‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 207 sur 335 · A M. LE MAJOR GENERAL ROSE · texte numérisé non relu

A M. LE MAJOR GENERAL ROSE

[Paris,] 2/1 février i6Mi.

Monsieur,

Il n'estoit pas besoin que vous vous missiez en peine de vous justifier de la disgrâce de Dùttiingen. La Reyne et tous ceux qui ont l'honneur de l'approcher sont fort persuadés que vous n'avez jamais manqué de zèle pour le service du Roy, et que, si vous eussiez peu empescher le malheur qui est arrivé à l'armée, avec vostre sang et vostre vie, vous l'auriez fait avez joye.

On fait icy de grands elTorts et une despense incroyable pour la restablir et pour la mettre en estât de prendre la revanche de ce qui s'est passé; à quoy je suis asseuré, et en asseureray tousjours Sa Majesté, que vous ne vous espargnerez point, et que vous n'oublierez

DU CARDINAL MAZAR1N. 59?

rien pour rabattre la vanité que les ennemis se donnent d'un avantage Février i6&* qu'ils doivent plus à la fortune qu'à leur valeur.

J'ay présenté à Sa Majesté le gentilhomme que vous avez envoyé, à qui elle a assez fait paroistre l'estime qu'elle fait de vosire personne et le désir qu'elle a de reconnoistre les services qu'elle se promet que vous rendrez à cette Couronne. Je m'asseure qu'il s'en retourne fort satisfait, et qu'il vous tesmoignera que, estant généralement en la considération que vous méritez en cette Cour, il n'y a personne qui désire prendre plus de soin de vos interests que moy, ny qui soit plus véritablement, etc. après m'estre remis audit gentilhomme de plusieurs choses que je ne vous escris point.

CDXXXIV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f' 1 63 recto et verso.

A M. LE CHANCELIER OXENSTIERN

[Paris,] a 6" février 16'1'j.

Monsieur,

Nous avons sceu vostre rupture avec le roy de Danemarck et le progrès de vos armes dans son pays. Je ne doute point que Vostre Excellence n'ayt jugé que cette entreprise exciteroit divers sentimens dans l'esprit des hommes, et qu'on en tireroit des conséquences différentes, selon qu'on se trouveroit préoccupé de passion, ou que chacun seroit capable de raisonner1. Pour moy, Monsieur, qui ay l'opinion que je

1 L'ambassadeur de Suède à Paris, Gro- tbhlt) : TOralio quam, die Martis, de re

tius, fut charge de répondre aux plaintes Danica apnd Reginam Regentem babui

qu'excitait la guerre contre le Danemark, plane conformata fuit ad ea qus in edicto

d'en expliquer les motifs et de prouver que Regiuae nostraj (Christine de Suède) conli-

les Suédois n'abandonnaient pas la cause de oentur. Prœraisi excusationem, quod nullœ

leurs alliés. Voici le passage où il résume e Suedia ad Reginam Regentem venissenl

ce quil dit à Anne d'Autriche (Eputolœ litterœ, viis terra manque incerlis. Dixi anle

inediUn, p. i3s-i3A, lettre du 2o/3o avril nos regain Danis bellum gessisse in Germa

Février i64/i. doy de tout ce (jui s'entreprend par les conseils de \ ostre Excellence. et <|iii sçay qu'elle a toute la prudence qui peut venir du bon sens, de i'estude et de l'expérience, sans m'ingerer en d'autres spéculations, je me suis persuade qu'on a si bien preveu et mesnagé toutes choses, avani que de s'embarquer à cette nouvelle guerre, qu'elle ne ralentira

nia ' : sed quomodo id gesserit posueritque me non narrnluruni, cum res sit cognita. Succcssisse in euin laborem regem Guslavuin iraraorlalis memoriœ et Rcginam nostram, quibus magna décora Deus propilius concesserit,gnarus bellum ab eis geri animo quœrendœ pacis, non cum priva to commodo, sed pro bono orbis ebristiani etprœsertim amicorum; invidisse nobis Dama?

regem, omnibusque modis, partim apertis, partim clandestinis. in id laborasse, ne aut I)elluni nobis melius quam ipsi procederet, ant pax contingeret gtoriosior, ejus rei causa conatum eum subducere nobis loca insessa , copias et copiarum alimenta.

Ubi ad euin edicti locum veneram, qui est de novis bostibus in nos concitatis, dixi id certo compertum Reginœ nostrœ, neque vero regem Daniœ in btleris suis suorumque oralionibus ad Ordines Batavos id ausum negare.

-Quod marescbaltus Torstensonius in Holsatia (Hotstein) hiberna sumpsisset, in eo usum ipsnm communi bellantium jure; Holsatiam partem esse Germanise, cujus tribulis sustentatae sint opes Imperatoris ; eodem jure uti reges omnes; regem autem Daniœ belli novi ac non indicti fuisse inceptorem, cum vires Daniœ terrestres ac maritimas in milites Suedicos vertit hostiliter; ita impositam D. Torstensonio necessilatem invadendi

etiam Danici imperii loca. unde nosliis nocebatur, el quia ex Scania, Blekingia, Hallandia, olim quidem imperii Suedici partibus, sed nunc a Dano insessis. malum in Suediam exspectabatur, provide Reginam nostram et ad praecavendum dédisse exercilum mareschallo Hornio.

'rAddidi hœc tam necessario suscepta consilia nibil obstitura quominus in Germania aut bellum fortiter geralur, aut pax œquis tegibus fiât; jam per Duglassiuin exemplam periculo Grosglogaviam et oppida alia. In Misnia vero , junclis Conigsmarcbii cum Axelo-Lillia copiis, non tantum Lipsiœ prospectum, sed et longe submotos tum Imperatoris tum Saxonis milites.

f Ad pacem quod attinet, scripsisse legatos Suedicos ad Germaniœ Ordines. banc novam cum Danis conlroversiam non fore impedimento quominus colloquia procédèrent, et œqua omnia admilterentur; cura m pacificandi , quam , factis bostilibus , a se abdicasset rex Daniœ \ susceplam a republica Venetac; non dubium quin prudenter et magnanime functura [sit respublica Veneta] istis parlibus.

rrEdictum Reginœ dominœ nostrœ de hoc bello, versum latine, hic edidi, et in omnes partes milto. ut Suedicœ genti maneat an- (iqua non armorum tantum, sed et justitiœ laus. ,-

' La deuxième période de ia guérie de Treille ans est appelée période danoise, parce que Chrisliern IV ol les Danois y jouèrent le principal rôle.

Le roi de Danemark avait d'abord été désigné pour un des médiateurs. ' L'ambassadeur vénitien Contarini fut médiateur, au congrès de Munster, avec le nonec Cbigi.

rien de celle que vous avez avec l'Empereur, et, soit que l'autre sac- Février i64fi. commode ou continue, que vous serez en estât de poursuivre celie-cy avec autant de vigueur qu'auparavant et d'occuper un ennemy, dont l'accroissement que sans cela il pourroit prendre ne pourroit que produire une paix honteuse ou une guerre ruineuse. Je me promets que la première part que la serenissime reyne de Suède nous faira donner à Testât de cette guerre1 nous portera la confirmation de ce que je viens de dire, et nous apprendra que vous ne vous estes esloigné du principal sujet de vos armes que pour y retourner plus avantageusement,

Quant à la France, je puis asseurer Vostre Excellence qu'elle ne se prépare pas seulement à accomplir les devoirs ordinaires de la confédération, mais qu'elle se dispose d'aller bien loin au delà, et que l'accident arrivé à Duttlingen n'a servy qu'à irriter son courage et rallumer davantage sa vigueur par le desir de la revanche. En effet, il est vray que la Reyne n'oublie rien et n'espargne rien pour rendre l'armée d'Allemagne et plus forte qu'elle n'a esté et mieux pourveuedes choses qui sont nécessaires pour agir et pour subsister; qu'elle a ouvert largement la bourse pour fortiflicr celle de madame la landgrave de Hcsse par de nouvelles levées et par des recreues considérables, sans parler des autres armées du Roy et des autres desseins de Sa Majesté pour donner de l'exercice aux ennemis de la bonne cause.

J'ay esté bien ayse que ce qui s'est passé dans la Holsace 2 m'ayt donné sujet d'escriré à Vostre Excellence et de luy tesmoigner que rien ne m'est plus cher que les occasions de l'entretenir et de luy ouvrir mes senlimens sur les occasions qui le méritent. Je ne doute point que je ne trouve en elle une pareille correspondance de volonté et de franchise, puisqu'il est impossible d'estre plus que je suis, etc.

1 C'est-à-dire, les premières nouvelles que 2 Hoistein (ffofcana); cette province avait

la reine de Suède nous fera donner de la <f uerre été envahie par les Suédois. contre le Danemar/;.

Février 1 644.

GDXXXV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, t° i63 verso.

A M. DE LA THUILLERIE

[Paris,] qG lévrier iG44.

Monsieur,

Vous pouvez voir, par le nouveau sujet dont vous m'escrivez par la vostre du 9 du présent, combien il importeroit au bien de la cause commune que MM. les Estats [des Provinces-Unies] taschassent à destourner les assistances que plusieurs de leurs sujets rendent continuellement à nostre commun ennemy. Je vous supplie d'appuyer fort sur ce point et de leur en représenter la conséquence. Je fairay tout ce qui me sera possible pour leur procurer le contentement qu'ils désirent à l'occasion du vaisseau chargé de bled qui a esté pris par les vaisseaux de Sa Majesté. Vous pouvez les en asseurer, attendant que je leur escrive, qui sera aussytost qu'on aura pris quelque resolution sur cette affaire. Croyez aussy, en vostre particulier, que je suis, etc.

CDXXXVI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° i63 verso.

A M. DE LA THUILLERIE

[Paris,] 96 février i644.

Monsieur,

Je croy que vous jugerez, par le choix que la Reyne a fait de vostre personne pour une affaire très-importante à l'Estat, en quelle considération vous estes icy. Vous n'aurez pas peine à deviner que c'est pour une ambassade extraordinaire, et sur le sujet de la rupture qui est intervenue entre la reyne de Suède et le roy de Danemarck. Les

ministres de Danemarck, comme vous pouvez sçavoir, se sont laissé Février i6A4. entendre que l'entremise de celte Couronne pour l'accommodement de cette guerre seroit bien receue, et il y a de l'apparence que les Suédois ne s'en esloignent pas, estant en partie arrivés à la fin qu'ils pouvoient s'estre proposée, et s'estant d'ailleurs tellement fortitïîés dans le progrès de leur irruption, qu'ils pourront retourner contre l'Empereur, beaucoup plus puissans qu'ils n'estoient quand ils sont entrés dans la Holsace (Holstein). Vous voyez donc que la conjoncture paroist assez favorable pour rendre vostre négociation heureuse; car, pour la conduire avec prudence et adresse, vous avez une expérience trop confirmée dans le maniement de semblables affaires et une connoissance trop particulière de celles de ce pays-là pour nous laisser lieu d'en douter.

\ ous ne perdrez donc pas, s'il vous plaist, de temps pour partir, car la chose presse, si ce n'est que vous eussiez avis du contraire par MM. les plénipotentiaires. Je me remets du particulier de ce que \ous aurez à faire à ce que vous en escril M. de Bricnne. J'ajouste seulement que, s il \ a quelque chose où je vous puisse estre utile, vous devez absolument vous adresser à moy, qui désire prendre un soin particulier de vos interesfs.

L'ambassade extraordinaire que vous allez faire ne s'oppose pas à celle que vous devez continuer en Hollande à vostre retour, mais en qualité aussv d'extraordinaire, comme vous l'avez désiré. J'ay flatté la Reyne dans son inclination, quand j'ay proposé vostre personne pour cela. On vous envoyé un ajulo di eosta1. Dès que vous aurez avis de MM. les plénipotentiaires que l'entremise de cette Couronne sera bien receue, parlez promptement; car cette vitesse vous servira d'excuse pour ne pas faire les préparatifs d'une despense que vous eussiez faite autrement, et vous voyez qu'il importe que cet accommodement se fasse, s'il est possible, avant le commencement de la campagne. Je remets le dcstail au mémoire adressé à M. de Brienne et qu'il vous envoyé.

tide, subside.

DA2ARIR. — I. y G

Février i (i'i h.

GDXXXVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 166 recto.

A M. LE MARESCHAL DE TURENNE

[Paris,] 2O février 16M.

Monsieur,

J'ajouste à deux gi-andes depesches que je viens de vous escrire pour response à vos deux dernières du 1 3 et du 20 de febvrier, que. dans l'eschange que nous avons fait traiter avec don Francisco de Melos, nous ne deslivrerons qu'officiers pour officiers et soldats pour soldats, et qu'ainsy, si nous n'avons pas de soldats à recouvrer, nous n'aurons point de soldats à rendre. Ça esté nostre pensée; ce qui n'empesche pas que je ne vous remercie de l'avis que vous m'en donnez.

Quant au régiment des dragons d'Argilly (sic), que vous demandez pour servir dans vostre armée, M. le prince Thomas l'a désiré avoir pour celle d'Italie, et il luy a esté en quelque façon accordé; je travailleray neantmoins pour tascher de vous le faire envoyer.

Nous remettons à vous et à M. d'Erlach pour en apprendre les resolutions qu'on prendra pour le petit corps que vous estes d'avis qu'on laisse dans l'Alsace sous son commandement et [sous celui de] M. d'Oysonville, quand l'armée s'en esloignera.

Pour M. de Ruvigny 1, ne doutez point que je ne perde [aucune] occasion de le servir, d'autant qu'il est vostre amy et à cause que je l'estime. Croyez ce pendant que je seray tousjours, etc.

' Henri de Massues, sieur de Ruvigny et marquis de Bonneval, était un des principaux chefs du parti protestant en France. Saint-Simon (édit. Hachette, in -8°. t. I, p. l* 1 2 et h 1 3 ) en parle , à l'occasion de son fils, qui servit en Angleterre après la révocation de l'édit de Nantes , et qui est connu sous le nom de milovd Galloway. «Ruvi-

gny, dit-il , étoit un bon mais simple gentilhomme, plein d'esprit, de sagesse, d'honneur et de probité, fort huguenot, mais d'une grande conduite et d'une grande dextérité. Ces qualités, qui lui avoient acquis une grande réputation parmi ceux de sa religion, lui avoient donné beaucoup d'amis importants et une grande considération dans

CDXXXVIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, f° 1 66 reeto.

A M. D'AVAUGOUR

[Paris, J 26 février 1OV1.

Je vous escris celle-cy pour vous prier de faire auprès de M. le mareschal de Torstenson les plus forts offices que vous pourrez, alîiu qn il protège et conserve, autant qu'il sera possible, le bien de M. le comte de Rantzau et de MM. ses frères durant la guerre du pays d'Holstein. C'est un cavalier plein de mérite, comme vous sçavez, que la Reyne considère beaucoup, qui est particulièrement mon amy, et dont les interests ne me sçauroient estre plus chers qu'ils sont. Je croy que, quand vous représenterez cela à M. Torstenson, il en faira grande considération, et qu'il sera bien ayse de faire plaisir à Sa Majesté en cette rencontre, et de m'obliger encore, puisqu'il y a longtemps que je fais profession de l'honorer et d'estimer les services qu'il rend à la cause commune. Vous l'en asseurerez, s'il vous plaist, et croirez en

le monde. Les ministres el les principaux et le distingua toujours, et il l'ut le seul, seigneurs le comptoient et n'étoient pas in- avec le maréchal de Schomberg, à qui le différents à passer pour estre de ses amis, Roi offrit de demeurer à Paris et à sa Cour, et les magistrats du plus grand poids s'em- avec leurs biens et la secrète liberté de leur pressoient aussi à en être. Sous un extérieur religion dans leur maison . lors de la révocafort simple, c'étoit un homme qui savoit lion de ledit de Nantes; mais tous deux reallier la droiture avec la finesse de vue^ cl rasèrent. Ruvignj emporta ce qu'il voulu! et -sources, mais dont la fidélité étoit si laissa ce qu il voulut aussi, dont le Roi lui connue, qu'il avoû" les secrets et les dépôts permit la jouissance. Il se retira en Angledés personnes les plus distinguées. Il fut un terre avec ses deux fils. La Caillemotte, le grand nombre d'années le député de sa re- cadet, plus disgracié encore du côté de ligion à la Cour, et le Roi se servit souvent l'âme que de celui du corps, mourut bientôt des relations que sa religion lui donnoil en après. Le père ne survécut pas longtemps, Hollande, en Suisse, en Angleterre H en et son aîné continua à jouir des biens que Allemagne, pour y négocier secrètement. son père avoil laisses en France." C'esl ce et il v servit Irès-ufilcmcnt. Le Roi l'aima dernier qui devint comte de Galloway.

Février i6i&.

Févrieri644. vostre particulier que j'auray beaucouj) de ressentiment du soin que vous prendrez de servir M. de Rantzau, et que je rechercheray les occasions de m'en revancher et de vous faire paroistre que je suis véritablement, etc.

CDXXXIX.

Vlanusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, loni. I, f° iG'i verso.

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