‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 168 sur 335 · A M. LE LANDGRAVE DE DARMSTADT · texte numérisé non relu

A M. LE LANDGRAVE DE DARMSTADT

[Paris,] ai novembre i6û3.

Monsieur,

Vostre Altesse verra, par la despesche de M. de Brienne, que l'espril du Rov sera tousjours disposé à protéger ses interests dans la justice, et ses plénipotentiaires sont charges de la procurer à tous ceux qui auront recours à sa royale bonté. Le but que Sa Majesté a proposé à ses armes n'ayant esté que de garantir ses voisins d'oppression, et de conserver ou faire rendre à chacun d'eux ce qui luy appartient, Vostre Altesse peut juger que, dans la négociation de la paix, la conduite de ses ministres ne s'esloignera point de cette fin, et qu'il ne tiendra pas à eux que tout le monde n'en apporte toute sorte de satisfaction raisonnable.

Pour moy, qui, outre l'obligation que j'ay de seconder les justes intentions de Sa Majesté, aurois encore beaucoup de passion de servir Vostre Altesse, je la supplie de trouver bon que je luy dise en confidence que, dans ces grands mouvemens qui divisent la Ghrestienté, elle doit rendre, à l'avenir, sa conduite si nette de partialité et si portée d'inclination au bien gênerai , que cette Couronne puisse embrasser ses interests avec la mesme aiïection que ceux des autres princes neutres. Dans ce chemin, j'auray plus de liberté de les appuyer et de faire paroistre à Vostre Altesse la véritable passion avec laquelle je suis et je de-ire estre, etc.

1 Georges II. landgrave de Besse-Darmstad , était né le 17 mars i6o5. Il mourut l<

1 1 juin 1 66 1 .

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Novembre i643.

CGCXXXIV.

Vïanusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 1 38 verso.

A M. DE GRESSY.

[Paris,] ai novembre iC'i3.

Monsieur,

Je remets à la prudence de M. le conile de Harcourt et à la vostre la conduite de l'affaire de M. de Montaigu, me promettant que rien ne sera oublié pour luy faire rendre la liberté, que la Reyne désire passionnément. Cependant je ne laisse pas de vous estre bien fort obligé des soins que vous en avez pris jusques icy. Les despesches de M. de Brienne sont si exactement et si particulièrement chargées des sentimens de Sa Majesté, que je n'y ajousteray rien par celle-cy. Je me contenteray de vous asseurer que je seray tousjours et très-veritablement, etc.

CGCXXXV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, loin. I, f° 1 3ç) recto.

A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT

[Paris,] zh novembre 1643.

Monsieur,

Après vous avoir escrit une autre lettre, que vous recevrez en mesme temps que celle-cy, nous avons appris l'accident du general-major Rose. La manière, certes, en est bien fascheuse; mais puisque le mal est arrivé, il y faut chercher du remède. C'est pourquoy nous envoyons de l'argent pour ayder à remettre les regimens defî'aits et affin que cette playe ne demeure longtemps ouverte. Nous espérons que le generalmajor Rose, estant brave homme, et remarquable par quantité de

DU CARDINAL MAZARIN. h(u

lionnes actions qu'il a faites, sera piqué par son propre malheur à en Novembre prendre la revanche et à tascher de le reparer aux despens des ennemis ; cela m'a obligé ta luy escrire la lettre la plus civile et la plus obligeante qu'il m'a esté possible. Je ne doute point que vous, qui avez une connoissance particulière de son humeur, ne la sçachiez mesnager à l'avantage du Roy, et pour en tirer de très-utiles services, dont il sera très-capable. Surtout donnez-luy bien l'impression que cela n'a rien diminué de l'estime et de l'affection qu'on a icy pour luy.

Nous attendons avec impatience le succès du siège de Rottweil ', et nous nous le promettons favorable , l'armée bavaroise n'ayant peu estre svtost en estât de secourir cette place, les troupes du duc Charles ne l'ayant peu joindre que tard, puisqu'elles ne passèrent le Rhin que l'onzième de ce mois, suivant les avis que nous en avons, qui portent encore que Hasfeld prend la route de la Franconie, et que, par conséquent, il n'ira point joindre les Bavarois. Si cela est, vous leur sciez pour le moins esgal en force, sans parler de la bonté de nos troupes. qui sont sans doute meilleures que les leurs. Cela n'empesche point que nous ne vous préparions un renfort de deux mille Irlandois, bons soldats et sous de bons officiers, avec autant de François, qui vous seront envoyés dans quelques mois. Cela veut dire qu'il n'est rien de plus véritable que ce que je vous ay escrit, qu'il n'y a point d'affaires que nous ayons tant à cœur que celles d'Allemagne. Vous croirez aussy, s'il vous plaist, que vos interests me seront extresmement chers, et que je ne seray jamais satisfait que lorsque je vous auray peu tcsmoigner par quelque effet considérable que je suis véritablement, etc.

P. S. ^ ous recevrez soixante mille livres que je lais envoyer sur mon crédit. C'est seulement pour reslablir les trois regimens qui ont esté (b'tl'ails, sans qu'il s'en doive rien divertir ailleurs. Asseurez-vous que vous ne manquerez point de ce qui sera nécessaire, dans la pas-

1 Petite \illc de Souabe,sur le Necker; ig novembre, Le maréchal de Guébrianl. elle fait aujourd'hui partie <lu royaume de blessé le 17 novembre au siège de Rottweil, Wurtemberg-. Elle avaii été prise dès le expira dans cette place le a & novembre.

Novembre sion que j'ay que le service se lasse, et que vous a\ez moyen de faire quelque action remarquable pendant que j'aj l'honneur d'avoir pari

à la conduite des allaires.

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