‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 228 sur 335 · A M. SERVIEN · texte numérisé non relu

A M. SERVIEN

[Paris,] 7 mai 16'iû '.

Monsieur,

Je ne vous entretiendray point par cette lettre de beaucoup de choses qui concernent le service du Roy et vostre einploy; vous en serez assez informé par les depesches de M. de Brienne; mais je ne puis m'empescher de vous dire mon sentiment sur ce qui s'est passé en Hollande, puisque fay appris qu'il avoit esté concerté entre vous et M. d'Avaux2, par un zèle certes très-louable en luy-mesme, mais qui, n'ayant pas esté conduit avec toute la prévoyance qui eust esté à désirer, a produit un effet contraire au dessein que vous aviez eu.

Vous entendez bien que cela regarde la proposition qui fut faite à MM. les Estats pour la liberté de conscience des catholiques leurs sujets. J'eusse souhaité de tout mon cœur qu'il vous fust tombé dans l'esprit combien elle devoit estre mal receue, et que, sans profiter à la religion, elle ne pouvoit que faire préjudice aux affaires de Sa Majesté; qu'elle ne pouvoit qu'aigrir ces gens-là contre ceux que vous aviez intention de servir, et que M. le prince d'Orange seroil obligé d'agir contre

' Cette lettre a été publiée dans le recueil des Négociations secrètes louchant la paix de Munster, t. Il, p. ig3-igâ.

La réponse de Servien à Mazarin a été publiée dans le même recueil (tout. p. 1 96- 196).

M;i/ arin a <l<j;i parlé plus haut de ce discours . dans une lettre du 9 avril . adressée à d'Avaux (voyez ci-dessus, p. f>85).

La liai tic historien contemporain, qui avait eu des relations fréquentes avec les

personnage dohl parle Mazarin, prétend que

Servien rejeta sur d'Avaux seul le discours prononcé parce dernier en faveur des catholiques : rrServianus. seu injussu suodeCatho- Ucis Avauxius Fœderalis Ordinibus locutus (lierai, seu ut apudeos.alqne apud Itegetn. Reginam matrem et Mazarinum hujus rei offensioneni ab se arnotaui vellcl . illain om nem, quia secus cesserai , illi uni atlribuit . atque ex eo inter iitrumque auctee simul tates.i (De rébus Gallicis , lib. II. p. 77.)

Mai 16V1. eux \ pour faire voir qu'en cela il n'estoit point d'intelligence avec vous et qu'il n'y avoit rien eu de concerté avec luy.

Vous pouvez avoir sceu quelles ont esté les suites de cette action , et comme MM. les Estats ne se sont pas seulement portés à vous faire une response moins respectueuse qu'ils ne dévoient pour la Reyne, mais à nous faire encore des plaintes semblables à la response qu'ils vous ont faite , et à faire imprimer le tout comme par forme de manifeste. J'avoue que. sans cela et si la conjoncture se fust trouvée favorable à vostre dessein, vous ne pouviez flatter davantage la Reyne dans son inclination, ny m'obliger plus sensiblement en mon particulier, que de tascher de rendre meilleure la condition des catholiques en ce pays-là, puisque ce n'est pas seulement par zèle, mais par un devoir particulier, que je dois procurer l'avancement de la religion, aux despens mesme de mon sang, partout où j'auray lieu de le faire et où la prudence me le conseillera.

Je croy que vous ne trouverez pas mauvais que je vous escrive avec cette franchise, puisque ce vous doit estre une marque de l'estime que j'ay pour vostre personne et combien je m'intéresse en tout ce qui vous regarde. Croyez-le, etc.

XDI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. I, f" a83 recto.

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