‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 159 sur 335 · A M. DE RANTZAU · texte numérisé non relu

A M. DE RANTZAU

i.ir.l Tl.NWT GERERAI 1>E L'ARMÉE DE M. LE MARESCHAL DE GCERRIANT.

[Paris,] 3 novembre i643.

Monsieur.

.le n'av point voulu laisser partir ce courrier sans vous faire sçavoir de mes nouvelles et vous renouveler les asseurances que je vous ay données de mon affection. Nous avons appris avec joye l'heureux passage du renfort qui a joincl M. le mareschal de Guebriant, et la beauté du temps nous fait espérer que toute l'expédition sera heureuse. Il n'y a rien, à mon avis, qui la puisse tant contrarier que les mescontentemens et la mauvaise intelligence, s'il y en avoit dans l'armée. J'ay une particulière confiance en l'adresse et aux. soins que vous apporterez pour empescher cet inconvénient, qui seroit si préjudiciable au service. Surtout vous devez conspirer avec ledit sieur mareschal pour establir de l'ordre et de la règle parmv des gens de guerre, qui n'en ont guères peu souffrir jusques icy, et qui y sont plus obligés que jamais, puis-

1 1 '; novembre | Epistolœ médita', p. 100'), Non videntnr mihi Galli multam promoturi

gallicse copise ad Ottenbemum (Obenheim, tantis hoslium cnpiis. Nain supplementum

un peu au sud de Rhioau) Rhenum trans- quod Guebriano addictU dux inguianus

niliil contra id molienlibus Bavaricis, non est supra quinquehomionmniillia;ante

qui in traclu Badenai (dans le Palatinat,vers autem sex millia non habebal Guebrianns.

Heidelberg se continent, et aucli sunl f.o- Videntur Galli hoc tempore nihil maj us quae-

tuaringicis copiis , Hasfeldiumque cura quin- rere quara commoda railiti hiberna perSue-

que liominiini raillibusjamjara exspectant. viam Franconiamque. -

'\hh LETTRES

Novembre q n'ils n'ont jamais esté si bien payés qu'ils le sont maintenant et <ju ils le doivent estre à l'avenir. C'est une chose qui despend en partie ries officiers, à laquelle vous les pourrez aisément porter, en leur représentant que la bonne volonté que la Reyne a pour eux n'est pas bornée iiu seul temps de la guerre, mais qu'elle leur en donnera encore des marques en temps de paix, proportionnées à leur mérite et au zèle qu'ils auront tesmoigné pour les affaires de Sa Majesté. Je remets toute cette conduite à la prudence de M. le mareschal de Guebriant et à la vostre, qui, estant dans l'occasion, pouvez mieux juger ce qu'il faut faire que nous, qui en sommes loin.

\u reste, s'il vous arrive quelque bon hasard de livres imprimés ou manuscrits, comme il en arrive quelquefois à la guerre, je vous* supplie de les faire arrester pour moy, et de m'escrire l'adresse pour les faire porter icy, où je fais une bibliothèque assez considérable. Aussy bien est-ce un meuble que les gens de guerre dissiperoient mal à propos. Je ne cloute point que vous ne fassiez cela pour l'amour de moy, qui suis plus que personne du monde, etc.

GCCXVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° i34 recto.

A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT

[Paris,] 3 novembre i643.

Vous avez veu, par le renfort que le Roy vous a envoyé, que je suis homme de parole. J'espère encore vous confirmer cette vérité par l'observation de toutes les choses qui vous ont esté promises pour la subsistance de l'armée1. C'est maintenant de vostre autorité et de vostre

' L'armée du maréchal de Guebriant, les défilés de la forêt Noire par la \ allée de après avoir traversé le Rhin, s'engagea dans la Kentzig. Elle déboucha, après cinq jours

DU CARDINAL MAZAR1N. Vif>

prudence d'introduire une qualité qui luy a tousjours manqué, qui esl l'ordre et la règle. Je ne doute point que vous n'y apportiez toul ce qui despendra de vous, etj'ay appris avec joye qu'on en avoit desjà ven un commencement considérable dans l'Alsace.

Ensuite de ces affaires générales, je vous parleray d'un mien des-

\ii.' mbi iG43.

d'une marche pe'nible, le 7 novembre, près de Rottweill.

Le marquis , plus tard duc de Monlausier. qui servait sous les ordres de Guébriant, a laissé un re'cil de celte campagne, publié par Le Laboureur (Hist. du mareschal de Guébriant, p. 7 1 h et suiv.) , et dont voici le commencement : rrLe mareschal de Guebrianl ayant passé le Hliin sur son pont de batteaux , avec ses vieilles troupes et le secours qu'on luy avoit donné sous la conduite du comte de Ranlzau , il fit prendre du pain à toute l'armée pour dix jours, prit le chemin de la vallée de Kinsick avec les troupes, el (il prendre à l'artillerie et au bagage celuy de Fribourg el de Saint-Pierre, pour le venir rejoindre à Rottweill, où il arriva en cinq jours, le bagage ne le joignant que quatre jours après.

(tOn délibéra si on altaqueroil cette place . et les avis furent differens : le marquis de Monlausier. le sieur do Rocqueservières et le colonel Ohent n'estoient pas d'avis d'entreprendre ce siège, disant (pic la saison estoit mauvaise, que nos soldats, principalement les nouveaux, sedissiperoienl ; que les Bavarois espou vanlés auraient loisir de reprendre leurs esprits et de joindre à eus les Lorrains, et peut-eslre Ilaslcld encore, qu'on disoit marcher vers eux; qu'ainsj nous aurions Mois armées sur les bras, qui en feraient une beaucoup plus puissante que la noslre; ce qui aous empescheroil de pouvoir prendre nos quartiers; au lieu que si nous advancions davantage, en nous saisissant de quelques

petites villes, peu fortes mais fort pleines de vivras, nous donnerions un tel ombrage à l'armée de Bavière, que, sans attendre davantage les deux autres, elle s'enfuiroi! en toute diligence passer le Danube pour couvrir son propre pays.

rrLe mareschal de Guebrianl, au contraire, et le comte de Rantzau furent d'avis de l'attaquer, parce que n'ayant aucune place deçà la forest Noire pour nous servir de retraite en cas de besoin, de magasin pour avoir du pain et des munitions de guerre, el de lion où mettre nos blessés, nos malades nos bagages et mesme nostre canon quand l'occasion le requerrait , il estoit très-necessaire de prendre cette place. Ils representoienl que Brisach estoit loin et les chemins si mauvais, que tout ce qu'on y pouvoit prendre de vivres estoit consommé dès en arrivant en ces quartiers, et par conséquent qu'on n'estoit pas en estât de rien entreprendre. De plus noslre canon et nostre bagage ne dévoient arriver de quelques jouis et nous ne pouvions pas nous en esloigner davantage, de peur que les ennemis ne se missent entre nous et luy; de sorte qu'ils jugeoienl à propos d'employer plustosl ce temps-là à l'attaque de Rottweill qu'à ne rien l'aire, disant que la place n'estant pas

fort bonne, les habilans. plus loris que leur

garnison, auraient peur d'estre maltraités s'ils allendoienl l'extrémité, et que cela peuleslre les obligerait à se rendre.

-Il fut donc conclu de s'attacher à ce

siège, et les ordres donnes pour cela. On li!

ViG

Novembre i6/i3.

sein particulier, qui esL que, faisant une bibliothèque de quelque considération, et la desiranl rendre la mieux assortie et la plus complète qu'il me sera possible, ja\ à vous supplier, si, au pays où vous vous trouverez et dans les divers accidens de la guerre, il se trouve des livres imprimés ou manuscrits, que les gens de guerre ont coustume de

quatre attaques, dont ic mareschal de Guebriant laissa le choix au comte de Rantzau, !|ni en prit deux, dont l'une estoil conduite par le marquis de Noirmoustier, et l'autre par le comte de Maugiron. Des deux «lu mareschal de Guebriant, l'une fut commandée par le marquis de Moutausier, où esloient les regimens françois, et l'autre par le gêneraimajor Schimbeck, où esloient les Allemands. Schimbeck tombant malade, son attaque l'ut abandonnée, et celle de Maugiron, pour des difficultés qui se trouvèrent, le fut aussy. Le marquis de Noirmoustier avança fort la sienne et essaya plusieurs fois d'attacher les mineurs à la place. Mais les ennemis en luèrent plusieurs; ce qui le retarda.

rr Cependant Montausier ayant conduit son travail sur la contrescarpe, il se rendit maistre du fossé, qu'il ouvrit par un fourneau, et ensuite, faisant battre en brèche, il en lit une, et prépara toutes les choses pour l'assaut. Ce que voyant ceux de dedans, ils se rendirent à composition. On se rendit ainsi maistre de la place; mais elle cousta bien cher; car, outre les soldats et les officiers qui furent tués ou blessés à ce siège en grand nombre, le general-major Rose se laissa e.ile ver près de Palingen" avec trois des meilleurs regimens de cavalerie que nous eussions. La plus grande partie de l'infanterie du comte de Rantzau se dissipa de faim et de froid, et, pour comble de malheur, deux jours avant que nous entrassions dans la

ville, le mareschal de Guebriant, qui seul estoit plus considérable que la moitié de l'armée, eut le bras droit emporté d'un coup de canon, dont il est mort depuis. Ce malheur a causé tous ceux qui sont depuis arrivés à l'armée; car dès lors on n'eut plus de dessein qui ne fusl changé à chaque moment. Tous les officiers généraux et mesme les particuliers eurent chacun une opinion différente."

Les nouvelles des événements arrivés en Allemagne ne parvenaient que très-lentement à la cour de France. Elle expédiait encore, le i o novembre 1 643 . des instructions au maréchal de Guebriant et au comte de Rantzau. (Manuscr. B. I. Fr. 4 169, fol. 38- Ai.) On y voit que le seul but de l'expédition était de conduire en Allemagne l'armée de Guebriant et de l'y établir solidement, afin cpie l'Alsace ne fût plus désolée par les band"s indisciplinées des Weymariens. Rantzau devait ramener en France les troupes auxiliaires qu'il avait conduites à Guebriant, aussitôt cpie les Weymariens auraient trouvé en Allemagne de bons quartiers d'hiver. Une faible partie de l'armée française devait seule continuer à demeurer au delà du Rhin.

La mort de Guebriant, la division des chefs de l'armée et les désastres qui en furent la suite ne permirent pas d'exécuter ce plan de campagne. (Voyez, sur la défaite de Dùtlingen, p. A76, note.)

Ce fait est antérieur au siège de Rotlweill. (Voyez ci-après, p. iGa, note.]

DU CARDINAL MAZARIN. Vu

dissiper, de les arrester pour moy et de m'en donner avis, pour les faire Novembn transporter icy par les adresses que vous m'en donnerez. J'attends de vous cette courtoisie, de laquelle je lascheray de me revancher en toutes les occasions où j'auray lieu de vous tesmoigner que je suis plus que personne du monde, etc.

CCCXVHI.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, loin. I, f° i3à verso.

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