CCCXL1X
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I. f° 1A2 verso.
A M. D'OYSONVILLE.
[Paris,] h décembre i6A3.
Monsieur,
Quoyque l'accident qui est arrivé à l'armée soit plus considérable par la mort du gênerai et par la prison de quelques principaux offi-
DU CARDINAL MAZARIN. hïïl
eiers que par quelque autre perte quelle ayt faite, on n'a pas néant- Décembn moins laissé de travailler promptement à la reparer, et par l"en\<>\ d'un chef de grand mérite comme est M. de Tu renne, et de beaucoup d'argent qu'il porte avec luy, attendant les troupes qui le \ont joindre et les levées qu'on prépare pour les fortifïier. Cependant on n'oublie pas les interests de l'Alsace, et l'on vous envoyé, pour les garnisons et les fortifications des places decette province, deux cent cinquante mille livres, que vous mesnagerez avec toute l'économie que Testât des choses et le service du Roy requerront. Je croirois faire une chose superflue de vous exhorter à contribuer tout ce qui despendra de vos soins pour le besoin de l'armée. Je sçay que vous y estes assez. porté de vous-mesme; je vous asseureray seulement que je seray tousjours avec vérité, etc.
CCGL.
M an use. de la Bibliolh. Mazarine. n" 1719. tom. 1. f" i43 recto.
A M. LE VICOMTE DE TURENNE
IMRSSCHAL DE FRANCE F.T GBNEHAIi DE !'w:u i; lu HOV l\ ALLEMAGNE.
[Paris,] h décembre i6/i3.
Monsieur.
Vous recevrez l'instruction1 que M. Le Tellier vous envoyé plustosl pour obéir aux formes que pour besoin qu'on ayt creu que vous en eussiez. On s'asseurc si pleinement de vostre zèle au service du Ro\
' Otte instruction a été imprimée dans commandeurs généraux,» etc. Il \ a ici
les Mémoires du vicomte de Turenne (édît, un nom omis el un mot altéré. On doit
Michaud el Poujoulat, |>. .'550, col. 1 el rétablir ainsi le passage: rrPour cel effect.
suiv.). Malheureusement le texte publié n'est ledict sieur Du Plessis a charge, a>
pas correct, .le citerai , comme spécimen des sieurs deTracy et d'Oysonville , commissaires
fautes commises, le passage suivant (p. 357, généraux,* etc. A la a" colonne de la
1" colonne 1 : irPonr cl effect, ledicl sienc même page, le nom tfOysonville esl changé
Du Plessis a charge, avec le» sieurs deTracy, en celui d'Ostonvilk, etc.
Décembre et de vostre capacité clans le mestier, qu'on en attend toute sorte, de l)ons succès, et on se promet que le desordre (tassé sera bientost reparé par vostre conduite. Pour moy, ne doutez point que je ne sois tousjours vostre caution de ce coslé-là, el (jue je ne travaille soigneusement à entretenir dans l'esprit de la Reyne la haute impression qu'elle a de vous. Mais à cela je n'auray point beaucoup de peine, et vous n'aurez pas besoin de mes soins. Vos actions feront cet effet; et tout ce à <[uoy je vous puis estre utile, c'est à faire en sorte que vous ne manquiez point des choses nécessaires pour bien agir. Cela ne vous manquera point. Je suis certain qu'on n'a rien tant à cœur, et moy plus que personne, puisque je ne mets point de distinction entre mes interests et les vostres, et que je suis, avec toute sorte de véritable passion, etc.
P. S. Je vous envoyé un mémoire que m'a donné M. de Villeroy. sur lequel vous fairez la considération que vous devrez. Je vous recommande sur toutes choses l'article de la religion, que vous trouverez dans l'instruction que vous recevrez. Je vous dis derechef que je fais tellement de vos interests les miens, que, si rien estoit capable de me séparer d'inclination avec vous, ce seroit si vous croyiez qu'il y eust personne au monde qui vous peust estimer et aymer plus que mo\.
GGCLI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I. f°.iA3 reclo.
A M. DE TOUBATEL.
[Paris,] 7 décembre i(i'i8.
Monsieur,
Bien que je sçache que ni la naissance ni le mérite de M. le mareschal de Turenne ne vous sont inconnus, et que je sois asseuré que, si vous eussiez eu à faire choix d'un homme digne pour coin-
mander un corps si considérable qu'est l'année du Roy en Allemagne, Décembre vous auriez jeté les yeux sur sa personne, j'estime pourtant qu'un des plus grands avantages qu'il apporte à ce commandement c'est d'avoir travaillé avec vous autres et eu sa part de quantité de belles actions que vous avez faites sous feu M. le duc de Weymar l. Cela me fait croire qu'estant derechef ensemble, la gloire des armes du Roy s'y maintiendra aussy hautement que jamais, sous un si brave chef et sous de si excellens officiers.
N'ignorant pas le rang que vous y tenez et ce que vous estes capable de faire, je vous ay voulu dire par avance le ressentiment que la Reyne en aura et la reconnoissance que vous en devez attendre de Sa Majesté. Quelle qu'elle soit, elle ne sera jamais telle que je vous la souhaite, puisqu'il est impossible que personne vous estime plus que moy, ni soit avec plus de passion, etc.
'(i musc, de la Bibliotli. Mazarine. n° 1719. tom. I, f" i43 recto et verso.
A M. LE CHANCELIER OXENSTIEM.
| Paris,] i| décembre i6û3
Monsieur,
Pour respondre à celles de Voslre Excellence du 18 d'aoust et du () d'octobre, je luy dirav. pour la première, que le sieur de Siraumont ne pouvoil venir icy munv dune pins favorable el plus puissante recommandation en mon endroit que celle de Voslre Excellence. Je ne délibère pas quelles soûl ses bonnes qualités après le jugement qu elle en l'ait, et il n \ a sorte de bon office que je ne m'estime estre obligé de rendre à une personne qui a mérité ses bonnes grâces.
Bernard île Sue-Weymar, formé à victoires en Allemagne. Son armée fut enl'école de Gustave- Adolphe, s'était mis à la suite commandée par le maréchal de Guésolde de la France après la morl de ce prince brianl ; mais elle garda pendant longtemps avait conquis I Usace el remporté plusieurs le nom d'armée weymarienne.
HiZABIR. I. 6fl
Décembre Pour ce qui est de quelque desgast qu'elle se plaint avoir esté l'ait, dans le territoire de Benfeld ', par l'armée du Roy, Voslre Excellence se doit asseurer, et elle en peut encore asseurer la serenissime reyne de Suède, que c'est avec un grand desplaisir du Roy que tels accidens arrivent, qui sont ordinairement arrivés avant qu'on en ayt icy la nouvelle et le temps d'y apporter le remède convenable. Le mal neantmoins, qui n'a peut-estre pas esté si grand qu'on l'a creu, n'a pas duré longtemps, comme Vostre Excellence aura sceu , et nous avons fait le plus prompt effort qu'il nous a esté possible pour l'envoyer l'armée delà le Rhin et l'esloigner des occasions de se porter à quelque chose de semblable. Je puis dire avec vérité à Vostre Excellence que la Reyne n'est pas moins soigneuse de la conservation de tous les interests de la couronne de Suède que des interests de celle de France; de cela Vostre Excellence ne doit point douter.
Au reste, Vostre Excellence aura appris le desordre qui est arrivé à l'armée du Roy qui s'estoit avancée jusqu'à l'entrée de la Souabe. Sur quoy je luy diray sincèrement et sans artifice que, quelque bruit que les ennemis en ayent fait et quelque vanité qu'ils s'en donnent, tout le mal consiste en la prise de quelques officiers principaux et en la perte de quelque infanterie et de quelques canons. 11 se pourra reparer avec de l'argent, et ce n'est pas pour les ennemis le juste prix de la perte de Rottweil, qui nous donne l'entrée de la Souabe et du Wurtemberg.
Je passe outre et proteste à Vostre Excellence que, quand mesme on auroit preveu les inconveniens qui sont arrivés à cette armée, on nauroit pas laissé de l'y exposer, pour faire voir à tous nos confédérés avec quelle vigueur nous embrassons les affaires d'Allemagne, et surtout que nous ne voulons espargner qui que ce soit de tous ceux qui sont contraires au bien de la Confédération. Nous n'en demeurerons pas là, et j'espère qu'on verra, la campagne prochaine, les armes du Roy si puissantes en ce pays-là, que nos ennemis ne seront
1 Cette petite ville d'Alsace (aujourd'hui département du Bas-Rhin) appartenait aux Suédois.
DU CARDINAL MAZAR1N. 491
peut-estre pas si esloignés des pensées de la paix qu'ils l'ont esté jus- Décembre ques icy; mais pour cela il est besoin que le reste des confédérés concoure avec nous, et j'estime que, si M. Kœnismark estoit desbarrassé de l'occupation qui le retient en Pomeranie, il seroit à propos qu'il s'avançast vers le Veser, tant pour donner jalousie à Hasfeld que chaleur aux armes de madame la landgrave de Hesse. Je conjure Vostre Excellence de faire part de tout cecy à la serenissime reyne de Suède et u messieurs les Regens comme chose véritable, aussy bien que de la protestation que je fais d'estre, etc.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n" 1719, tom. I, P \hli recto.