‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 153 sur 335 · A LA REVERENDE MÈRE JEANNE · texte numérisé non relu

A LA REVERENDE MÈRE JEANNE

ABUICSSE DD COUVENT DE P01VTOISE.

; [Paris,] 22 octobre i6&3.

Madame,

Comme je vous puis asseurer avec vérité que, dans la passion que j'ay pour la personne de M. le mylord Montaigu , il ne me peut venir de recommandation pour ses interests qui ne soit superflue, je vous asseureray avec la mesme vérité que, quand bien mesme l'interest de l'Estat et ma propre inclination ne me solliciteroient point de le servir dans le malheur où il est tombé, la prière que vous m'en faites m'obligeroit assez d'apporter tout ce qui despendroit de moy pour tascher de l'en tirer. Je suis ravy que, dans l'estime de ce personnage, mon sentiment se rencontre avec le vostre, et que j'aye fait choix d'un amy dont vous approuvez le mérite. J'espère que, pour ce coup, l'espreuve où Dieu a mis sa vertu ne sera pas longue, et qu'on donnera bientost sa liberté aux offices que la Reyne en fait faire par une personne si considérable que M. le comte de Harcourt. Quant à moy, outre l'autorité de Sa Majesté, qui doit estre l'ame et la force de sa sollicitation, je n'y espargne pas ce que l'amitié de ce prince m'a donné de pouvoir sur son esprit

' La mère Jeanne était sœur du chancelier Pierre Séguier; elle avait beaucoup de crédit sur l'esprit d'Anne d'Autriche, comme le prouvent les Mémoires de M"16 de Motteville. Ce fut elle qui, au commencement de la Régence, s'opposa à la disgrâce du chancelier, qui semblait imminente.

Les carnets de Mazarin prouvent que cette religieuse se mêlait des affaires politiques. Elle demandait pour de Noyers l'ambassade

d'Angleterre: ^La mère Gianna [disse], die si potrebbe inviar M. di Noyers imbasciatore ordinario in Inghiltera.-^ (k' carnet, p. i5.)

La Barde (De rébus Gallicis, lib. I , p. 1 5 ) parle aussi du crédit de la mère Jeanne : trJoanna ob vitœ sanctitatem Reginœ cara acceptaque erat, atque adeo illius commendatio apud banc magnum pondus habebat. u

DU CARDINAL MAZARIN. /i33

pour la rendre plus vive et plus efficace. Je prendray soin d'en dire Octo le succès à M. le chancelier, affin qu'il vous le fasse sçavoir et que vous ne languissiez point en l'attente d'un bien qui ne sera pas moins deu à vos prières qu'aux soins des hommes. Je vous y demande part avec la mesme ardeur que je les croy estre agréables à Dieu, et vous supplie de croire que je ne vous considère pas comme un des moindres liens de l'amitié qui est entre M. le chancelier et moy, puisque je suis plus que personne du monde, etc.

GGGVIII.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° i3i verso.

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