A M. LE BARON SIROT
I Paris, | 3 novembre 1 043.
Monsieur,
Comme vostre mérite est fort grand et vos services fort considérables, je vous supplie aussy de croire qu'on en fait icy grande considération, et particulièrement Sa Majesté sera tousjours portée à les reconnoistre. Pour ce qui est de l'offre que vous me faites, par vostre lettre, de lever quatre ou cincf compagnies de cavalerie, et mesme, si l'on veut, un régiment d'infanterie dans l'Allemagne, faites en sorte que M. le maresclial de Guebriant nous asseure que vous le pouvez, et ne doutez point qu'on n'y entende. Ce n'est pas pour n'ajouster foy à ce que vous m'en mandez que je vous escris cecy ; mais c'est affin de faire mieux agréer la chose quand elle se proposera au Conseil, et [afin] qu'elle y trouve moins de contradiction. Car, au reste, je désire vous tesmoigner, en cette occasion et en toutes les autres où j'auray lieu de le faire, que vos interests me sont fort chers et que je suis plus que personne du monde, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" i'SIx verso.
A M. DE GRESSY.
[Paris,] 3 novembre i663.
Monsieur,
11 n'estoit pas besoin de vous justifier d'une chose dont je ne vous tiens pas coupable. J'ay tousjours creu que vostre conduite n'a jamais
manqué de bonnes intentions, et que, n'ayant pour Lut que le service du Novembre Roy, il n'en falloit rien désirer davantage*. C'est le seul endroit par où je suis le plus sensible et par où l'on m'oblige plus fortement. Je ne laisse pas pourtant de vous sçavoir beaucoup de gré des offres particulières que vous me faites de vostre affection, et je les reçois avec un grand désir de rechercher les occasions de m'en revancher. Après ce qui regarde immédiatement le service de Sa Majesté, vous ne m'en sçauriez donner de plus agréable preuve que de continuer d'employer vos soins à procurer la liberté à M. le mylord Montaigu. Il ne faut point se lasser de la première résistance qu'on trouve aux choses du monde, et il n'y en a point de si difficiles qu'on ne puisse surmonter avec l'adresse et la patience. Je croy que vous apporterez en celle-cy tout ce qu'il en faudra pour la faire réussir selon l'intention de la Reyne et pour m'obliger encore en mon particulier, puisque je suis véritablement, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" i34 verso.
A M. LE DUC D'ESPERNON
[Paris,] 3 novembre i6/i.3.
Rien que le soulèvement du Rouergue soit appaisé, je ne doute point que, lorsque vous serez sur les lieux, vostre présence n'achève d'y affermir l'autorité de Sa Majesté. De deçà je vous puis asseurcr qu'on contribuera tout ce que la nécessité des affaires pourra souffrir pour le soulagement des peuples et pour leur donner moyen de payer plus commodément ce qu'EHe est contrainte d'exiger d'eux. Les reformations el les retranchemens qu'on fait des despenses qui ne sont pas absolument nécessaires font bien voir qu'on n'a rien tant à cœur (pie ce soulagement, et la bénédiction que Dieu envoyé de tous costés aux
MAZAMN. I. 57
/i50 LETTRES
Novembre armes du Roy nous est un présage que nous ne sommes pas loin du temps où il pourra nous donner la paix générale, à laquelle toutes choses s'acheminent. Cependant les sujets de Sa Majesté ne doivent pas retarder les effets de ses bonnes intentions, résistant au seul moyen qu'elle a de les faire réussir, qui est de contraindre ses ennemis, par la guerre, d'entendre à la paix, à laquelle la seule force les faira entendre. Je pense que vous tomberez d'accord de cela avec moy, aussy bien que d'employer vostre autorité et vos soins pour faire obéir Sadite Majesté partout où il en sera besoin. Au reste, je vous suis fort obligé de tant d'offres d'affection que vous me faites par vostre lettre , et les ay receues avec un parfait ressentiment et un extresme désir de m'en revancher et de vous faire paroistre que personne n'est plus que moy, etc.
CCGXXII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, f° 1 35 verso.