris à Madame Royale une lettre que je vous supplie de prendre la peine de luy rendre. Elle est en partie pour respondre l, etc.

1 Le commencement de cette lettre est semblable à la dépêche publiée ci-dessus (p. 4a5).

Et d'autant qu'elle me prie de porter Sa Majesté à luy remettre Trin Octobre entre les mains, vous luy représenterez que nous estimons que maintenant cela seroit contraire aux interests de M. le duc de Savoye, qui seroit obligé à une trop grande despense pour la conservation de cette place, ou à laisser une trop grande facilité aux ennemis pour tascher de la reprendre; mais que, estant à la veille de la paix, où l'on doit rendre à l'Italie un entier repos et y establir toutes les choses au point où elles doivent estre, elle peut s'asseurer que la maison de Savoye sera considérée sur tous les autres Estats de ce pays-là, et quelle n'aura à désirer aucune marque ni aucun effet de la bienveillance et de la protection de Sa Majesté; qu'on se promet, au reste, que le procédé de Son Altesse royale sera tel et qu'elle continuera à rendre tant de preuves de son affection envers la France, que le Roy ne s'asseurera pas moins des places qui seront entre les mains de M. le duc de Savoye que si elles l'estoient aux siennes propres.

J'approuve fort la conduite avec laquelle vous traitez avec Sadile Altesse royale et avec MM. les Princes, à qui il faut toujours faire connoistre qu'ils sont icy aymés et estimés comme ils méritent. Vous verrez dans les despesclies de M. de Brienne les plus secrètes resolutions qu'on a prises pour ce qui concerne ladite maison de Savoye, aiïin que, ayant ces lumières, vous puissiez agir plus seu renient et plus avantageusement pour le service de Sa Majesté, et affin aussy que toute la négociation passe par les mains des ministres. Dans le peu de satisfaction que nous avons icy de la conduite de l'ambassadeur de Sadite Altesse, qui est moins solide et judicieuse qu'il ne seroit à désirer pour le bien de son service, et qui, s'arrestant plus aux bruits de Paris qu'à la vérité des choses, ne peut que luy donner des impressions plus propres à flatter ses passions qu'à servir à ses affaires, vous n'en fairez pourtant pas de plainte; mais il suflit que vous en soyez averly et que vous sçachiez la source d'où peuvent venir les mauvais avis qui se donnent à Sadite Altesse, à qui neantmoins vous confirmerez tousiours en gênerai les asseurances que je luy ay plusieurs fois données qu'elle n'avoit point de plus véritable serviteur que moy, et que le temps luy

ifi'i.r

Octobre faira connoistre que, dans l'ordre de nies affections, ses interests et ceux de M. son fils marchent après ceux de cette Couronne. Vous croirez aussy, en vostre particulier, que je suis, etc.

CGCIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f i3o reclo.

A M. DE GRESSY'.

[Paris,] 21 octobre i6i3.

Monsieur,

Depuis avoir receu la vostre du 27 du passé, nous avons appris la détention de M. le mylord Montaigu, et la conduite que vous avez observée en cette occasion; elle ne pouvoit estre plus judicieuse, et je m'asseure que messieurs du Parlement ne se hasteront point à faire desplaisir à une personne avouée de la Reyne. Vous insisterez donc puissamment là-dessus pour les obliger de le remettre en liberté, et leur fairez connoistre que Sa Majesté en recevra un singulier plaisir, comme il y auroit du danger qu'elle ne se sentist desobligée, s'il en estoit autrement. C'est de quoy je vous conjure autant que je puis et de me tesmoigner, dans cette rencontre, que la prière que je vous en fais ne vous est pas indifférente. Vous sçavez que c'est pour une personne que j'estime beaucoup et qui m'est fort chère.

Vous asseurerez aussy tousjours Leurs Majestés Britanniques de la continuation de mon très-humble service.

Vous apprendrez le reste de ce qui concerne la négociation de M. le comte de Harcourt, des despesches de M. de Brienne, auxquelles me remettant, je me contenteray de vous protester que je seray tousjours très-veritablement, etc.

1 On a vu plus haut (p. 3 A3) que M. de plomatique en Angleterre, où il précéda le Gressy avait été chargé d'une mission di- comte d'Harcourt.

GGCIV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° i3o recto.

A M. LE DUC DENGHIEN.

[Paris,] 2a octobre i6h'à.

Monsieur,

Vous n'avez pas besoin d'autre agent auprès de la Reyne, pour vous conserver ses bonnes grâces, que [de] vostre vertu et des services que vous rendez à l'Estat. Je vous puis asseurer avec vérité qu'elle en a tout le ressentiment qu'ils méritent, et que je ne luy sçaurois rendre de complaisance plus agréable que de luy en raffraischir la mémoire. L'affaire de Chantilly ]. dont vous m'escrivez, est un pur mouvement de la bonne volonté qu'elle a pour vostre maison, et je n'y ay rien contribué que d'applaudir à son sentiment.

Elle a appris avec grande satisfaction le progrès de vostre marche, et se promet toute sorte de bonheur d'une expédition dont vous estes le chef et l'arbitre. L'ordre a esté donné pour vous faire tenir la demymonstre qui vous a esté promise, et l'on a résolu les quartiers qui doivent estre assignés à vostre armée. Je ne vous parleray point de la joye que je reçois de voir que toutes choses prennent un bon cours sous vostre conduite; elle est au-dessus de ce que je vous en pourrois dire

M. le chevalier de Chabot2 nous a représenté les raisons que vous avez eues de changer la resolution qui avoit esté prise icy. Elles sont si considérables que nous ne pouvons qu'approuver ce changement, el nous avons tousjours estimé qu'estant sur le lieu et dans l'occasion,

1 La Heine venail de rendre bu prince en 1 63 a. La princesse de Condé était sœur

de Condé Chantilly et Danimartin, qife de ce maréchal de Montmorency.

Louis Mil s'était réservés sur les biens con- 2 Henri de Chabot épousa dans la suite

fisqués après la condamnation du maréchal Marguerite de Rohan. et devint duc de

Henri de Montmorency, décapité à Toulouse Rohan-Chabot.

iii'i.-i.

Ociobte personne ne pourroit juger mieux que vous ce qu'il faudroit faire pour la fin que nous avons. Nous attendons avec impatience les suites de vostre voyage, et moy plus que nul autre, pour avoir le contentement de vous revoir plus tost icy et de vous y pouvoir tesmoigner qu'il est impossible que personne vous honore plus que moy et soit avec plus de passion, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° i3o verso.

A M. LE BARON D'OYSONVILLE.

[Paris,] 99 octobre 1 643.

Monsieur,

Je vous suis bien fort obligé des offres que vous me faites de vostre affection et de la part que vous me tesmoignez prendre à un accident où j'ay esté intéressé. Je vous supplie de croire que je rechercheray avec soin les occasions de m'en revancher.

Pour ce qui est de la deputation des officiers des places d'Alsace, on taschera de leur donner, avec le temps, de la satisfaction; mais l'arrivée non attendue de nostre armée en ce pays-là , et l'effort que nous faisons pour l'en faire sortir et pour luy procurer ailleurs de la subsistance, nous empeschent maintenant de faire ce qui se faira quand la conjoncture sera devenue plus douce. Il faut pour cela que tout le monde cherche à seconder les bonnes intentions de Sa Majesté, qui ne sçauroit donner une plus certaine preuve de la passion qu'elle a pour les choses d'Allemagne que ce qu'elle vient de faire. Gela doit donner cœur à ceux qui la servent en ce pays-là, et leur faire espérer que la patience qu'ils sont obligés d'avoir ne leur sera point inutile. Je vous conjure d'apporter tout le soin et tout l'ordre que vous pouvez pour cet effet, surtout de vivre en bonne intelligence avec M. d'Erlach , et de faire en sorte qu'on ne mescontente point mal à propos et

pour des petites choses, qui ne sont pas quelquefois moins sensibles Octobre que les grandes, la ville de Colmar et celle de Strasbourg, pour des conséquences qui regardent notablement le service de Sa Majesté et le bien gênerai du bon party1. Croyez, en vostre particulier, que je suis tousjours, etc.

CGCVI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine . n° 1719, tom. I , f° 1 3 1 recto.

A M. LE COMTE DE NOAILLES

[Paris,] 23 octobre 16/» 3.

Monsieur,

J'ay veu, par la vostre du 8 de ce mois, et par une autre du 1 2 , la dissipation de la faction des Croquans de Rouergue, avec la reddition de Saint-Salvadour2 et de Najac3. Ce que vous avez fait en celte occurrence, bien que fort important, n'est pas la première preuve de vostre fidélité et de vostre zèle pour le service du Roy. Asseurez-vous que je fairay valoir auprès de la Reyne ce service avec les autres comme ils méritent, et que je ne perdray point les occasions favorables pour les faire reconnoistre selon leur prix. Elles n'arriveront jamais sitost que je le désire, conformément aux intentions de Sa Majesté, qui vous ayme et estime. Prenez cette asseurance véritable que je vous donne, et que je confirmeray tousjours par les effets, comme estant plus que personne du monde, etc.

1 Mazarin voulait que la France se pr<;- 2 Saint-Salvadour est situé près de Tulle

sentât aux villes libres impériales comme (auj. départ, de la Corrèzc).

une puissance libératrice, qui n'avait d'autre ' Voyez plus haut, p. h 1 5. — Les émeutes

but que de les affranchir de la tyrannie du Rouergue ne furent pas les seules que

autrichienne. (Voyez l'introduction placée provoquèrent les impôts excessifs. On verra

en tète de ce volume des lettres de Maza- dans la suite que le Poitou , l'Angoumois , la

nn- ' Saintonge. furent aussi troublés.

Octobre i643.

Manusc. de la Bibliotli. Mazarine, n° 1719. tom. I. f" i3i recto.

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