CDL1V
Manusc. de la Biblioth. Mazarinc, n° 1719, tom. I, f* 167 verso.
A M. DE LA THUILLERIE
I Paiis, J 1 1) mars i G'ii.
Je vous escris celle-cy pour solliciter vostre despart, et pour vous exhorter de vous haster le plus que vous pourrez d'aller travailler à
1 La comtesse d'Alais était Henriette de 5 Claude Durai, sieur de Coupeauville.
La Guicbe, mariée, en 162g, à Louis-Emma- abbé de la Victoire (dans le diocèse de nuel de Valois, comte d'Alais. Scnlis).
Mars i644. l'accommodement de Danemarck et de Suède', comme à l'affaire la plus importante qui soit maintenant pour le service du Roy et pour le bien du party confédéré. Les ennemis le commissent assez, qui ont résolu, à rassemblée de l'assau, d'envoyer un ambassadeur vers le roy de Danemarck pour l'eschauffer à la guerre, et de s'exposer mesme à souffrir de la perle en quelque autre endroit, pour luy faire un puissant secours, qu'ils veulent former de plusieurs corps qu'ils prétendent deslacher des années de Gallas, de Hatzfeld, de Bavière et de Saxe. Ils ne veulent aussy rien oublier pour mettre de la partie la Pologne et la Moscovie2, comme auxiliaires du [roi de] Danemarck.
C'est pourquoy nostre grand interest est d'agir auprès de ce prince pour luy faire connoistre que le sien véritable et solide est d'entendre à l'accommodement qui luy sera proposé de la part de Sa Majesté, à laquelle MM. les Estats ne manqueront pas sans doute de se joindre de leur costé pour le faire réussir. Quant aux Suédois, cet accommodement ne pouvant tourner qu'à leur avantage, vous n'aurez pas de peine à le leur persuader.
Vous entretiendrez aussy bonne correspondance avec MM. les plénipotentiaires, qui agiront de leur part auprès des ministres des deux Couronnes qui seront à Osnabrùck, affin que les offices qui se fairont de tous costés puissent plus facilement produire l'effet que nous prétendons.
Ne manquez pas aussy, s'il vous plaist, de faire sçavoir aux agens de madame la landgrave de Hesse que Hatzfeld a dessein de faire une grande irruption dans son pays et sur ses places; à quoy elle doit bien prendre garde et se mettre en estât de repousser cet effort, comme j'estime qu'elle le pourra faire, s'y préparant de bonne heure. Croyez que je suis plus que personne du monde, etc.
' Voyez plus liant, p. Goo-Goi, 606, comme une puissance asiatique que connue
G 18. un Etat européen. Le czar était, en i644,
2 On désignait alors sous ce nom le grand- Michel Romanow, qui mourut l'année sui-
duché de Russie, qui était considéré plutôt vante.
.Mars îô-'i'i.
CDLV.
Manusc. de la Bibliotla. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 168 recto.
A M. DE LA THUILLERIE
[Paris,] 19 mars i64û.
Monsieur,
Gelle-cy est pour vous donner avis que le sieur Hervart vous envoyé, par ordre de Sa Majesté, une lettre de change de cent mille rischdales pour madame la landgrave de Hesse; laquelle somme vous prendrez, s'il vous plaist, la peine de deslivrer au sieur de Vicfort, son résident près MM. les Estats, et en recevrez les receus et descharges accoustumées en telles affaires. Ce pendant, croyez que je seray tousjours très-\ entablement, etc.
CDLVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 168 recto.
A M. D'AVAUX
[ Paris, ] 19 mars t 6/1/1.
Monsieur,
Je suis fasché qu'on vous donne des alarmes contre la vérité de ce qui se passe icy. Je vous supplie de croire que la Reyne, ayant l'opinion qu'elle doit de vostre zèle pour le service du Roy, et de la sagesse de vostre conduite, n'est pas susceptible d'aucune impression qu'on luy pourroit donner au contraire. En effet, vous devez, ce me semble, ajouster plus de foy aux lettres que vous recevez do la part de Sa Majesté, qui vous tesmoignent la commune satisfaction quelle a, sans distinction ni différence quelconque, de ce que vous et M. Servien faites conjoinctement, qu'aux bruits mal fondés qu'on vous en pourroit escrire.
Mars i644. Pour moy, quand je n'aurois point l'inclination que j'ay pour vostre personne, vous devez croire que je vous connois trop, et que je suis trop juste pour souffrir le moindre rapport qu'on me pourroit faire à vostre préjudice, et pour vous faire coupable de ce que je sçay que vous n'estes pas capable de commettre. Je vous conjure donc de vous mettre pour une fois l'esprit en repos de ce costé-là, et de vous asseurer que vos interests me seront tousjours inviolables, et que je n'en auray pas moins de soin que des miens propres.
Je n'ai pas opinion que l'entrevcue que vous devez faire avec M. le duc de Neubourg produise rien, et je ne sçay mesme s'il se résoudra à la faire, puisque nous avons avis qu'il a consenty à payer à l'Empereur la contribution qu'il exigeoit de luy, et qu'il a logé sur ses frontières quelques regimens de Hatzfeld1.
Nous apprenons aussy que l'Empereur désire qu'il reçoive absolument garnison dans Duren; par où vous pourrez juger s'il pourroit se résoudre à mettre Dusseldorf entre les mains du Roy, qui est la seule condition sous laquelle Sa Majesté se porteroit à l'assister d'argent. Ce que toutesfois je prevoy qu'il y a moins à espérer, qu'à craindre que les Impériaux, prenant prétexte de la correspondance que ce prince entretient avec la France, ne luy demandent enfin cette place et n'achèvent de le mettre en chemise. Vous fairez neantmoins la guerre à l'œil, si cette entreveue se fait, et mesnagerez l'occasion avec vostre prudence accoustumée, et, en tous cas, vous donnerez à M. le duc de Neubourg, affin qu'il ne semble pas qu'on le néglige, une asseurance générale de l'intention que le Roy aura tousjours de deffendre ceux qu'on opprime injustement.
1 Les troupes du cercle de Westpbalie praeerit Glenius, mulua dala a Bavaro du-
furent placées sous la conduite de Gleen, centa millia imperialium tbalerorum ; ab
ou Geleen, et obtinrent des subsides de la eodem ei pronùttimililum auxilia, postquam
Bavière. Grolius l'atteste dans le passage capta erit Uberlinga.n (Grotii epist. iueditœ,
suivant: tcCirculatoribus Westpbalis, quibus p. i38, lettre du 11/21 mai 16/16.)
CDLVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 2 63 recto.
A M. LE COMTE D'ALAIS
[Paris,] 2 3 mars iQltlt.
Monsieur,
Je vous escrivis, par {'ordinaire passé, mes sentimens sur l'envoy de quelques compagnies de vostre régiment en Catalogne1. Maintenant j'y ajouste ces ligues, pour vous dire que les avis que nous avons de ce pays-là nous pressent si fort, à cause des préparatifs que fait le roy d'Espagne, qui est desjà à Sara gosse, que la Reyne désire, en toutes façons, que vous envoyiez en toute diligence six cens hommes de vostre régiment en dix ou douze compagnies, en sorte que ce nombre se trouve effectif au desbarqueuicnt dans la Catalogne; sur la parole que je vous ay donnée que lesdites compagnies n'y serviront pas plus de trois mois, et seulement jusques à ce que les autres troupes que Sa Majesté destine pour cette armée ayent eu le temps de s'y pouvoir rendre.
Les inconveniens que vous auriez pu appréhender dans la Provence, par l'esloignement de cette troupe, ne semblent nullement considérables, non-seulement parce que le principal corps y demeure, et que vostre présence est bien capable de maintenir tout dans le devoir, mais parce que Sa Majesté ayant pris resolution d'entretenir dans son Royaume mesme un puissant corps d'armée, (pie doibt commander M. le marquis de \ illcroy, il seroit presl d'accourir à vous aussy bien qu'en tout autre endroit, quand la nécessité le requerroit; ce (pie nous n'avons p;is subject de croire. Ce pendant, je demeure, etc.
' Voyez plus haut, p. G27 et suiv.
Mare 1 644.
CDLVIII.
Manusc. de I;i Bibliolli. Mazarine, n° 1719, loin. I, f° 1G8 verso.
A M. DE LA THl ILLERIE.
[Paris,] 26 mars i664.
Monsieur,
J'eusse désiré de tout mon cœur que cette lettre vous eust plustost rencontré à Hambourg, ou en quelque autre lieu proche du roy de Danemarck et des Suédois, qu'à la Haye. C'est un des plus importans services que vous pourrez rendre à l'Estat, que de haster un voyage qui ne commencera jamais assez tost; et, en cecy, il ne faut point s'amuser à des formalités qu'il faudroit observer en des occasions moins pressantes. Il est nécessaire, s'il se peut, de prévenir les ollices que fairont nos ennemis pour eschaulfer le roy de Danemarck à la guerre, ou, pour le moins, d'embarquer la négociation avant qu'il reçoive le secours qu'on luy a destiné, affin que, quand il luy arrivera, il s'en serve plus pour faire un accommodement honorable et mettre sa réputation à couvert, ne paroissant pas y avoir esté forcé, que pour continuer la guerre.
En tout cas, pourveu que cet accommodement réussisse, en quelque manière que ce soit, et que les Suédois puissent tourner toutes leurs forces contre l'Empereur, il n'importe; et ce sera tousjours un grand avantage pour ceux-cy d'estre desgagés de ce costé-là pour pouvoir agir puissamment ailleurs, où est le principal de leurs affaires. G est pourquoy il ne faut point douter que l'entremise du Roy, leur estant fort utile, ne leur soit fort agréable.
Pour ce qui est du roy de Danemarck, il faut supposer que, quand mesme il la desireroit avec ardeur, il ne la recherchera jamais ouvertement, par interest de réputation, tant qu'il aura la moindre espérance de ressource, comme il n'en manquera point, et quand il en manquerait, et qu'il seroit en un dernier desespoir de toutes choses, il est de
la générosité du Roy de prévenir cette recherche etluy sauver le des- Mars 16M. plaisir qu'il y auroit à la faire; laquelle conduite lui rendra sans doute nostre entreprise plus considérable, etluy sera un commencement de persuasion pour le porter à ce que nous desirons de luy, qui est pour son bien.
Par où je conclus que vous devez partir sans deslay, et faire niesme valoir auprès du roy de Danemarck le manquement d'esquipage avec lequel vous serez allé vers luy, l'attribuant à l'exlresme passion que le Roy a de le voir en repos et hors l'embarras de la guerre, qui ne vous a point donné loisir de faire vostre ambassade en lestât que vous eussiez désiré, si vous eussiez eu le temps de vous y préparer.
CDUX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. loin. I. f° 168 verso.
A M. DE TURENNE
[ Paris, | 27 mars îGàh.
Monsieur,
Nous avions desjà la nouvelle de la prise de Salsheim1, quand j'ay receu la vostre du 1 1 du présent. Puisque cette prise a esté faite sur le duc Charles, je suis obligé à vous dire que nous sommes en un Iraiclé fort estroit avec luy'2, allin que, si vous avez à nous donner quelque avis là-dessus, nous taschions d'en profiter. Vous ne devez pas laisser pour cela de prendre vos avantages quand vous les Irou-
1 Je ne connais pas de ville du nom de Prenne, édit.MichaudetPoujoulat, p. 366.)
Salsheim ou Sahhcini. On trouve Saason- Sarreinsniing.SaiTalbe.SaiTebonrg. sont les
hciin mi Sassenheim dans l'arrondissement noms de pays lorrains qui s'éloignent le
de Schlestadt, el Sentheim dans l'arrondisse moins du mot donne! par le manuscrit. ment de bWort. Mais c'est en Lorraine qui] C'est-è-dire un projet de traité, (Voyee
faudrait probablement chercher Salsheim ou ci-après, p. (i.'58 et suiv. la lettre de Ma-
unc ville de nom semblable, puisque ce lui /.ai in an duc (.bai les. en date du '.U mars
là que Turenne passa l'hiver. ( Voy. Meut, de 166/1.)
Su.
Mars îfi'.'i. verez, qui ne nuiront jamais, soit que le traicté se rompe ou qu'il se concilie.
Nous avons avis certain que l'armée de Bavière sortira bientost en campagne1; cela veut dire qu'il faut haster le plus qu'il se pourra de mettre la nostre en estât de faire de mesme.
On a icy forte pensée d'envoyer M. d'Aumont pour commander les corps françois de vostre armée2, en la manière que feu M. le mareschal de Guebriant les a commandés sous M. le duc de Wcymar et sous M. de Longueville. Vous sçavez qu'il a toutes les qualités propres à ce commandement et pour se rendre agréable, non-seulement aux François, mais encore aux Allemands. J'ay empesché neantmoins que la dernière resolution ne s'en prist, jusqu'à ce que nous eussions vostre dernier avis là-dessus. Croyez, etc.
CDLX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 26/1 recto.