‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 218 sur 335 · SOUS LE NOM DU SIEUR DE NEUVILLE · texte numérisé non relu

SOUS LE NOM DU SIEUR DE NEUVILLE

[Paris,] 2 avril lôlih.

onsieur,

Je vous lais ces lignes pour vous l'aire sçavoir que les colets sont arrivés; mais le paquet dans lequel ils estoient a esté ouvert et recachetë. On n'en a pourtant rien osté, et ils ont esté trouvés si beaux par la personne à qui vous les aviez destinés, qu'elle vous en sçait trèsbon gré et s'en revanehera volontiers aux occasions qui s'offriront de vostre satisfaction.

On m'a dict que madame la princesse de Phalsbourg, que vous voyez, je m'asseure, quelquefois, se plaint de la Reyne, et que les Espagnols ont l'artifice d'attribuer les mauvais traitemens qu'ils luy font aux prières qu'elle leur en a l'ait faire. Je vous puis asseurer que je sçay de très-bon lieu que jamais Sa Majesté n'en a parlé, ny escrit en Espagne, ny à don Francisco de Melos, ny fait escrire par le cardinal Grimaldi3; ce qui est si vrav, qu'on ne se souciera pas icy que ma dite

; Henriette de Lorraine, princesse de Phalsbourg- et de Lixein. Cette princesse, qui avait contribué au mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine, a eu un rôle important pendant l'époque qui nous occupe. Elle était en correspondance habituelle avec Mazarin et lui donnait des renseignements sur les dispositions des princes de la maison de Lorraine. Les noms sont déguisés ou chiffrés dans celle correspondance. On douve, dans les manuscrits de lîaluze conservés à la Bibliothèque impériale . beaucoup de lettres chiffrées de la prin-

cesse de Phalsbourg à Mazarin. (Voyez les tomes CCLXXX1X et CCXC de ces manuscrits.)

2 Dans le tome CCLXXXIX , P. 1 . du fonds Baluze (mss. de la Bibliothèque impériale), se trouve la copie d'une lettre de la princesse de Phalsbourg, en date du 2 5 mars i64â, où on lit les passages auxquels Mazarin fait allusion dans sa lettre : ir Avant toutes choses je désire faire entendre à la Boyne que la lettre qu'elle a fait escrire à M. don Francisco de Melos contre moy. par le cardinal Grimaldi. et l'autre en Espagne, au Boy.

dame le publie hautement, si cela luy peut servira se deslivrer de la Avril 16&A. persécution qu'on luy fait. Je ne vous mande rien dont je ne sois bien avoué, quand il en seroit question.

Nous n'avons icv rien de nouveau qui mérite de venir à vostre cognoissance. Je vous prieray seulement de me croire, etc.

GDLXVI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarinc. n° 1719, tom. I, f° 268 verso.

A M. LE COMTE D'ALAIS

[ Paris,] 2 avril 16M.

Monsieur,

Je viens de recevoir un avis de fort bon lieu qu'on a proposé, dans le conseil d'Espagne, un dessein sur une place de ce Royaume, que l'on a reconnue, par le plan qui en a esté veu d'une personne digne de foy, estre indubitablement Toulon. On y ajoustc que le conseil s'est assemblé par trois diverses fois, celui qui proposoit la chose y ayant esté introduit pour conférer des moyens de l'exécution.

L'affaire m'a semblé si importante, que je prens aussytost la plume pour vous en donner la connoissance qui est nécessaire, afiin qu'il vous plaise d'y avoir l'œil, et d'apporter toutes les précautions imaginables qui pourront despendre de vos soins et de vostre autorité, pour rendre vain ce dessein, s'ils se mettoient en devoir de l'entreprendre. Je vous prie de croire, etc.

son frère, sont les seuls motifs pour faire léans. «Il a l'ambition dans l'esprit (fol. 3 v°)

subsister la violente et injuste séparation «le telle, qu'il croit que, s'il n'y avoit le cardi-

M. mon niary cl de moy.n nal Mazarin, il seroit cardinal et gouver-

Cctte lettre de la princesse de Phalsbourg oeroil toute la France.» renferme des dénonciations contre plusieurs Elle termine en donnant pour adresse

personnages de la Cour, entre au 1res contre (folio h verso): A Monsieur de Neuville, à

l'abbé de La Rivière, favori du duc d'Or- Bruxelles.

Vvnl ili/i/i.

CDLXVII.

Manusc. de la Bihlioth. Mazarine. n° 1719. tom. I. f" 269 recto.

A M. DE LA THUILLER1E

[ Paris,] a avril iG'i'i.

onsieur.

J'ay veu la elepesche que vous avez faite à M. le comte de Brienne par le retour de Saladin; sur le sujet de laquelle la Reyne n'a pas encore pris ses resolutions, et aussytost que cela sera, on les fera sçavoir peut-estre par courrier exprès. Ce pendant nous aurons encore loisir de sçavoir si l'arrivée de M. de Beringhen1 n'aura rien fait ajouster à ce que vous nous avez desjà mandé.

Vous asseurerez, s'il vous plaist, en attendant, M. le prince d'Orange que l'affection et l'estime de Sa Majesté pour luy est au point qu'il sçauroit désirer, et que plus il en croira, plus il approchera de la vérité. Pour mon particulier, ayant dévoué tous mes sentimens et mes interests au bien de l'Estat, il ne peut pas douter que, connoissani.

' On a vu plus h'aul que Beringhen remplissait à la cour de Hollande une mission de confiance. rrC'étoit, dit Saint-Simon (e'dit. Hachette, in-8°, p. 70), un homme d'esprit pi d'intrigue, n

Cet historien raconte ensuite (p. 71) l'origine de sa famille : « Henri IV, tout au commencement de son règne, lors très-mal affermi , passoit pays à cheval avec une trèspetite suite , et s'arrêta chez un gentilhomme pour faire repaître ses chevaux, manger un morceau et gagner pays. C'étoit en Normandie, et il ne le connoissoit point. Ce gentilhomme le reçut le mieux qu'il put dans la surprise, et le promena par sa maison, en attendant que le dîner fût prêt. Il étoil curieux en armes et avoit une chambre

assez bien remplie. Henri IV se recria sur la propreté dont elles étaient tenues . et voulut voir celui qui en avoit le soin. Le gentilhomme lui dit que c éloit un Hollandois qu'il avoit à son service, et lui montra le père de Beringhen. Le roi le loua tant et dit si souvent qu'il seroit bien heureux d'avoir des armes aussi propres, que quelques-uns de sa suite comprirent qu'il avoit envie du Hollandois, et le dirent au gentilhomme. Celui-ci, ravi de faire sa cour au roi et plai sir à son domestique, le lui offrit, et, après quelques compliments, le roi lui avoua qu'il lui faisoit plaisir. Beringhen eut le menu' soin des armes du roi, lui plut par là e! en eut à la fin une charge de premier valet de chambre, qu'il fit passer à son fils."

DU CARDINAL MAZARIiV 651

le zèle avec lequel il se porte à en procurer les avantages, mon ser- Avril >6V'i. \ ice ne luv soit entièrement acquis, et que je n'aye une partialité sans reserve pour tout ce qui le regarde. C'est dont je vous conjure de lui renouveler les asseurances en la meilleure forme que vous sçaurez, et de me croire, etc.

CDLXVII1.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n" 1719, tom. I, f" 170 verso.

V MADAME LA LANDGRAVE DE HESSE

[ Paris.] 6 avril 16/4/1.

Madame,

Je supplie très-humblement Vostre Altesse de croire qu'elle ne sera jamais trompée en la créance qu'elle a que ses interests me sont en une particulière considération. Le sieur de Pothemc1 peut assez avoir \ «mi avec quelle affection je me suis tousjours porté à les appuyer icy, pour n'avoir pas manqué d'en rendre compte à Vostre Altesse, et elle connoistra à l'avenir que je ne me relascheray point en son endroit d'une conduite où, eu travaillant pour le bien commun d'une bonne cause, se trouve cette satisfaction de contribuer quelque chose à celluy d'une maison qui est gouvernée par une princesse d'un mérite si relevé que le vostre.

Je suis seulement marry. Madame, que, en l'occasion présente et dans la multitude d'affaires et de despenses que la Revue a sur les bras, ••Ile ne puisse augmenter la subvention extraordinaire qu'elle a faite à Vostre Vitesse. Le besoin de tant d'armées, auquel elle a este obligée de pourvoir au mesme temps, ne lu\ a pas permis de faire présentement loul ce qu'elle eusl désiré pour vostre satisfaction, et, pour faire quelque cho8e de plus, nous avons besoin de prendre baleine. Quand

RésideDl «le la Landgrave.

Avril ifi/i'i. il se pourra, Madame, je ne perdray point l'occasion d'en faire souvenir Sa Majesté, qui ne sçauroit avoir plus de disposition qu'elle a d'obliger Vostre Altesse, ny moy une plus forte passion de luy tesmoigner, etc. après m'estre remis à ce que luy escrira plus au long le sieur de Potheme.

CDLXIX.

Manusc. de la Bibiiolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f' 171 recto.

A M. DE CROISIC

[Paris,] 6 avril iG46.

Monsieur,

J'escris à madame la Landgrave les justes causes qui empeschent la Reyne d'augmenter présentement la subvention extraordinaire qu'elle luy a faite. Je croy bien que, si vous la considérez en elle-mesme, elle ne paroistra pas fort grande, euesgardà la puissance d'un tel royaume comme est la France. Mais si vous faites reflexion sur la despense infinie qu'il nous a fallu faire en mesme temps pour pourvoir au besoin de tant d'armées, qu'il nous faut entretenir sur mer et sur terre, au dedans et au dehors du Royaume, autant ou plus pour le bien de nos alliés que pour le nostre, je me promets que vous jugerez que nous avons besoin de respirer, et qu'on nous doit donner du temps pour fournir à de nouvelles despenses.

Le sieur Potheme, que j'ay entretenu au long sur ce sujet, vous en devant escrire plus particulièrement, je me contenteray de vous asseurer icy que je ne prendray pas moins de soin,' dans les occasions, des interests de madame la landgrave de Hesse que de ceux de cette Couronne, et je seray bien ayse de vous tesmoigner, en vostre particulier, que je suis avec vérité, etc.

Avril iO.'i'i.

CDLXX.

Manusc. de l;i Bibliotli. Mazarine, n" 1719, lom. I, fJ 171 verso ei i" \--> recto.

A M. D'AVAUX

I l';iris,] 9 avril îfl'i'i '.

Monsieur,

Pour respondre à la vostre du 20 du passé'2, jevousdiray que vous ne pouviez mieux faire que de tascher de destromperM. l'ambassadeur Contarini d'une erreur que les artifices des Espagnols ont indubitablement fait naistre3. Tout Paris est rempli du bruit de cette tresve imaginaire, et il y a de l'apparence que les supposts d'Espagne, dont n'y a point faute en cette ville*, l'y ont premièrement semé, pour !<■ faire aller de là à Munster et ailleurs. Quoy que c'en soit, vous devez constamment persévérer à maintenir, comme vous avez fait, cette vérité que, l'intcrest d'Espagne estant que cette tresve se fasse, et coluy de la France et de ses confédérés, qu'elle ne se fasse pas du tout, il faudroit estre Espagnol et non pas François pour en avoir la pensée; et que la Reyne et les ministres du Roy commissent trop bien i'interest de cette Couronne, pour se porter à un dessein qui ne pourroit ([ne luy estre funeste, et donner moyen à ses ennemis, après avoir pris baleine et fait dissoudre la force des confédérés qui fait leur con liepoids, de nous venir derechef attaquer durant la minorité du Roy, ou après avoir préparé parmy nous, s'ils pouvoient, la matière de quelques

' I ne autre lettre de Maznrin à d'Avaux, 3 D'Avaux. écrivait à Mazarin : rrDnns le

portant également la date du 9 avril 1 (>4fi , \ isile que j'ai faite à M. Contarini. il m'a dil

1 été publiée dans les Négociations tecrètes conlideninicnl que les ambassadeurs d'Es-

touehant la pm-r df Munster et d'Otnabrùck, pagne tiennent pour asseuré que la France

t. Il . p. 9-11. 1 Voyez aux Analyses, à la ne veut point de paix, mais seulement mi''

lin de ce volunle.) longue tresve, n etc.

1 Comparez la lettre de d'Avaux à Maza- ' Mazarin répond au passage suivant de

rin. dans les Ségociaùons -secrètes, elc. t. II, la lettre de d'Avaux : rEt ils luy ont mons-

p. 7. tré des lettres datées de Paris. 1

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troubles intestins, ce (|tfils pourroient plus commodément faire pendant la tresve que durant la guerre, comme il est visible. C'est donc un point certain et inesbranlable que nous voulons la paix, à l'exclusion de la tresve.

Quant à l'espérance qu'ils ont de voir bientosl esclore de la brouillerie dans l'Estat1, ce n'est rien de nouveau pour eux, comme ce n'est pas chose nouvelle que cette espérance les ayt trompés; cl nous avons lieu de croire qu'elle ne leur produira, à l'avenir, (pie ce quelle leur a produit par le passé, qui est que bastissant sur un fondement si fragile, l'édifice s'en est tousjours allé par là en ruine. La sage et cou rameuse conduite de la Reyne prévient si bien tout ce qu ils pourroient troubler au dedans, que je vous asseure que, de ce eosté-là, il n\ ;\ rien pour nous à craindre.

Pour ce qui est du sujet que vous avez mis en chiffre2, ne soyez pas en peine du secret; je ne vous en dis pas davantage, me remettant à ce que vous en sçaurez par une autre voye.

Ensuite je vous diray en confidence, et avec la liberté dont la profession que je fais d'estre vostre serviteur me donne droit d'user en rostre endroit, qu'il eust esté à désirer que le petit desmesléque vous avez eu avec M. Contarini3 ne fust point arrivé, ei puisque la République est en possession depuis Henri IV de cette esgalité qu'il semble que vous ayez voulu altérer, la conjoncture présente, où son entremise nous est nécessaire et nous peut estre avantageuse, requeroit qu'on la luy conservast tout entière4.

D'Avaux écrivait dans la lettre à laquelle répond Mazarin : «Je n'ay pas mande m'enquerir doucement de l'avis qu'il 1 1 lontarini) a ci-devant donné à M. do Saint- Romain louchant les brouilleries de France; mais ii n'en sait pas plus qu'il n'a dil. Ll c infirme seulement que les Espagnols espèrent foi i de ce costé-là, comme s'ils y avoient quelque intelligence. » (Loco cit.) ' II s'agit probablement du dernier

paragraphe de la lettre de d'Avaux, où il insiste sur la nécessité du secret.

1 Cet ambassadeur vénitien était médiateur au congrès de Munster, ainsi que le nonce du Pape, le cardinal Chigi.

4 D'Avaux écrivait à la Reine le 2 5 mars i&kh ( Négociations secrètes] etc. t. Il , p. 6 1 : "Il n'y a que M. l'ambassadeur de \ enise qui trouve quelque chose à désirer dans la réception que je lui ay faite : je descendis

Que si c'estoit au commencement qu'elle l'a prétendue, et quelle Avril 10 fus t sous Henry le Grand, je vous avoue que cette prétention pourroi t recevoir de grandes difficultés sur l'inesgalité de la grandeur de cette Couronne avec celle de la Republique; mais puisque c'est un fait décidé, et dont le cours n'a point esté interrompu depuis un si long temps, non pas înesme à Rome par les ambassadeurs à l'obédience J, où je me souviens avoir veu traiter avec esgalité l'ambassadeur de Venise par M. le marescbal de Crequy2, il n'y a plus lieu de la contester, particulièrement dans le besoin où nous sommes de gagner la bonne volonté de ceux qui nous peuvent estre utiles aux fins que nous avons maintenant, et où il nous faut tascher de parvenir par tous les moyens qui ne seront ni honteux ni ruineux. Vous voyez que les ministres de l'Empereur et du roy d'Espagne n'ont pas espargné les civilités de l'esgalité en cette occasion à l'endroit dudit sieur ambassadeur [de Venise], quoyqu'il soit vra) que Leurs Majestés onl contesté longtemps après nous de l'accorder à la Republique, et qu'ils ne l'ont accordée qu'à nostre exemple et dans la foiblesse où l'Empire se trouvoit alors et pour quelque interest d'utilité qui y a poussé l'Espagne.

Je vous conjure donc de renouer avec Ai. Contarini ce qui s'estoil un peu desnoué, ce que je scay que vous sçaurez faire avec tant d'habileté et d'adresse, qu'il ne paroistra point qu'il soit [rien] arrivé. De ma part, j'en ay entretenu au long M. l'ambassadeur de \ enise qui est

cinq marches de l'escalier pour le recevoir, <■( puis en sortant je l'accompagnay jusqu'au pied <le l'escalier. Il restoit encore quatorze marches du perron, et là estoil son carosse. Il prétend que je dois aller plus avant à sa rencontre,?» etc. Les ambassadeurs de la republique de Venise prétendaient qu'on leur devait les mêmes honneurs qu'aux ambassadeurs de France ei d'Espagne.

1 (le mol indiquait d'une manière générale la soumission à l'égard d'un supérieur ecclésiastique. H désigne ici l'audience don-

née par le Pape aux ambassadeurs que les souverains lui envoyaient pour lui rendre hommage, à l'occasion de certains liel's qui relevaient du saint -siège. Furelière cite, dans son Dictionnaire, l'exemple suivant : tLo roi d'Espagne a envoyé un ambassadeur d'obédience au Pape, qui lui a présenté la baquenée qu'il lui doit à cause du royaume de Napies.»

; Charles de Gréqui, pair et maréchal de France, avail été envoyé en qualité dam bassadeur extraordinaire à Home en i633.

Avril 166A. icy, aflin qu'il Je fasse sçavoir à celluy qui est à Munster, et que vous el moy allions de concert au mesnic but.

Il y a un autre point sur lequel je suis obligé de vous dire mes scnliniens avec la mesme confidence, la niesme liberté el la mesme affection (|ue je vous ay protestées cy-dessus, c'est que M. de Beringhcn nous a escrit que MM. les Estats se sont fort scandalisés de la proposition que vous leur avez faite pour la libellé de conscience des Catholiques1, et nous attendons à toute heure qu'ils nous en demandent esclaircissemenl. Je voy bien que cette proposition vient d'un grand zèle que vous avez pour la religion, qui est certes fort louable en luy-mesme. mais qui ne pouvant produire, eu esgard à Dieu, qu'un effet contraire au dessein que vous aviez, qui est de faire restreindre cette liberté que vous vouliez faire estendfe, et, eu esgard à nos affaires, que jeter quelque soupçon dans l'esprit de ces Messieurs, ombrageux et tendres en ces matières, contre M. le prince d'Orange, présumant qu'il auroit donné quelque consentement tacite à cette proposition, ou que vous auriez pénétré qu'il la pourroit favoriser, et, par conséquent, que cela diminueroit le pouvoir qu'il auroit de servir le Roy auprès de ces Messieurs dans les occasions et dans la loy mesme de leurs interests, contre lesquels il est certain qu'il n'est pas capable d'agir; cela, dis-je, m'eust fait souhaiter que vous eussiez peu prévoir ces inconveniens, sçachant bien que vous ne vous y fussiez pas exposé. Nous travaillerons neantmoins, sur l'esclaircissement qu'on nous en demandera, d'adoucir le plus qu'il sera en nous cet accident.

Au reste, il ne se peut rien ajouslcr à la procédure que vous avez observée à Munster, pour maintenir la dignité de cette Couronne, c'està-dire que vous y avez agi à vostre accoustumée. Comme je vous ay dit en particulier mes sentimens sur deux rencontres où vostre zèle pour 1 Estai et pour la religion est allé un peu plus loin qu'il n'eust esté à désirer, ne doutez point que je ne fasse valoir hautement auprès

1 Le texte de la harangue de d'Avaux t. I, p. 193. — Voyez ci-après, à la date du dont parle Mazarin dans cette lettre a été 7 mai i6A&,les notes ajoutées à une lettre imprimé dans les Négociations secrètes, etc. de Mazarin à Servien.

de la Reyne, dans le Conseil et ailleurs, la sagesse et la générosité Avril i64û. de vostre conduite, dont vous avez donné depuis si longtemps tant de preuves. Je n'y sçaurois prendre plus de part que je fais, comme personne ne pourroit estre plus véritablement, etc. me remettant de plusieurs autres choses aux depesches de M. de Brienne.

CDLXXI.

Manusc. de la Bibliolh. Mozarine, n° 1719, tom. I, f° 971 recto et verso.

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