‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 212 sur 335 · MAZARIN · texte numérisé non relu

MAZARIN

Mars 16M. J'approuve fort la résolution que vous avez prise d'aller visiter les endroits de vostrc gouvernement qui sont les plus malades, et où je ne doute point que vostre présence et vostrc conduite ne dissipent les mauvaises humeurs qui pourroient s'y amasser et produire de fascheux effets en certaines rencontres, si l'on n'avoit usé de précaution.

Surtout je vous conjure, Monsieur, de bien observer les abus et les desordres qui se sont glissés et ont pris racine dans la Guyenne, depuis quelques années, affîn que, sur vostre rapport et sur vos avis, nous taschions d'y apporter les remèdes convenables. Nous sommes, entre autres, avertis que la proportion des impositions y est très-mal gardée, et avec une très-notable inesgalité, qui fait que les uns sont trop chargés, et les autres trop peu, à l'esgard de ce qu'ils peuvent; d'où il arrive que le Roy n'est pas si bien payé de ses droits qu'il le pourroit estre, et, de l'autre, qu'il se forme des plaintes et des murmures de ceux qui sont trop chargés contre l'intention de Sa Majesté; mais de cela et d'autres choses nous nous en remettons à ce que vous nous en fairez sçavoir.

Quant à l'affaire du sieur d'Oran (ou d'Orban), vous ne pouviez mieux faire que de la renvoyer avec les informations devant M. de La Ferrière1; j'estime qu'elle est en bonnes mains, et que ce qui est de la justice sera gardé.

Quoyque je croye faire une chose superflue, et dont la Reyne n'a pas besoin, je ne laisseray pas de luy confirmer tousjours les asseurances de vostre fidélité et de vostre zèle; et, en mon particulier, je me sens bien fort vostre obligé de celles que vous me donnez de vostre amitié, à laquelle je tascheray de correspondre par toutes les preuves que je vous pourray rendre de la véritable et parfaite passion avec laquelle je suis, etc.

' M. de La Ferrière avait été intendant tembre i643 lui donne de plus les titres de de la justice en Guienne. (Voyez ci-dessus, conseiller du roi en ses conseils et maître des p. 346.) La suscription de la lettre du 7 sep- requêtes de son hôtel.

CDLIII.

Manusc. de la Bibliolb. Mazarine, n° 1719, loni. I , f" 261 recto.

A M. LE COMTE D'ALAIS

[Paris,] 19 mars 1 644.

Monsieur,

Je puis vous asseurer qu'aucun de vos serviteurs plus particuliers n'a esté touché si sensiblement que moy de la dernière résolution à laquelle s'est porté M. le duc d'Angoulesme1. Si j'eusse pu la prévoir, il n'y a rien que je n'eusse fait pour l'en divertir; et vous aurez pu le cognoistre par la conduite qu'a tenue jusques icy la Reyne, ayant tousjours refusé de le voir, comme elle a fait encore dernièrement, nonobstant les pressantes instances qui luy en ont esté faites de sa part. Il est vray qu'ayant dit qu'elle ne pouvoit pas s'en empescher, nous avons obtenu de Sa Majesté qu'elle differeroit encore à le faire jusques à tant qu'elle sceut de vos nouvelles. En quoy aussy il vous plaira de remarquer l'estime particulière que Sa Majesté fait devostre personne, et avec quelle affection je tasche, autant qu'il m'est possible, de vous tesmoigner la passion que j'ay pour tout ce qui vous touche.

J'ay veu ce que vous me mandez touchant la sortie de Provence de vingt compagnies de vostre régiment, pour aller servir quelques mois en Catalogne2. Je deffère tant à tout ce qui vient de vous, par la cer-

Mars 1 644.

1 Fils du roi Charles IX el père du comte o1 AI, lis. — Le duc d'AngouIême avait eu le comte d Mais de sa première femme. Charlotte de Montmorencv, mortele 12 août i636. La cause du mécontentement, vrai ou simule, de la Cour contre le duc d'Ariffoulrinc était probaUemenl le mariage qu'il venail de contracter avec Françoise de Nargonne. Ce mariage axait eu lieu au commencement de février 1 G '1 '1 . ( \ oyez le Jour-

nal d'Olivier d'Ormesson , t. 1 , p. 1 5 1 . ) C est à lorl que. dans certaines biographies, on a placé le second mariage du duc d'Angou- Iême à la date du i5 mai 166a. <rChacun s'eslonnoit de ce mariage, écrit Olivier d'Ormesson dans les premiers jours de février l644, veu qu'il avoil soixante et douze ans au moins. «

s On s'occupait alors activement de renforcer l'armée française en Catalogne et de

Mars i6&4. titude que j'ay de la passion que vous avez pour le service du \\o\ . que je ne double point qu'il n'y ayt de fortes raisons qui vous obligent à représenter les inconveniens qui peuvent naistre de tirer vingt compagnies de vostre régiment de vostre province; mais, nonobstant cela, je vous supplie de faire en sorte que nous puissions faire estât de cinq ou six cens hommes, en dix ou douze compagnies, pour trois mois seulement, m'asseurant bien que, le plus grand corps de vostre regi-

niettre cette province dans une meilleure situation. Pierre de Marca venait d'être nommé visiteur général de Catalogne. On trouve l'instruction, qui lui fut donnée le 1" février i644, dans le manuscrit de la Bibliothèque imp. fr. A 169, fol. 83 v°-g3 r°.

Voici le commencement de cette instruction : rrLe Roy, voulant employer tous les moyens qui sont en sa puissance pour remettre et maintenir toutes choses en bon estât dans la Catalogne, et s'acquérir de plus en plus les cœurs des habitons de la province , a estimé à propos , par l'avis de la Reyne Régente sa mère , d'envoyer sur les lieux une personne qui puisse, avec la suffisance et auclorité requises , soulager le sieur de La Mothe, mareschal de France, vice-roy et lieutenant gênerai pour S. M. en ses provinces et armées de Catalogne," etc.

A la suite de ces considérants, le sieur de Marca , conseiller ordinaire au conseil d'Etat de Sa Majesté , président au parlement de Pau et nommé à l'évêché de Conserans, est déclaré visiteur général de Catalogne. Il devra se rendre à Barcelone et s'entendre avec le maréchal de La Mothe. Il verra aussi don Joseph Margarith , gouverneur de Catalogne , et se présentera partout comme le défenseur des privilèges, franchises et droits des ecclésiastiques , de la noblesse et des communautés du tiers état. Il s'occupera particulièrement du maintien des privilèges

ecclésiastiques. Il s'informera de la conduite de chacun des officiers et de la réforme des abus. Les questions relatives au domaine royal , aux biens confisqués , aux condamnations prononcées, à la bulle de la croisade et aux avantages qu'elle procure aux souverains, à la valeur des bénéfices ecclésiastiques, aux offices et charges qui dépendent des rois, à la capacité des personnes qui peuvent les obtenir, seront l'objet de son attention particulière. On signale au visiteur général les personnes qu'il importe de gagner. On remet en même temps au sieur de Marca une vingtaine de lettres de cachet pour punir les Catalans dont les mauvaises intentions seraient notoires. Il devra s'occuper des vivres, des monnaies et en général de tous les détails de l'administration.

Dans une instruction annexée (fol. 93-96), on avertit le visiteur général que le maréthal de La Mothe a près de lui un secrétaire catalan , qui est accusé d'abuser de sa position , qui fait obtenir des grâces à ses amis, etc. M. de Marca devra examiner si ces accusations sont calomnieuses ou fondées en vérité. S'il reconnaît que les griefs sont sérieux , il devra en donner avis au maréchal.

Voyez aussi, dans le manuscrit delà Bibl. imp. fr. 6170, fol. 73 et suiv. des lettres du Roi au maréchal de La Mothe, au comte d'Alais et à d'autres , pour leur recommander d'augmenter l'armée de Catalogne.

ment demeurant près de vous, vous pourrez faire la mesme chose, aux Mars i644. occasions, que vous feriez avec le régiment entier, estant impossible de craindre aucun inconvénient en un lieu où agissent vostre prudence, vostre adresse et vostre resolution.

Je vous conjure aussy de tout mon cœur de me favoriser de la continuation de vos soins pour faire donner de bons quartiers dans la Provence aux troupes qui viendront d'Italie pour le service du Roy, afin qu'elles se puissent rafïraischir à leur desbarquement, avant que de se mettre en chemin pour venir par deçà. Elles se font avec grande despense pour le Roy, et il seroit fascheux qu'elles se dissipassent ou s'amoindrissent, faute d'y tenir la main et de quelque plus grande diligence. Quoyque la chose regarde purement le service de Sa Majesté, je ne laisseray pas, en mon particulier, de m'en professer sensiblement vostre obligé.

Je prendray la hardiesse d'ajouster à la fin de cette lettre les asseurances de mon très-humble service à madame la comtesse1. Je ne vous diray pas autre chose, me promettant que M. de Chavigny et M. l'abbé de la Victoire2 ne manquent pas de vous mander souvent de quelle façon je me porte dans vos interests et avec quelle passion je suis, etc.

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