‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 210 sur 335 · M. L'EVESQUE DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

M. L'EVESQUE DE SAINT-DENIS

Sl'FFIUGlJiT DE LIEGE.

[Paris. | '1 mars iôù'j.

Monsieur,

J'ay receu la vostre du 5 du passé, et veu par icelle le devoir où MM. de Liège se sont mis pour empescher au duc Charles1 l'entrée dans leur pays. Je seray tousjours bien ayse qu'ils me donnent lieu, par leurs deportemens et par l'observation véritable et continue de la neutralité que cette Couronne leur a accordée, de les servir aux occasions où mes offices leur seront utiles.

Ils en ont une en main de tesmoigner à Sa Majesté le respect et la defference qu'ils luy veulent rendre, en favorisant les levées que M. de Marsin2 va faire chez eux de sa part. Us peuvent s'asseurer que Sadite Majesté aura le ressentiment qu'elle devra de la bonne volonté qu'ils luy fairont paroistre en cette rencontre, et que, de mon costé, je la fairay valoir de vive voix et par effet selon son prix. Je vous conjure de le leur bien donner à entendre et de croire, en vostre particulier, que, vous estimant beaucoup, j'auray tousjours chères les occasions qui me donneront lieu de vous faire voir que je suis trèsveritablement, etc.

1 II s'agit ici du duc de Lorraine, qui Mazarin par des négociations, tout en com-

était un des chefs des armées ennemies. 11 battant la France, comme on le verra plus

a été souvent question de ce> personnage loin. (Voyez la lettre du 01 mars 1666,

dans les lettres précédentes. (Voyez p. 34 1, p. 638-63g, texte et note.) note 2 ; p. 608, note 1 ; p. £67; p. ^76, 3 Marsin, comme on l'a vu plus haut,

note 1 ; p. 535, note.) p. 53o, note, avait été chargé de faire des

Le duc de Lorraine cherchait à amuser levées dans le pays de Liège.

CDXLV.

Mtmusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 171g. tom. I, f° 25G reclo.

A M. DE LA THUILLERIE

[Paris.] 9 mars i6i6.

Monsieur,

J'ay l'ait prendre la resolution de vous depescher en toute diligence ce courrier pour vous porter le mémoire que je viens d'envoyer à M. le comte de Brienne pour le mettre en chiffre. H seroit inutile de vous recommander de ne perdre point de temps d'en conférer avec M. le prince d'Orange1, et nous en faire sçavoir au plus tost ses sentimens, 1 importance de la matière vous \ conviant assez, aussy bien qu'au secret.

Don Francisco de Melos nous fait instance d'un passe-port pour passer par ce Royaume, s'en retournant en Espagne. La Reyne a différé la resolution qu'elle y prendra pour la communiquer auparavant à M. le prince d'Orange. Vous luy en parlerez, s'il vous plaist, et vous manderez ce qu'il estime qu'on doive respondre. On n'y feroit pas icy difficulté; mais Sa Majesté a voulu en sçavoir ses sentimens.

L'ordinaire qui arrive tout présentement m'a rendu vostre lettre du itr du courant. Je vous remercie de tout mon cœur de l'avis que vous me donnez, dont j'essayeray de me prévaloir; et, pour cet effect, j'ay desjà donné tous les ordres nécessaires. Sur ce, je demeure, etc.

Mazarin no cessa, pendant les mois de avec les nais généraux, l'un le 29 février

janvier, février el mais i644, de négocier i644, el l'autre le i"mars.

(rès-activemenl avec le prince d'Orange pour La France s'engageaii . par le premier, à

obtoair I renouvellemenl dé l'alliance avec payer aux Province» -Unies un subside de

les Hollandais el pour déterminer les états 1,200,000 livres, el. par le second, la

généraux des Provinces - Unies à prendre république des Provinces-Unies promettait

une pari active à la campagne qui allait un concours énergique à la France pour

l'ouvrir. D'Avaux ci Servien, qui s'étaient soutenir la guerre contre la maison d A u-

rendc la Haye, y conclurent deux traités triche.

Mars i <i'i h .

CDXLVI.

Maiiiisc de ta Bibliolli. Mazarine, n" 1719- tom- '• '" *&7 rocto.

A M. LE PRINCE D'ORANGE

[Paris,] 1 1 mars 1 tikli.

Monsieur,

Les vives instances que nous a laites M. de Beringhen ] l'ayant enfin emporté sur la satisfaction qu'avoit la Reyne de le voir icy, il part pour avoir l'honneur de se rendre près de Vostre Altesse; ce qu'il au roi t desjà fait il y a longtemps, si nous n'eussions pris la peine de le retenir, Sa Majesté ne se pouvant aysement résoudre à le laisser aller sans luy avoir donné auparavant quelque marque effective de sa bienveillance; mais l'impatience qu'il a tesmoignée à ne différer pas davantage son despart a obligé, a la fin, Sa Majesté de l'agréer, pendant qu'elle disposera toutes choses en son absence pour accomplir un dessein qu'elle a de le pourvoir de quelque charge considérable dans sa maison. Vostre Altesse, qui l'aime et l'estime, ne sera, je m'asseurc, pas marrie de concourir à ses avantages, parla permission qu'elle voudra bien luy donner de les venir recevoir dans quelque temps.

Ce pendant il luy rendra compte de toutes les choses dont on l'a entretenu, et Vostre Altesse agréera, s'il luy plaist, d'ajouster pleine croyance à tout ce qu'il luy dira de la part de Sa Majesté ou de la mienne. C'est une personne en qui la Reyne se confie entièrement et qu'elle affectionne beaucoup. Je suis aussy obligé de porter ce tesmoignage à Vostre Altesse, qu'il a un zèle tout particulier pour son service, et qu'il n'a laissé eschapper aucune occasion d'en donner icy des preuves pendant son séjour; si bien que toutes raisons concourent à faire que Vostre Altesse prenne confiance aux asseurances qu'il luy donnera de la partialité que l'on a icy pour ses interests, me remettant, au surplus,

1 Voyez ci-après (p. 622) le mémoire remis à Beringhen (i5 mars 1 644) et la note sur ce personnage.

à la vive voix dudit sieur de Beringlien de luy rapporter i'extresme Mars i644. passion qu'il a reconnue en moy de procurer en toutes rencontres ses satisfactions et ses avantages.

GDXLVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, loin. I. f° a 07 recto.

A M. VERT

[Paris, J 1 1 mars i 644.

Monsieur,

On vous envoya dernièrement une lettre de change de trois mille livres, et vous n'avez pas pris la peine d'cscrire que vous l'ayez receue. Je vous avoue que je vois aller toutes les choses avec une telle lenteur • ■I négligence, que je ne suis nullement satisfait des ordres que vous j apportez. Par les lettres (pie m'a escrites le sieur Talon, par les avis que m'a donnés le chevalier de Morette, et parles relations que je reçois d'autres costés, je vois qu'il devroit estre arrivé sept à huit cens hommes; cependant j'apprends qu'il n'en est sorty que trois cens. Le sieur Bernardini se moque quand il promet deux monstres aux soldats qu'il lève. Je ne sçay pas qui luy en a donné le pouvoir, et ce nCsl pas un bon moyen de conserver les soldats que de les tromper. S'il en use de la sorte, il espargnera bien l'argent qu'on luy a donné pour remettre sa compagnie; mais je n'aura) pas grand sujet d'approuver sa conduite.

Il est à propos de voir, dans les regimens François qui se lèvent, s'il \ .1 des soldats italiens, et particulièrement parmy les troupes qui ont esté levées de la part du Pape pour aller à Rome. Prenez les ordres nécessaires et n'oubliez rien de ce qui despendra de vos soins. Je m'estonne evtresmeincnt que vous demandiez si l<^ Savoyards seront receus dans le régiment. Je me suis assez déclaré sur ce point pour n'est re plus en doute que je n \ en veu* point souffrir, et je ne me suis jamais

61* LKTTKES

Mars i64A. avise den escrire autrement au sieur Talon; mais, puisque la despense est faite, \ous aurez soin de les mettre tous ensemble, et quand ils s'approcheront d'icy.je donnera) ordre qu'ils soient receus dans le régiment françois que je fais lever. Par les responses que vous me laites, je vois que vous n'examinez pas trop les ordres que je vous donne et que vous m'escrivez de toutes choses avec grande retenue; car il fout tousjours interpréter vos lettres et n'avoir nulle information de ce qui se fait de delà. Usez-en autrement à l'avenir, si vous voulez que je demeure satisfait de vostre façon de servir.

Mandez au sieur Talon qu'il ne songe plus à vous envoyer des Savoyards, et, pour les officiers qu'il vous a envoyés et envoyera à l'avenir, vous les pourrez payer suivant ce qu'il vous en escrira.

Outre les trois mille livres que l'on vous fit tenir dernièrement, j'ay fait donner ordre aux sieurs Senamy de vous en payer six mille, sur laquelle somme pourtant ils retiendront les sommes qu'ils ont avancées au sieur Bernardini et au chevalier de Morette. De cette somme, vous payerez encore six cens livres au chevalier de Sardini. qu'on luy doit de reste pour la levée de cent cinquante hommes qu'il s'estoit obligé de faire, et que je m'asseure qu'il aura bientost accomplie.

Les capitaines, officiers et soldats doivent estre payés du jour qu'ils arriveront au quartier; c'est pourquoy vous ne manquerez de les satisfaire ponctuellement. Pour les armes, les sieurs Senamy m'ayant escrit que nous n'en aurions pas de bonnes à Lyon, je les feray acheter en cette ville pour les envoyer à Montbard. Vous ne vous mettrez donc plus en peine du costé où vous estes.

J'ay escrit à MM. Senamy de vous faire tenir l'argent au lieu mesme où vous estes, afin que, abandonnant le quartier, il ne puisse arriver aucun inconvénient.

On a fait un autre traité à Gènes pour lever des troupes qui seront envoyées en Provence, et, comme elles ne peuvent demeurer dans les quartiers de Provence que douze ou quinze jours pour se reposer à leur desbarquement, il faut donner ordre que quelqu'un prenne soin

de les faire acheminer après cela au quartier de Romans, en sorte Mais 16/1/1. qu'il ne s'en desbande point.

J'escris aux sieurs Senamy de faire apprester au plus tost jusques au nombre de cinq ou six cens habits de bon drap et à l'italienne; mais, comme les soldats qui auront lesdits habits seront obliges à les payer, estant nécessaire pour cet effet de faire obliger les capitaines pour le nombre qu'ils en recevront pour leurs compagnies, il les faudra avertir de ne les prendre que pour ceux qui en auront absolument besoin; et, comme il se pourra faire que l'un ayt affaire de chausses et l'autre de pourpoint, vous réglerez cela en sorte que le tout soit mesnagé à l'avantage des soldats, lesquels, sçachant les devoir payer, ne presseront pas pour les avoir, si la nécessité ne les oblige.

A l'officier de Gazai qui vous demande de l'argent, disant qu'il a beaucoup de troupes, vous pourrez luy respondre qu'il s'adresse au sieur Talon, lequel ne l'en laissera pas manquer, s'il voit qu'il soi! en estai (I en amener grand nombre; et, par toutes les occasions que vous aurez, ne manquez pas d'escrire au sieur Talon, le pressant de solliciter les levées qui se font de delà, et à proportion, quand vous aurez trois cens hommes dans le quartier, vous les envoyerez à Montbard et Semur, qui sont les quartiers que j'ay [fixés de] deçà. En passant par Lyon, ils prendront ce qu'il leur faudra; et, pour ce qui regarde espées, bas -de- chausses, souliers et autres choses nécessaires, vous presterez l'argent aux capitaines, en retirant deux promesse <le le rendre sur leurs monstres, et ils auront le soin d'assister leurs soldats. ains) qu il- verront estre nécessaire.

Quelque officier, qui fust bien entendu, pourroit aller à Lyon trouver les sieurs Senamy pour solliciter les habits et tenir la main qu ils soient de bon drap et bien faits, et concerter la forme des pourpoints ou dune petite casaque, croyant que peut-estre sera-t-il mieux de faire de ces petites casaques qui leur servent en mesme temps de pourpoint et de casaque.

Mars iii'i',.

CDXLV1II.

Manusc. de la Biblioth. Mazarinc. n° 171*). tom. 1. f° 287 verso.

V M. DE LA THUILLLRIE.

[Paris,] 12 mars 16/1 h.

Monsieur,

J'ay jugé la depesche que je vous fis samedy dernier assez importante pour vous en envoyer un duplicata par cet ordinaire.

Je n'ay rien à y ajouster que l'avis que je vous donne que je viens de travailler pour faire payer présentement au sieur de Vicfort1, résident de madame la Landgrave à la Haye, trente-cinq mille escus d'or, qui font la somme de soixante et dix mille richsdales, que Sa Majesté a accordés à ladite dame d'assistance extraordinaire, pour remettre ses troupes en bon estât, sur ce que vous nous avez mandé qu'il seroit plus utile d'en user de la sorte que de destiner à son service particulier les levées que fait le colonel Marsin dans le Liège, qui seront employées, ou dans l'armée de M. le mareschal de Turenne, ou dans quelque autre endroil où elles fassent le mesme effect pour l'avantage de inadite dame, par la diversion des forces des ennemis.

On envoyé aussy en mesme temps trente mille richsdales à bon compte de l'assistance ordinaire2, et les soixante-dix mille restant seront envoyés sans faute la semaine prochaine. Sur ce, je demeure, etc.

1 Joachiii) de Wicquefort, né à Amsterdam vers la fin du xyi* siècle, fut longtemps résident du landgrave et de la landgrave de Messe près des états généraux des Provinces-Unies. Grotius luy a adressé plusieurs lettres. Joachim de Wicquefort est beaucoup

moins connu que son frère Abrabam, auquel on doit un grand nombre d'ouvrages,

entre antres des Mémoires touchant les ambassadeurs et ministres publics.

2 C'est-à-dire des subsides ordinaires payés par la France à la landgrave de Hesse.

CDXL1X.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. toni. I. f" 1 65 verso et 166 recto et verso.

A M. D'AVAUX

[Paris,] 12 mars 166/1 '.

Monsieur,

J'ay fait la -considération que je devois de tous les points de la vostre du 22 du passé, et, puisqu'il est absolument nécessaire de faire une plus grande subvention d'argent à madame la landgrave de Hesse, j a\ obtenu encore pour elle vingt mille richsdales, outre les cinquante mille qui luy avoient esté accordées et l'ordinaire qui luy sera personnellement payé. Cela pourra tenir lieu des levées de M. de Marsin. en cas que la Reyne en dispose autrement qu'on n'avoit résolu au commencement, et madame la Landgrave peut considérer que c'est la plus grande assistance qu'elle ayt encore reccue de la France, n'en ayant jamais receu que de soixante mille richsdales à la fois.

Mais, afïin que l'espérance qu'elle pouvoit avoir d'en recevoir davantage ne luy apporte quelque desgoust et quelque langueur en la poursuite de la guerre, vous pouvez donner à entendre à ses agens que te n'est pas un petit effort que la France fait dans la multitude des armées qu'elle a sur les bras ef aux besoins desquelles elle esl oblide pourvoir en mesme temps, et que le restablissemeni de la seule armée d'Allemagne luy aura cousté, avant qu'elle se mette en campagne, plus de deux millions de livres qui auront esté effectivement desboursées; que madame la Landgrave se doit persuader que l'assistance de la France ne luy manquera jamais dans la nécessité des occurrences, et que vous ne vous défiiez point qu'elle ne se puisse disposer de faire, s il est besoin, quelque autre chose après que le gros

D'Avatu n'arriva à Munster que le (Voyez l'ouvrage intitulé : Négociations se- 17 mars, comme le prouve la lettre qu'il crêtes touchant la paix de Munster et d'Osnaadressa à la Reine I" 18 dn menu mois. brûck, 1. II. p. 3.)

■1ZARIR. — 1. -jfi

.Mars i64V

Mars i644. de la despense qu'on est maintenant obligé de faire sera passé; et cela vous le direz, s'il vous plaist, comme de vous-mesme, et sans donner aucune espérance précise et particulière qui tiendroit lieu d'obligation de nostre part, bien qu'il soit vray, en gênerai, que l'intention de la Reyne soit d'assister tousjours madame la Landgrave selon l'exigence des occasions et que le bien de la cause commune le requerra.

Je vous rends grâces de l'esclaircissement que vous me donnez des motifs qu'ont eus les Suédois d'entrer dans le pays d'Holstein1, et suis bien ayse que la rupture ne soit pas entière et que l'irruption qui a esté faite laisse lieu à l'accommodement que nous méditons. Les offres que vous faites d'y aller travailler sont les marques continues de vostre zèle pour le service du Roy; mais, estant absolument nécessaire à Munster pour le bien du mesme service, il est à propos que vous y demeuriez, et que M. de La Thuillerie, que la Reyne a nommé pour cet effect et dont le mérite ne vous est pas inconnu, se transporte au lieu le plus commode pour traiter cet accommodement, lequel, s'il réussit, sera un coup de partie pour poursuivre la guerre avec avantage ou pour la terminer avec honneur.

C'est pourquoy, comme le dessein des ennemis est, et que nous sçavons de bonne part que c'est un des principaux points qui se traitera à l'assemblée de Passau, d'employer toute sorte d'inventions et de moyens pour rendre irréconciliable la querelle de Suède et de Danemarck, nous devons, par la loi des contraires, faire le mesme pour tascher de l'accommoder avant qu'elle s'eschauffe davantage ; et vous devez , de vostre costé, agir vivement auprès des ministres des deux Couronnes qui sont à Osnabriick et à Munster, pour leur persuader cet accommodement, aflin qu'ils travaillent pour en rendre capables leurs supérieurs.

Vous devez encore, comme je sçay que vous n'y manquerez point, tenir bonne correspondance avec M. de La Thuillerie, et luy faire part, avant qu'il parte et après qu'il sera party, des lumières particulières

' Voyez plus haut, p. 597 et 598, note.

que vous pouvez avoir des affaires et des interests des princes brouillés: Mars \6i»u. comme, de son costé, il ne manquera point de vous communiquer ses instructions, que M. de Brienne et moy avons dressées pour ce sujet. et les autres avis qu'il recevra de la Cour, afiin que le concert avec lequel vous agirez pour acheminer cet accommodement soit parfait, et que rien ne soit oublié pour faire réussir ce qu'il faut absolument emporter.

La nouvelle que vous me mandez du refus qu^i fait la diète de Francfort des contributions que l'Empereur vouloit exiger des villes et princes de l'Empire pour la continuation de la guerre est fort considérable. Nous sommes asseurés que la conduite qu'ils ont veu prendre à l'Empereur et à la Bavière, après la deflaite de Diitlingen, les a fort alarmés et fort refroidis dans l'inclination et l'attachement qu'ils pouvoient avoir à un party qui n'a pas de moindres pensées que de changer en sujétion toutes les souverainetés qui sont dans l'Empire.

Sur cela, je vous diray en confidence que, comme le corps des villes impériales est ce qu'il y a maintenant de plus considérable en Allemagne \ à cause que ce sont elles principalement, comme vous sçavez, qui ont l'argent, les terres, les munitions de guerre, etc. j'ay pensé. si Dieu besnit, cette campagne, les armes du bon party, et luy laisse prendre un ascendant notable sur les ennemis, de travailler puissamment pour essayer de destacher ce corps le plus qu'il se pourra de la maison d'Austriche2, et aflin de le faire entrer, au moins au traité de la paix, dans le party confédéré, et en fortiffier davantage le contre-poids

' Sur In constitution de l'Allemagne à celle époque , voyez l'introduction en tête de ce volume.

1 Voyez ci-après, à la date fin v.i niai 166/1, la lettre 'I'' Mazarin à la ville impériale de Cobnar. C'est une véritable circulaire, destinée à imites les villes impériales.

Grotius parle, dans une lellre du 11/21 mai 1666, d'invitations adressées par les plénipotentiaires français ma évoques de

Bamberg et de YYiirlz bourg, ainsi qu'à la ville de Nuremberg et ;i d'autres princes ou villes, pour les inviter à envoyer leurs dépotés au congrès de Munster. irVenerunl jam Francofurtum litterœ legatorum gallicoram lum ad alios, lutn ad episcepos Bambergensem el Wurtsburgicum , et civitatem Nurembergsm, ut suos mittant cam agendi potestate ad conventus de pace.» 1 Epistoke inédite, j>. i38.)

Mars îii.Vi. que, j)ar ladite paix, il faudra laisser à la maison d'Austriche, ailin qu'elle n'entreprenne pas si facilement qu'elle a l'ail sur la liberté de ses voisins.

Or, d'autant que les grands desseins aussy bien que les grands bastimens ont besoin qu'on fasse de longue main les préparatifs pour les mettre sur pied, il faudra que vous mesnagiez soigneusement la disposition où se trouve maintenant ce corps et luy faire comprendre avec adresse (en trouvant le moyen, comme vous tairez) ce que luy prépare la maison d'Austriche, si la victoire luy demeuroit, qui est de l'abattre entièrement, et d'en attirer à soy toute la force; qu'il en a l'exemple aux villes de Ratisbonne et d'Ausbourg, et au traitement quelle fait au duc de Saxe, depuis qu'elle l'a mis dans ses filets; qu'en un mot c'est une chose constante que son dessein, en faisant la guerre à ceux qui luy font résistance, est de destruire en mesme temps ceux par le moyen desquels elle la leur fait, afiin de demeurer finalement maistresse de tout ; qu'au contraire l'intention de la France, comme il est vray, n'est que d'asseurer le repos et la liberté de l'Allemagne, et d'y restablir toutes choses au point où elles y doivent estre selon les loix et les constitutions de l'Empire; que c'est tout l'avantage qu'elle prétend en retirer.

Je croy qu'il ne sera pas impossible de persuader cela aux villes impériales, puisque c'est par la loy de leur véritable interest, qui est la plus forte raison dont on se puisse servir; mais l'important sera qu'elles osent faire ce qu'elles jugeront leur estre le plus convenable; ce qui n'arrivera point que lorsqu'elles seront deslivrées de la crainte qu'elles ont de la puissance du party impérial, et qu'elles comprendront qu'elles peuvent s'attacher au party contraire sans hazard ; ce qui,- à mon avis, pourra arriver si les Suédois sont en liberté d'agir avec toutes leurs forces contre l'Empereur.

Je vous escris cecy, affîn que vous trouviez moyen de formel' quelque bonne correspondance dans Francfort, à la faveur de laquelle vous puissiez insinuer ce que dessus et les autres considérations qui vous viendront à l'esprit pour cela.

DU CARDINAL MAZARIN. ol>1

Pour ce qui est de l'effort que vous me mandez qu'on public crue Mus 16W1. les ennemis doivent faire contre la Picardie et la Champagne, nous nous préparons, Dieu aydant, à les bien recevoir de ce costé-là; el si leur espérance n'a d'autre fondement que les brouilleries qu'ils croyenl devoir naistre en France, j'espère que leur bastiment sera mal ass - Ce bruit doit estre d'autant plus suspect d'artifice, qu'ils ont coustume de cacher le plus qu'ils peuvent les préparatifs des grandes forces, quand ils ont moyen d'en mettre sur pied. Pour le moins, il est certain que celles qu'ils lèveront, à la faveur de l'argent qui viendra d'Espagne , en Flandres ne seront pas si formidables qu'ils les publient.

Quant à madame la princesse d'Orange1, je tasche et j'espère de trouver un fonds pour luy faire acheter des perles, ou quelque autre chose qui luy soit agréable. Pour le reste des interests de sa maison, elle ne doit point douter qu'ils ne soient chers à la Reyne, et que, en mon particulier, ils ne nie soient en très-grande considération. \ ous pouvez l'en asseurer, outre qu'elle doit tenir pour certain qu'appuyant les desseins de la France en la conjoncture présente, c'est véritablement et solidement appuyer les interests de MM. les Estats, comme la chose est visible.

Pour ce qui est de la seureté de vos lettres dont vous m'escrivez. mettez-vous l'esprit en repos.

Croyez seulement que personne ne sera jamais avec un plus grand sentiment d'estime et d'affection que moy, etc.

1 La princesse d'Orange exerçait un cm- range-Nassau, publiées par Van Prinsterer.

pire presque absolu sur son mari, Frédéric- 2* série, t. IV, p. i83.) Henri. De La Thuillerie te déclarait à la De La Thuillerie, ambassadeur de la

Heine régente. Anne d'Autriche, dans une France à la Haye, revienl souvent mu le

dépêche du 28 septembre i G fi. 'L II lui di- même sujet. Il écrivait à Mazarin {ibid.

sail rr qu'il estoil avantageux de bien traitter p. i63) : r(!e <mic la princesse d'Orange a

madame la princesse d'Orange, à eausc de gagné à la paix ne va pas à moins de quatre

l'autorité qu'elle a sur M. son ma/ru.* ou cin<| cent mille livres de rente.*

L'avidité de celte princesse était connue. On voit que celle princesse recevait tout

Servies écrivait à Mazarin : «Son esprit est à la l'ois les présents de Mazarin el l'argent

fort intéressé.)) (Archives de la maison d'O- de l'Espagne.

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