ADDITION À LA LETTRE DE M. DE LA THUILLEME
On escrit d'Anvers que l'on y avoit pénétré que MM. les Estats armoient secrètement quelques vaisseaux pour envoyer aux Indes tenter l'entreprise des Philippines2, et que, pour cet effect, on embarqueroit sur lesdits vaisseaux jusques à trois mille hommes; vous vous servirez de l'avis.
Je ne dois pas oublier de vous dire, sur le sujet du différend de Suède et de Danemarck, que nous avons descouvert que le roy de Danemarck avoit donné pouvoir à ses residens à Bruxelles et à Vienne de traiter avec les Espagnols, et cela avant que les Suédois l'eussent attaqué. Cet avis, bien mesnagé par vostre adresse, pourra ne vous estre pas inutile dans le cours de vostre négociation.
Je vous prie de donner part à MM. les plénipotentiaires de ce que contient cette lettre et de haster vostre voyage autant qu'il se pourra. Je vous en presse d'autant plus volontiers, que tous les avis que nous recevons nous en font espérer bon succès, et qu'ainsy je procure le service du Roy et vostre gloire.
' C'est-à-dire addition à la lettre destinée couvert par le Portugais Magellan , en i5ai.
à M. de La Tlntilkrie. Il fui conquis par les Espagnols en i568.
Cette addition était probablement de la sous le règne de Philippe II, et ce fut alors
main de Mazarin. que les îles de cet archipel prirent le nom
5 Cet archipel de la Malaisie avait été dé- de Philippines.
Mars ifi'i.'i.
GDXLI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. 1, f° 1 6 '1 verso et 1 65 recto.
A M. LE GENERAL TORSTENSON.
[Paris, ) h mars 166/1.
Monsieur,
.Vay veu, par celle que Vostre Excellence m'a l'ait l'honneur de m'escrire, qu'elle a receu la nouvelle de l'accident de Dùtlingen, avet cette opinion que la France se mettroit bientost en estât de le réparer et d'en prendre la revanche. Aussy puis-je l'asseurer avec certitude qu'elle n'espargne ny n'oublie rien pour cela, et que l'armée du l»o\ se trouvera, cette campagne, plus forte qu'elle n'a encore esté et mieux pourveue de toutes les choses nécessaires pour la faire agir avec succès et subsister avec ordre et discipline. Mais ce n'est pas eu ce seul endroit où la Reyne fait effort; elle a encore largement ouvert la' bourse pour fortiflîer l'armée de madame la langrave de Hesse par des levées et des recreues considérables, outre les autres armées de Sa Majesté et ses autres desseins pour donner de l'occupation à nos communs ennemis. Je ne doute point que la couronne de Suède ne concoure avec nous à cette lin, avec la mesme puissance et le mesme zèle qu'elle a fait jusques icy; et bien que, par la rupture avec le ro\ de Danemarck, vos armes se soient un peu csloignées du principal sujet de la guerre, qui est l'Allemagne, nous nous assenions que vous avez si bien preveu et mesuré toutes choses avanl que d'entrer au pays d'Holstein, que, soit que cette nouvelle guerre s'accommode ou continue, vous serez en estât de retourner plus avantageusement , celte campagne, à la poursuite de celle de laquelle despend tout le bonheur ou tout le malheur de la Chrestienté, selon le cours qu'elle prendra.
Nous en avons desjà une preuve par l'avis que nous avons de la marche de M. Kœnismark ' sur l'Elbe, pour s'opposer au progrès que
1 Sur le eomle de Kœniflsmark . voyez, plus haut, la note 1 de la page 9.88.
Mars ifiVi. les armes impériales pourroient faire si elles ne troiivoient point (l'oj)posilion, et je prends cela pour le commencement de plus grandes forces qui suivront, et qui tiendront celles de nos ennemis partagées, de peur qu'elles ne tombent toutes d'un costé avec des pertes irréparables pour le bon party.
Je ne doute point que Vostre Excellence, qui nest pas moins versée aux affaires d'Estat qu'aux choses de la guerre, ne comprenne l'importance de ce que je viens dédire, et qu'elle n'apporte tout ce qui despendra d'elle pour absolument acheminer tous les autres intereste de la couronne de Suède à cet interest principal, qui est la liberté de l'Allemagne, qui ne peut s'establir que par l'efTort qu'on y faira.
De nostre costé, je puis asseurer Vostre Excellence que nous irons mesme au delà des obligations de la confédération, et que nous faisons tous nos autres desseins subalternes à celuy-là. Je ne luy en diray point davantage, puisqu'elle n'en a pas besoin, et que ce que j'en ay fait a esté plustost par forme d'entretien et de correspondance que d'avis et d'exhortation. Je la supplieray seulement de croire qu'il n'y a personne au monde qui estime plus ses grandes qualités que moy. ny qui soit avec une plus véritable passion, etc.
CDXLII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. i. f° 1 65 recto.
À M. DE CROISIC
[Paris. ] h mars 1 6/i'i.
Monsieur,
Quov qu'on vous ayt peu donner à entendre des intentions de la Reyne touchant les levées qu'elle fait faire pour l'armée de madame la Landgrave, je vous puis asseurer que la pensée de Sa Majesté sur ce sujet n'a esté, sinon que madame la Landgrave disposast de l'argent destiné à la subsistance de nouvelles troupes comme elle le jugeroit
le plus à propos pour cette fin, et que nous avons tant de connoissance Mars i644. de la sagesse de sa conduite et du zèle qu'elle a au bien de la cause commune, que nous ne doutons point qu'elle ne mesnage l'argent du Roy comme le sien propre, puisqu'il doit estre directement employé pour sa conservation et, par reflexion, pour celle de ses alliés. C'est pourquoy je vous diray, en gênerai, que, en cela et en toute autre chose, vous devez attendre d'icy tout ce qui sera jugé raisonnable, et vous persuader crue la Reyne ne faira pas une assistance imparfaite à madame la Landgrave en ce qui sera nécessaire.
De cela vous en apprendrez tousjours le destail de MM. les plénipotentiaires et du sieur de Potheme, qui peut assez avoir remarqué combien les interests de ladite dame sont chers à la France, et à moy particulièrement, qui fais profession de l'honorer avec un sentiment extraordinaire. Ce que je vous prie de luy confirmer tousjours, et de croire que je suis avec vérité, etc.
GDXLIII.
Manusc. de la Bibliolb. Mazarine. n° 1719. tom. I, f" 1 65 reclo.
A M. DE LA THUILLERIE
[Paris,] h mars 16/1/1.
Monsieur,
.1 ay reccu, avec la vostre du 23 du passé, les mémoires y joints; sur lesquels je vous diray, en gênerai, qu'on y faira la considération qu'on devra, et que, pour mon particulier, j'apporteray ce qui despendra de mo\ pour procurer à MM. les Eslals toute la satisfaction qui se pourra civilement et raisonnablement demander à Sa Majesté; je voua supplie de 1rs m asseurer el de les confirmer tousjours clans l'opinion qu ils ont que j'affectionne leurs interests. Je leur escriray après qu'on aura pris au Conseil les dernières resolutions sur le sujet des vaisseaux pris. Croyez ce pendant que personne ne sera jamais plus
que moy, etc.
y, UEABM. — 1. --
Mars i64-'i.
GDXLIV.
Manusc. do lu Bibliotli. Mazarine , n° 1719. loin. I. f° i65 verso.