‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 174 sur 335 · POUR LA PAIX D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

POUR LA PAIX D'ALLEMAGNE

| Paris , | 3 décembre i 643.

Messieurs.

Si \ous ignoriez quels sont les accidens «le la guerre, vous série/. peut-estre surpris de celuj qui esl arrivé à nostre armée <l* Ulemagne;

' Turenne avait été Dominé maréchal de vaux, et Ibel Servien. Ilss'étaienl rendus eii

France au commencemeni du mois de no- Hollande avanl d'aller à Munster, où devait

vembre, <'ii même temps que Gassion. se réunir le congrès. Dans la suite, Henri

Ces plénipotentiaires étaient, comme on d'Orléans, duc de Longneville. lui placé à

l'a déjà vu. Claude de Mesme, comte >\ \ la tête des plénipotentiaires dp Munster

Décembre nuiis puisque la prospérité des armes n'est jamais continuelle, je vous escris naïvement et au vray nostre disgrâce, qui n'est pas si grande qu'on se la pourroit figurer, et qui sera dans un mois tellement reparée, que j'espère qu'il n'en demeurera que le souvenir.

Vous sçaurez donc que les ennemis, se prévalant de la mort de M. le mareschal de Guebriant et de l'estonnement ou de la division où ils ont jugé que pourroit tomber l'armée, firent une entreprise sur le quartier gênerai , qui leur a si heureusement reussy, qu'ils ont pris le canon et fait prisonniers MM. de Rantzau, Ohem, Montausier, et autres chefs du secours1, avec la perte de quatre compagnies de gardes françoises et d'un régiment d'infanterie qui s'y est trouvé.

Le reste de l'armée, qui estoit dans ses quartiers, s'est retiré en deux corps et en bon ordre, commandés, l'un, par le lieutenant gênerai Toubatel, et l'autre, par le general-major Rose. Le prince de Wurtemberg s'est jeté avec deux mille hommes dans Rottweil, où il se promet de donner longtemps de l'exercice aux ennemis, ayant largement des vivres et des munitions pour se detfendre2.

Vous ne doutez point que les ennemis n'esîèvent de grands trophées là-dessus et n'ayent l'art de faire valoir cet avantage au delà de la vérité. C'est pourquoy ce sera de vostre prudence et de vostre adresse de vous y opposer auprès de messieurs les Estais et ailleurs où vous

; C'est-à-dire du corps auxiliaire envoyé au maréchal de Guebriant.

2 Les assertions de Mazarin sont formellement contredites dans le passage suivant de la lettre de Grotius en date du 9/19 décembre : rr Rothvila , tanto labore capta . relicta fuit sine pulvere bellico. Ilaque. ad adventum victoris exercitus, dedita est; sed ita ut, dimissis ductoribus, milites coacti fuerint mutare partes; ii fuere ad duo millia, équités pars major. » (Episl. ineditœ, p. 119.) — La Barde confirme l'assertion

de Grotius. La place manquait de vivres et de poudre . et elle ne put opposer une longue résistance à l'ennemi. nBaiovari, re apud Dutlingani confecta, incerti qua polissimum boslem insequerenlur, ad Rotveillam movere, si forte Vitembergus\ suorum clade perculsus, ad deditionem impelli pos set, quam mox, postquem egregie propugnavérat, 111 non. decemb.. ob annonce et pulveris lormenUirii inopiam, facere coactus est. «

Le prince de Wurtemberg avait été nommé gouverneur de Rottweil par le maréchal de Guebriant.

avez de la créance et où vous entretenez des correspondances; et comme Décembre je ne vous ay point desguisé ce qui s'est passé à nostre desavantage, je vous diray avec la mesme sincérité les resolutions qu'on a prises pour le relever.

La Reyne donc, tesmoignant en cette occasion une fermeté et une constance qui est au-dessus de son sexe, s'est résolue de n'espargner ny argent ny hommes pour soustenir les affaires d'Allemagne et de la cause confédérée. Pour cet effet, elle a fait eslection de M. le vicomte de Turenne, qui part tout présentement pour aller commander l'armée. avec de bonnes troupes de cavalerie et d'infanterie qu'il y mène, et de l'argent en abondance pour les vivres et généralement pour toutes les choses nécessaires.

On va aussy faire de grandes et promptes levées, tant en Allemagne ipi en France et ailleurs; à quo\ je vous responds que l'argent ne sera pas espargné.

Je ne vous parle pas des qualités de M. de Turenne, qui, outre la grandeur de sa naissance, par laquelle il tient aux plus considérables maisons d'Allemagne, outre le caractère de mareschal de France, dont la Reyne l'a honoré depuis peu, et sa grande capacité au mestier, a longtemps travaillé en Allemagne et avec ceux-là mesmes qu'il va commander, de qui nous sçavons certainement qu'il est estimé et aymé comme il le mérite. Et ainsv on peut se promettre que la réputation et les avantages perdus se regagneront promptement sous un tel chef, et que l'estonneinent qui pourrait d'abord saisir nos alliés pour ce sujet se dissipera bientost.

Vous pouvez agir sur ces véritables fondemens et donner partout des espérances de la prochaine ressource des affaires. J'ay creu devoir vous escrire cecy, me remettant de (oui le restée vostre sage conduite.

J'csci is à M. le prince d'Orange et à quelques ministres de Suède Je VOUS supplie de rendre et faire tenir mes lettres, et de croire, en vostre particulier, que je suis plus que personne du monde, etc.

Décembre i64S.

Mannsc. de la BiMiolh. Mazarine, n° 1719, tom. I. f" i4j verso.

A M. DE CROISIC1

( Paris,] 3 décembre 1 643.

Monsieur,

Me remettant à ce que vous fa ira sçavoir ie sieur de Polheme de lestât de nos affaires et des resolutions prises de deçà, particulièrement pour ce qui concerne madame la landgrave de Hesse et M. le comte d'Eberstein, que vous jugerez, à mon avis, fort utiles au bien de la cause commune, j'ay voulu vous faire celle-cy, pour vous asseurer en toute vérité, et pour vous prier d'en asseurer tous ceux envers qui vous avez créance, et avec lesquels vous entretenez correspondance, que l'accident arrivée M. de Rantzau, après la prise de Rottweil et la mort de M. le mareschal de Guebriant, n'a fait qu'exciter davantage le courage de la Reyne et la disposition qu'elle a à soutenir les affaires d'Allemagne et le party confédéré.

Les ordres qu'elle a donnés pour ce sujet, et que ledit sieur de Polheme vous doit escrire, fairont voir que les petites cheutes ne servent quelquefois qu'à faire relever plus hautement, et qu'un petit mal peut estre l'occasion d'un grand bien. Je vous conjure de faire valoir cette vérité et de contribuer tout ce qui despendra de vous pour faire cesser le descouragement que les ennemis tascheroient d'imprimer dans l'esprit de ceux qui ne seroient pas bien informés de ce qui s'est passé et des remèdes qu'on y prépare.

Je vous supplie aussy de croire, en vostre particulier, que personne ne vous estime et n'est avec plus de passion que moy, etc.

Chargé des affaires de France auprès de la Landgrave de Hesse.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f" ih-2 recto.

A M. LE PRINCE D'ORANGE

[ Paris, J 3 décembre i6i3.

Monsieur,

La grande connoissance qu'a Vostre Altesse des choses du inonde, et surtout de celles de la guerre, ne luy permettra point de s'estonner d'un accident qui est arrivé aux armes du Roy, après tant de prospérités dont Dieu les a accompagnées. Elle sçaura donc que, après la prise de Rottvveil et la mort de M. le mareschal de Guebriant, les ennemis ont enlevé le quartier gênerai, avec la prise du canon, des chefs qui y estoient, d'un régiment d'infanterie et de quatre compagnies des gardes françoises, qui s'y sont trouvés. Tout le reste de l'armée s'est conservé en deux corps sous le lieutenant gênerai Toubatel et le general-niajor Rose, à la réserve de M. le prince de Wurtemberg, qui s'est jelé dans "Rottweil avec deux mille hommes, et qui se promet de donner quelque temps aux ennemis de l'exercice dans cette place.

Comme j'escris au vray et sans diminution à Vostre Altesse Testât de la chose, j'ay creu aussy que j'estois obligé de luy donner part des résolutions qu'on a prises icy pour reparer promptemenl cette disgrâce et pour oster aux ennemis le moyen de s'en prévaloir. La Reyne donc, qui 11 a jamais tesmoigné plus de fermeté ni plus de disposition à soustenir les affaires d'Allemagne et le party confédéré, s'est résolue de n'espargner pour cela ni argent ni hommes. Pour cet effet, elle a nommé M. de Tureime pour commander l'armée, lequel mène avec luy de bonnes troupes d'infanterie et de cavalerie, avec une notable somme d'argent . pour fournir abondamment à toutes les despenses nécessaires. On va aussy faire de grandes et promptes levées en Allemagne et ailleurs, pour \ agir en plusieurs endroits et avec tant de vigueur que j'espère que, dans fort peu de temps, il ne restera que la mémoire de

Décembre i643.

Wi LETTRES

Décembre ce qui nous est arrivé. Je conjure Vostre Altesse de vouloir donner à messieurs les Estats cette impression très-veritabie, et dont je lasseure <|u'on verra bientost les effets.

Je croy qu'elle n'aura pas besoin de les exhorter pour si peu de chose à concourir, à leur accoustumée , à la de (l'en se du bon party. Leur constance est réservée pour de plus grands accidens, que j'espère qui n'arriveront pas, et Vostre Altesse pourra avoir de plus grandes occasions de tesmoigner l'inclination qu'elle a pour la France. Je me promets pourtant qu'elle ne laissera de la faire voir en celle-cy, non plus que de croire que je suis avec plus de passion que personne du monde , etc.

GCCXLVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° 1A2 recto.

A M. DE TRACY

[Paris,] h décembre 1 6 6 3 .

Monsieur,

Après le déplorable accident de la mort de M. le mareschal de Guebriant, que la Reyne a très-vivement ressenty et dont je suis inconsolable, la pensée de Sa Majesté a esté d'envoyer promptement en sa place un chef de qui les excellentes qualités peussent maintenir l'armée et regagner ce qu'elle a perdu en la disgrâce qui luy est arrivée après la perte de ce gênerai. Je croy que tout le monde demeurera d'accord que Sadite Majesté ne pouvoit faire pour cet effet une plus judicieuse eslection que de la personne de M. de Turenne, qui est party avec dix mille pistoles, qu'il porte avec luy, pour reparer d'abord les bresches de l'armée, attendant les troupes d'infanterie et de cavalerie qui le vont joindre, et les levées qu'on prépare pour le fortifier de telle sorte, que j'espère que, dans quelque temps, les ennemis n'auront pas sujet de se glorifïier de leur avantage.

DU CARDINAL MAZARllY 485

Je vous ay voulu donner cet avis, comme à une personne qui Décembre contribue extresmement à la subsistance et à l'action de l'armée ; car de vous exhorter à continuer de bien faire, ce seroit faire tort à vostre fidélité et au zèle que je sçay que vous avez pour le service.

J'escris à M. d'Erlac de fournir tout ce qui se pourra commodément tirer de Brisach, pour faire subsister et agir ladite armée, et que le tout luy sera promptement remplacé; de quoy il ne doit nullement douter.

Onenvoye aussy à M. d'Oysonville une notable somme d'argent pour les garnisons et les fortiiïications de l'Alsace; par où vous pouvez voir qu'on ne pourroit agir de deçà avec plus de diligence ni d'effet pour les choses d'Allemagne; et je vous puis asseurer qu'on ne relaschera point, à l'avenir, de cette conduite. Cependant croyez, en vostre particulier, que vos interests me sont fort chers, et que je fairay valoir vos services comme je dois auprès de la Revue, puisque je suis véritablement, etc.

CCGXLVHI.

Mnnusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, loin. 1. P 1 la verso.

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