‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 169 sur 335 · CCCXXXVI · texte numérisé non relu

CCCXXXVI

Manusc. do In Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° i3g roclo.

A M. LE COMTE DE RANTZAU

[Paris,] 2 li novembre iM3.

Monsieur,

Si je n'avois passion d'apprendre de vos nouvelles, je ne me plaindrons point de n'en avoir receu il y a longtemps. Je devine pourtant la cause de ce silence, et je me persuade que vous avez résolu de l'observer jusqu'à ce que quelque succès important, que Dieu aura donné aux armes du Roy, vous obligera à le rompre. Cela ne devroit pas vous avoir empesché de m'escrire; vous ne devez pas douter que, quand vos lettres ne m'apporteroient que des nouvelles de vostre santé, elles ne me soient tousjours très-agreables.

Nous avons appris l'accident arrivé au general-major Rose. Je luy escris la lettre la plus civile qu'il m'a esté possible, pour l'adoucir, et pour l'asseurer que cela n'a rien diminué icy de l'estime et de l'afïection qu'on a pour luy; vous le luy confirmerez, s'il vous plaist, de vive voix, et luy direz comme nous espérons qu'il reparera bientost ce petit malheur aux despens des ennemis.

La Reyne a donné ordre qu'on envoyast de l'argent pour ayder à l'émettre les regimens defï'aits, et Ton travaille à la levée de deux mille Irlandois, auxquels nous joindrons autant de François, pour les faire passer en Allemagne. Vous pouvez juger par là si nous oublions les allaires de ce pays. Je vous conjure surtout d'apporter ce qui despendra de vous afïin d'entretenir dans l'armée la concorde et la bonne intelligence, de laquelle principalement despendent les bons succès de

tout ce qui s'entreprendra. Nous espérons d'apprendre bientosl la prise Novembre de Rottweil et ensuite l'eslablissement des quartiers d'hyver des troupes. Crovez que personne, etc.

CGCXXXVII.

Manusc. de la Bihlioth. Mazarino. n" 1719. tom. I, f° i3g recto et verso.

A M. LE GENERAL-MAJOR ROSE

| Paris,] 2/1 novembre îO'i.i.

Monsieur,

Bien que je ne vous eusse pas encore escrit, j'ay voulu rompre ce silence, pour vous tesmoigner le desplaisir avec lequel j'ay appris l'accident qui vous est arrivé, et, à dire vray, la première défaveur que vous ayez receue de la fortune. Cela pourtant ne m'a point surpris el ne m'est pas une chose nouvelle que, après tant de bonnes actions faites et tant de victoires emportées sur les ennemis, elles ayent esté couines de quelque petit malheur. Les plus grands hommes de vostre meslier ont presque tousjours esté sujets à de semblables inconveniens, qui leur ont servy d'aiguillon pour tascher à les réparer avec gloire et à en tirer sur les ennemis une revanche avantageuse. Je ne doute point qu'il ne vous arrive de mesme, et que nous n'entendions bieotost la nouvelle de quelque grand succès que vous aurez obtenu el qui rabattra la vanité que les ennemis se donnent de cette petite disgrâce. Asseurez-vous qu'elle n'a rien altéré icy de l'estime qu'on \ fait de vostre valeur, ni de la volonté que la Reyne a de la reconnoistre par des bienfaits dignes et de sa bonté et de vostre mérite. Et pour preuve de cela, elle a donné ordre qu'on envoyasl de l'argent pour vous donner moyen de restablir vostre régiment et de continuera bien faire. Pour mo\, ne doutez point que je ne contribue tousjours ce qui despendra de mes soins, affin que vos services soient reconnus el pour vous faire paroistre que, \011s ayant tousjours beaucoup estimé, il est impossible que je ne sois, etc.

inbrc i6/j3.

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