‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 156 sur 335 · A M. LE DUC DE NEUBOURG · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE NEUBOURG

[Paris,] 3o octobre i643.

Monsieur,

J'ay obtenu de Sa Majesté la sauvegarde que Vostre Altesse a demandée pour le duché de Neubourg, conformément à l'instance qu'en a faite de vostre part le sieur de Potheme. J'ay voulu encore donner cet

aflîn de vous asseurer de bouche que je suis niée de secours, alla passer quelques jours plus que personne du monde, à Strasbourg. rrDux Anguianus [est] cuni

sexaginta nobilibus Argentorati. * (Grotiiepist. onseigneur, ineditœ, p. 92.) Il revint ensuite passer une

" Vostre très-humble et très-obeissant revue de toute l'armée, comme le maréchal

serviteur. de Guébriant l'annonce à Le Tellier par une

kRantzaw." lettre du 29 octobre, publiée par Le Labou-

reur (Histoire du maréchal de Gvébriant . Le duc d'Enghien, qui avait amené l'ar- p. 6g5).

oflice à nostre ancienne amitié et à l'espérance que j'ay que vous n'en- Ociohre trerez point en une ligue ' qui ne peut que choquer extresmement cette Couronne. S'il n'y avoit que les seuls interests de la France qui me portassent à en divertir Vostre Altesse, peut-estre auroit-elle raison de tenir pour suspect le conseil que je luy donne de ne s'y embarquer point; mais ses interests mesmes m'obligent à l'en dissuader, et à luy représenter que la prudence ne souffre pas qu'on entre en des partis où il n'y a point de bien à espérer, et où il y a beaucoup de mal à craindre. Dans celuy où Vostre Altesse va se précipiter, pensant se délivrer de quelques contributions réglées, que les garnisons hessiennes tirent de ses Estats, qu'on laisse pour cela en seureté et en repos, elle s'expose à une despense bien plus forte, et qui est sujette à s'augmenter tous les jours, en contribuant à la levée et à l'entretènement de l'armée de la ligue circulaire2, qui n'est pas acquérir un bien, mais changer de mal; et d'autant que cette armée, de quelque couleur qu'on la piastre, devant estre commandée par un chef impérial , qui est Hasfell. et ayant pour un des principaux membres un ennemy déclaré de madame la landgrave de Hesse, qui est l'eslecteur de Cologne, ne peut manquer de servir aux desseins de la maison d'Austriche et d'agir contre un prince allié de cette Couronne, Vostre Altesse peut juger que le Roy ne peut manquer de s'en ressentir et de faire souffrir des actes d'hostilité à ceux qui armeront à son préjudice et contre ses confédérés. Voilà le seul et vrai sens auquel je vous déclare que Sa Majesté interprétera l'armement circulaire, s'il se fait. Je ne croy pas qu'il se fasse, au moins du consentement de Vostre Altesse. Après quoy, je suis obligé de luy dire avec franchise, que je ne seray plus en estât de protéger ses interests auprès de Sadite Majesté, ni d'empcsclier les effects de son juste ressentiment, qui sera d'autant plus grand qu'il regardera

' Voyez ci-dossiis (p. 3a8 el suiv.) une divisée en dix cercles: Haute-Saxe, Basselettre de Mazario relative au projet d'une Saxe, Westphalie, Bourgogne, Haut-Rhin, ligue du cercle de Westphalie. Bas-Rhin, Franconie, Souabe, Bavière H

2 C'est-à-dire de la ligue du cercle de West- Autriche. phalie. L'Allemagne était, à cette ëpoque,

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Octobre une personne quelle a désiré de conserver, ei qu'il resveillera le souvenir, qui s'en alloit estcint, de l'envoy que vous listes de vos troupes dans l'armée qui entra en Picardie, il y a quelques années, sous VI. le prince Thomas et sous Piccolomini '.

On envoyé à Vostre Altesse le passe-port pour ses ambassadeurs en la forme convenable, le deflaut du premier estant arrivé par mesgarde. Mais je supplie Vostre Altesse que ce ne soit pas pour nous faire approuver son engagement dans la ligue circulaire qu'elle les envoyé , mais seulement pour obtenir de Sa Majesté toutes les grâces et faveurs quiluy pourront estre raisonnablement accordées, et où je me promets de luy tesmoigner que je suis, dans le service du Roy, plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I, f° 1 33 recto.

A M. DE LA THUILLERIE

[Paris,] 3o octobre i6'i3.

Monsieur,

Je vous envoyé un duplicata de la lettre que j'escris à M. le duc deNeubourgpour le divertir de s'embarquer dans la ligue de la West-' phalie. Vous pouvez agir conformément à cela et envers ladite Altesse et auprès du résident qu'il tient à la Haye; et d'autant que les offices que peuvent faire messieurs les Estats à l'endroit dudit Prince luy seront fort considérables à cause du voisinage, j'estime qu'il sera à propos qu'ils agissent fortement dans le mesme sens que nous pour rompre cet armement. C'est ce que vous sçaurez faire, ayant beaucoup d'adresse et ne manquant point de crédit au lieu où vous estes.

1 Cette invasion, signalée par la prise de rrFilius Neoburgici ducis Francofurti splen-

Corbie, avait eu lieu en i636. didum sibi comitatum parât, crediturque

D'après Grotius , le fds du duc de Neu- futurus caput legationis Caesarianae ad pa-

bourg avait pris parti pour l'Empereur: cem.n (Epist. ineditœ , p. 101.)

Il se traite un autre petit différend entre messieurs les Estats et Octobre madame la landgrave de Hesse, auquel vous pourrez vous entremettre non pas comme en ayant ordre ni comme l'homme du Ro\, ni en tesmoignant mesme comme particulier de la partialité (car cela affoibliroit la créance que vous avez auprès de ces messieurs), mais seulement par forme d'une personne qui dit son avis, sans y prendre plus grande part, dans les différends qui arrivent entre des amis communs, et seulement pour adoucir l'aigreur qui pourroit naistre entre eux de cette occurrence, qui regarde la reprise d'une partie des contributions de l'Ostfrise (Frise orientale), dont madame la Landgrave s'estoit' relaschée pour quelque temps et avec protestation, ainsy que disent ses ministres, quelle ne seroit pas pressée de quelque grande nécessité qui la forcast d'y avoir recours. Vous pouvez couvrir vos offices du bien gênerai du party confédéré, et par conséquent de celuy de messieurs les Estats, qui en font partie, comme certainement il est vray (pie ce bien gênerai requiert que madame la Landgrave subsiste armée le plus puissamment qu'il se pourra. On vous laisse neantmoins en tout cecy la liberté d'agir ou de n'agir pas, si vous le jugez plus à propos, pour la connoissance que vous avez des interests, de l'humeur et des maximes de messieurs les Estats.

Vous ne manquerez pas de faire valoir l' effort que la France fait de faire passer, au commencement de l'hiver, en Allemagne un secours de cinq mille hommes de pied et de deux mille chevaux, toutes troupes excellentes et sous de bons chefs, c'est-à-dire, en tout, une armée de quinze à seize mille hommes effectifs. Ce qui fait voir l'inclination qu'a la France pour les affaires de ce pays-là et sa puissance pour les appuyer, tout cela, dis-je, se faisant après un grand armement de mer, qui a estésuivy du gain de deux grands combats, et après avoir empesché que le roy d'Espagne en personne n'ayt fait progrès du costé de la Catalogne, et [après] que la seule place que son armer y a assiégée a esté délivrée par force, et avec perte notable du costé des assiegeans.

Vous n'oublierez pas les grands ordres qu'on va mettre pour avoir en mesme temps de quoy payer les gens de guerre et donner moyen

Octobre ;ui peuple de pouvoir plus commodément payer ce que le Roy exige de luy. Ce qui ne sera pas un petil affermissement à la tranquillité du dedans, qui vient, grâces à Dieu, d'estre davantage confirmée par l'entière dissipation de quelques Croquans soulevés en Rouergue, avec une telle facilité que nous ne sçaurions avoir une plus expresse marque de la bonne disposition à l'obéissance et à la concorde qui règne en toutes les parties de l'Estat.

Je suis fasché de vostre indisposition et voudrois contribuer à vostre soulagement, puisque je prends part à tout ce qui vous touche et que je suis plus que personne du monde,,, etc.

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