A M. BRACHET
[Paris,] i() février i(!'i'i.
Monsieur,
J'ay esté bien ayse d'apprendre, par la vostre du 5 du présent, vostre heureuse arrivée à Basle. Je n'ay point douté que vous ne deussiez trouver au sieur de Tracy toute la confiance et tous les tesmoignages de bonne volonté que vous pouviez désirer. Je ne doute point encore que vous n'apportiez tout ce qui despendra de vous pour correspondre à de si honnestes avances, et que vous n'agissiez l'un et l'autre dans le service avec le mesme esprit et le mesme zèle.
Nous avons prévenu vos désirs par la remise que nous avons fait faire à Basle, par le sieur Hervart,de trente mille pistoles en espèces. comme vous aurez peu apprendre de M. le mareschal de Turenne et dudit sieur de Tracy.
C'est ce que j'ay à vous dire maintenant, après vous avoir asseuré que je suis, etc.
DU CARDINAL MAZARIN. 59i
CDXXX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n" 1719, tom. I, f" 1G1 verso.
A M. D'ERLACH'
[Paris,] 19 lévrier i644.
Je croy que vous ne doutez plus que vous ne soyez icy en la considération que vous méritez : outre la satisfaction qu'on a tasché de vous donner en tout ce que vous avez désiré, Al. de Groisic vous en pourra rendre des tesmoiguages particuliers, et il vous porte une marque de l'estime que la Reyne l'ail de vostre personne, en laquelle ce qu'à mon advis vous priserez davantage est de vous venir de la main d'une si grande princesse, qui est le portrait du Roy et le sien, qu'elle vous envoyé dans une boite de diamans. Elle vous a aussy destiné le commandement d'un petit corps que M. le mareschal de Turenne a proposé de laisser dans l'Alsace, quand l'armée s'en esloignera, de qu<>\ vous apprendrez la resolution dudit sieur mareschal.
Je croy que vous apporterez tout ce qui despendra de vous pour faciliter ce dessein et pour confirmer Sa Majesté dans toute l'opinion qu'elle a de vostre conduite. Ce pendant asseurez-vous que je seray tousjours de ce costé-là vostre garant auprès d'elle, et que je protégera y tousjours vos interests avec la mesiue affection que s'ils estoienl les miens propres.
Je me remets à M. vostre cousin2 de plusieurs autres choses que je ne vous escris point, et finis après \ous avoir protesté (pie vous m'esprouverez tousjours liés véritablement, etc.
Cette*. lettre oe se trouve point dans français, entre autres contre le lieutenaul
les Hémoires concernant le général d'Erlach. du Roi, d'Oysonville. Il aurait été juste de ne
L'auteur de cet ouvrage semble surtout pas oublier les honneurs que l«' fjouverne-
s'être attaché ii faire ressortir !■ s luttes que menl français accordail à d'Erlach. il Erlach soutenait contre certains olliciers ' Sigismond d Erlach.
Féi rier 1 644
Février i ti'i 'i.
GDXXXI.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarinc, n" 1719, tom. I . f" 161 verso.
A M. LE MARESCHAL DE TURENNE
[Paris,] 20 fovricr i64&.
Monsieur,
Vous jugerez de mon amitié par le ressentiment que j'avois eu d'apprendre que vous aviez un peu manqué à la correspondance que je puis dire qu'elle mérite l. Vous pouvez croire aussy que je ne suis point l'asché que le sujet de mon ressentiment se soit trouvé faux, et que j'aye esté trompé en une chose dont je vous avoue que j'eusse esté un peu touché si elle eust esté véritable.
Quant à la Reyne, ne doutez point que je ne luy sois tousjours garant de vostre fidélité, et que je ne perde l'occasion de luy en raffraischir les asseurances que je luy en ay souvent données; mais de cela vous n'en avez pas besoin, et je me promets que vous luy en rendrez, par vos services, des preuves plus certaines que tout ce qu'on luy sçauroit dire.
Pour l'affaire de M. Smitberg, je n'ay rien àajouster, par celle-cy, à ce que je vous en ay escrit par le gentilhomme que je vous ay envoyé, ayant pouvoir de traiter avec luy et d'arrester ce que vous croirez de plus avantageux au service de Sa Majesté.
Nous attendons ce que vous aurez résolu là-dessus, aussy bien que ce que vous aurez pénétré du sentiment des officiers pour la charge que j'avois eu quelque pensée de procurer à M. d'Aumont. Estant sur les lieux et dans les occasions, vous pouvez mieux juger que nous, qui en sommes loin, de ce qui sera le plus convenable, en ce point, à la fin que nous avons d'introduire une entière obéissance, et, par le moyen de l'obéissance, la discipline et l'ordre; sans quoy j'estime qu'elle [l'armée]
1 \ oyez plus haut, p. 5a2, 5o3.
ne faira jamais rien de considérable. Pour cela, soyez asseuré que rien Février t644. ne vous manquera de deçà de ce qui sera nécessaire, et vous aurez veu, par l'arrivée du sieur Brachet avec une voiture de trente mille pistoles, qu'on y donne un bon commencement, et il vous aura peu dire qu'on n'en demeurera pas là et qu'on ira jusqu'au bout.
CDXXXII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 162 recto et verso.
A M. DE Tl RENNE.
[Paris,] 99 février 16/16.
Monsieur,
Vous verrez par celle-cy, que vous recevrez en mesme temps avec une autre, que la matière de vous entretenir ne manque point. Je vous diray donc, sur le sujet de la rupture des Suédois avec le Danemarck, que, encore que nous espérions qu'ils ayent si bien pris leurs mesures en la faisant, qu'ils pourront continuer plus puissamment qu'auparavant la guerre contre l'Empereur, il eust neantmoins esté à désirer, pour plusieurs importantes considérations, que cela ne fust point arrivé; mais puisque c'est une chose faite, et que les ministres du roy de Danemarck se sont laissé entendre que l'interposition du Roy pour l'accommodement seroit bien receue, Sa Majesté est résolue d'envoyer pour cet effet un ambassadeur extraordinaire, à l'instant que MM. les plénipotentiaires l'asseurcront que cette affaire pourra eslre mise en traité.
Outre les soixante mille pistoles d'Espagne qui vous ont esté envoyées, j ay fait en sorte qu'on en prépare encore quarante mille en uiesmes espèces, pour vous les faire tenir au premier avis que vous nous en donnerez el à l'endroit qui vous sera le plus commode, quand vous entrerez au lieu (pie vous avez résolu.
La principale chose qu'à mon avis vous devez maintenant faire est de donner ordre pour l'achapt des bleds que vous croyez vous estre
Févrien64à. nécessaires, et pour les faire conduire aux lieux que vous jugerez les plus propres pour les desseins que vous avez.
Au reste, je ne vous exhorte point à l'espargne de l'argent du Roy, puisque je sçay que vous le niesnagez avec plus de retenue que si c'estoit le vostre propre, et je n'ay point manqué de faire valoir au Conseil le soin que vous avez eu d'envoyer une depesche d'importance par une commodité asseurée, pour espargner les Irais d'un courrier envoyé exprès. Si je vous pouvois mander, par le incsme [moyen], les difficultés que j'ay à surmonter pour vous faire tenir de l'argent, dans Testât présent des affaires et dans l'impossibilité qu'il y a presque d'en recouvrer, je m'asseure que vous avoueriez que je m'employe avec passion, avec adresse et mesme avec autorité, pour faire en sorte que vous ne manquiez de rien, à quoy je tiendray tousjours soigneusement la main.
Quoyque je vous aye escrit'de la difficulté qu'il y avoit de recouvrer des chevaux, nonobstant cela, M. Le Tellier et moy avons travaillé de telle sorte que nous avons trouvé marchands qui se sont obligés de les fournir et les rendre à Saint-Dizier dans le 10 avril. Vous nous manderez, s'il vous plaist, s'il est nécessaire que ce soit avec les selles et les brides, et, si cela est, ils nous reviendront a près de vingt-trois pistoles pièce.
Vous en pourrez donner la nouvelle à l'armée et faire valoir le petit service que j'ay rendu dans cette rencontre, affin qu'elle se pust plus tost fortiffier et mettre en estât de prendre la revanche , sur les ennemis, de la disgrâce de Diittlingen.
Il me suffit que vous sçachiez à quel point je vous honore et la véritable passion que j'ay pour ce qui vous touche, affin que vous vous asseuriez qu'il n'y a soin ny diligence imaginable que j'aye obmise en l'affaire de M. vostre frère1, pour l'acheminer à son contentement; et cela en telle sorte que Mu,e de Bouillon, en partant, a esté contrainte de dire à tout le monde qu'il ne se pouvoit agir avec plus d'affection et plus de franchise que j'avois fait, et d'autant qu'elle fust tellement
' Le duc de Bouillon, frère de Turenne, Sedan, qui lui avait été enlevée sous le voulait obtenir la restitution de la ville de règne précédent.
DU CARDIiNAL MAZARIN. 595
touchée des dernières propositions que je luy fis, qu'elle ne pust s'em- Févrien64/i. pescher d'avouer qu'elles fussent fort raisonnables, et qu'elle se promettoit qu'elles luy donneroient moyen de disposer M. son mary à mettre fin à cette affaire. Elle me fit grande instance en secret de faire en sorte que, du costé du Roy, il ne s'y fist rien de vingt jours, pour avoir le temps de se rendre auprès de M. son mary et d'envoyer icy les nouvelles de ce qu'elle aura négocié.
Je n'ay pas seulement attendu ce temps, mais un mois tout entier, sans qu'il soit icy rien arrivé sur ce sujet qu'une lettre de M. de Bouillon à Mlle vostre sœur \ par laquelle, après avoir protesté m'avoir de grandes obligations, il tesmoigne bien, à ce qu'elle m'a dit, avoir quelque disposition à accommoder l'affaire; mais il ne mande rien de précis ny de particulier là-dessus.
En suite de cela, l'ordre ayant esté donné à M. le chancelier pour achever dans le parlement tout ce qui estoit nécessaire pour la conclusion de ladite affaire, M,!o vostre sœur me fut voir et me fit de trèspressantes instances de m'employer auprès de la Reyne et en obtenir encore dix jours de deslay, aflin qu'elle eust moyen de depescher en diligence un courrier à M. de Bouillon et le porter enfin, comme elle esperoit, à ce qu'elle croyoit luy eslre avantageux et nécessaire pour ne tomber dans les malheurs que, sans cela, elle prevoyoit inesvitables.
J'en ay porté la parole, dans le Conseil, à la Reyne, et, nonobstant les difficultés que j'ay rencontrées, fondées sur les soubçons qu'on a que M. de Bouillon ne Iraisne cette affaire en longueur que pour attendre s'il arrivoit quelque chose dans le Royaume qui luy donnasl moyen de rendre sa condition meilleure, je n'ay pas laissé d'obtenir quinze jours de deslay, après lesquels l'affaire se terminera infailliblement sans remise, et j'auray, pour le moins, cette satisfaction d'avoir agi dans celte rencontre avec plus d'affection pour les interests de M. vostre frère que s'ils eussent esté les miens propres.
' Charlotte de Bouillon, morte tant alliance en 1669.
Février 16M. Je vous confesse que j'ayme toute vostre maison; mais je fais bien connoîstre à tout le monde que le principal motif qui m'a obligé de travailler en cette affaire avec tant de soin a esté la part que vous y prenez. Quoy qu'il en arrive, je suis asseuré que, si M. de Bouillon ne se veut contenter de la raison, il n'aura à se plaindre que de luymesme.
Je ne vois pas comme quoy il se puisse laver que, pour une formalité d'avantage, dont on luy laisse la prétention, tout de mesme que s'il estoit en possession de Bouillon ou de Sedan, il renonce à des avantages solides et expose sa personne et ses enfans à des inconveniens qu'il luy est si aysé de destourner. Je vous rends exactement compte de ce qui s'est passé en cette occasion, affîn que vous voyiez la franchise de mon procédé et que vous vous asseuriez par là de la vérité avec laquelle je suis, etc.
CDXXXIII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I,f° 1 63 recto.