GRAND COMESTABLE EN SUEDE
[Paris,] 2 5 novembre i6'i3.
Monsieur,
J'ay receu celle que Vostre Excellence m'a fait la faveur de m'escrire, avec tout le ressentiment qu'elle mérite. Dans la passion que j'ay pour les interests de cet Estât et pour le bien du party confédéré.
1 Le comte Magnus de La Gardie , un des descendait d'une famille française. ( \ oyez la principaux ministres de la reine de Suède, table alpbabétique à la lin du volume.)
ce ne m'a pas esté une petite joye de connoistre par le tesmoignage NovemhiH de Vostre Excellence la sincérité et la parfaite correspondance avec laquelle la serenissime reyne de Suède conspire avec le Roy à un dessein d'où doit naistre la félicité des deux Couronnes et du reste de leurs alliés. Aussy puis-je asseurer en toute vérité Vostre Excellence que les pensées de toute cette Cour sont si fortement tournées de ce costé-là. qu'il n'y en a pas un de ceux qui ont l'honneur d'avoir part en la conduite de l'Estat qui s'esloigne de cette fin , et que la constance dans le bon party est une des plus remarquables qualités du Conseil de Sa Majesté. Or, d'autant qu'on est icy très-persuadé que le gros des affaires du party despend de l'Allemagne, comme de sa base et de sa racine, Vostre Excellence pourra remarquer, par les grands efforts que le Roy fait de ce costé-là1, et qu'il est résolu de faire encore plus grands à l'avenir, comme nous allons droit au but où tout le party vise, et comme Sa Majesté ne compte tant de victoires, dont Dieu a besny ses armes en tant d'endroits, que comme des moyens pour pouvoir agir plus puissamment en Allemagne.
Je conjure Vostre Excellence de confirmer cette véritable impression dans l'esprit de la Reyne et dans celuy de Messieurs de son conseil, et de les asseurer que le temps, qui est le père de la vérité, leur faira voir des effets indubitables de ce que je luy escris.
Cependant je rends grâces à Vostre Excellence des sentimens trop obligeans qu'elle me tesmoigne avoir pour les civilités que j'ay tasché'
Grotius ne pensait pas que l'armée en- gis, ab Hasfeldio secum trahente eos qui
en Allemagne fut en état de lutter contre ex Brunswicensibus locis exiere, ab His-
les ennemis. | Voyez p. 'i<)3. oote a.) On en panis. lum e Palatinatu, tum o Lucembur-
trouve une nouvelle preuve dans un autre pas- g'co. qui juncli non minus facerenl oclo
Bage de ses lettres. Il raconte {Epiât, ineditœ, millibus, prœter quod dux Bavarus dicitur
p. ioA-io5) que, <l;ms une entrevue avec conscribere venalores ii<l quatuor millia. el
le dur d'Engbien, il insista sur ce point: ex nobilitate tria millia ex Eeudorum lege;
irEgi gratias de transposito trans Rbenum oplare me, ni Galli non pares tantum sini
milite, rogavique ul operam darel apud Ile- bis copiis, sed el superiores, el sir res ab m
ginam. ut ad eum, qui nunc est,numerum cœpta, felices nacta Quitus, ad ipsius re-
ajtiquid accederet, quandoquidem Bavarici dundet gloriam. Promisit[dux Anguianus]
magna accepisseni incrementa a Lotharin- se apud Reginamhujus reimemorem fore. i>
M IZABIH. — |. g0
hlh LETTRES
Décembre de rendre à M. vostre (ils. En cela je n'ay rien fait que son mérite el l'inclination de la Reyne ne m'y obligeassent, et particulièreinciil la considération en laquelle j'ay ce qui a l'honneur d'appartenir à Vostre Excellence, que je supplie d'agréer la passion avec laquelle je suis, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, lom. I. 1° t4i recLo.
A M. LE DUC D'ESPERNON
[Paris,] 1" décembre i64 3.
Monsieur,
J'ay appris, par la vostre du 1 G du passé, les bons effets qu'a produits vostre voyage de Rouergue. Cela ne m'a point surpris, et j'avois tousjours creu que vostre présence en ce pays y affermiroit le calme qu'elle y trouveroit, et achèveroit de dissiper toutes les dispositions à la révolte qui y seroient demeurées. Je ne vous diray point combien cette nouvelle a esté agréable à la Reyne, et quelle particulière satisfaction j'ay eue de luy pouvoir faire considérer, selon son prix, le service que vous avez rendu à l'Estat. Ce nous est donc un grand repos que vous soyez dans une province où vous sçaurez maintenir l'autorité du Roy, sans perdre l'inclination des peuples, et luy procurer une obéissance volontaire de ceux de qui il ne peut qu'avec un très-sensible desplaisir se la faire rendre par force. Aussy vous puis-je asseurer qu'on contribuera de deçà pour le soulagement de la province tout ce que l'inesvjtable nécessité des affaires pourra permettre, et qu'on n'a point de plus forte passion que de pouvoir en mesme temps subvenir à cette pressante nécessité et donner moyen aux sujets de Sa Majesté de payer commodément ce qu'elle est contrainte d'exiger d'eux. Et cela est si vray, que la refformation qui se fait de quantité de compagnies de cavalerie et d'infanterie n'a autre fin que celle-là, non plus que Tordre
qu'on va establir parmy les gens de guerre. Les intendans des provinces Décembre ne reçoivent pas de commandemens plus précis, ni plus frequens, de la part de Sa Majesté, que de veiller aux moyens d'espargner le plus qu'il se pourra ses sujets et d'en destourner toutes les rapines et malversations dont l'interest de quelques particuliers les accable.
Pour ce qui est des violences et oppressions que commettent les gens de guerre, vous aurez grande raison d'en faire exemple, et qu'il soit tel qu'il puisse contenir dans le devoir ceux qui ne sont pas coupables et faire voir aux peuples que le Roy a soin de les conserver. J'ay entretenu au long le sieur de Montmort1 de ces choses et de quelques autres, qu'il vous faira sçavoir, et surtout de la passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde et du désir de vous confirmer, par des effets indubitables, la protestation que je vous a\ faite d'estre (tins que personne du monde, etc.
cccxLiu.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719- toni. 1 . 1 ° 1 '1 1 recto.