A M. DE BERINGHEN
[Paris,] 16 mai i644.
Monsieur,
Je hasarde encore cette lettre pour vous dire que j'ay receu la vostre du 2 du courant, et pour vous recommander, si vous vous trouvez sur les lieux, de ne vous lasser point à presser la sortie en campagne de
1 C'est-à-dire contre les catholiques.
M. le prince d'Orange, puisque le temps qu'il la fait espérer est desjà Mai i644. passé, et que nostre armée a desjà commencé à marcher pour s'attacher à l'entreprise que vous sçavez. Vous connoissez de quelle importance est au service commun qu'il n'y ayt aucun retardement. C'est pourquoy la Reyne se promet que vous n'y oublierez aucune diligence, comme elle veut croire aussy que vous trouverez toute disposition en mondit sieur le Prince à l'exécuter.
Sa Majesté a esté fort sensiblement touchée de la response injurieuse qu'ont faite MM. lesEstats à la recommandation que leur firent, en partant, MM. les plénipotentiaires, en faveur des catholiques, et quoyqu'ils n'eussent point eu d'ordre d'en user en la manière qu'ils firent, elle ne laisse pas de sentir vivement le procédé de MM. les Estats d'avoir osé appeler présomptueuse l'instance; dont vous prendrez occasion de faire plainte à M. le prince d'Orange. Ce pendant je demeure, etc.
Je pense pouvoir envoyer les perles la semaine prochaine, estant après d'en former un collier de plusieurs que l'on m'a fait voir, à quoy j'ay travaillé une bonne partie de l'apres-disnée.
XDII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 175 verso.
A M. LE MARESCHAL DE TURENNE
[Paris,] îk mai j64/i.
Monsieur,
Je vous escris par avance par le gentilhomme que la Reyne vous depesche, attendant [le départ] du sieur de Lucy\ qui s'en ira pleinement informé de toutes les choses qui vous regardent. Je vous diray
1 On pourrait supposer qu'il s'agit, dans M. de Tracy, qui servait dans l'armée d'Al-
ce passage, de M. de Tracy, et que le nom a lemagne. Ce n'est donc pas de ce dernier
été altéré; mais on trouvei a ci-après (p. 6q5), que parle Mazarin. Je n'ai trouvé aucun ren-
à la date du 1 6 mai , une lettre adressée à seignement sur le sieur de Lucy.
Mai .«'il. donc maintenant que je ne doute point que vous ne soyez surpris aussy bien que nous l'avons est»'1 d'apprendre la sortie hors du Royaume de M. vostre frère avec Mme sa femme et MM. vos neveux1, lorsque nous attendions qu'il se rendist à Lorges pour terminer son affaire, ains\ que M1'0 voslre sœur en avoit, de sa part, donné des asseurances à Monsieur et à moy, et nous à Sa Majesté, à laquelle mesme il avoit escrit une lettre de remerciement des favorables resolutions qu'elle avoit prises touchant son rang.
Je vous avoue qu'un tel procédé ne sçauroit recevoir d'interprétation plausible, et il est vray que tout le monde le condamne généralement; car je vous puis asseurer que les conditions auxquelles là Reyne avoit condescendu luy estoient si avantageuses, soit pour mettre sa réputation à couvert et le purger des procédures qui avoient esté faites contre luy au Parlement, soit pour la rescompense qu'elle luv avoit accordée, soit pour le rang qu'il devoit tenir dans le Royaume, soit pour la confiance qu'elle vouloit prendre en luy et les grands employs qu'elle vouloit luy donner, qu'il devenoit par là un des plus riches et des plus puissans seigneurs de France, et que, s'il eust esté maistre de Sedan, il n'eust pu traiter de cette place à des conditions plus favorables. Cela m'a fait souvenir de ce que je vous ay ouy dire de l'esprit de Mme vostre belle-sœur, et m'a fait déplorer le malheur d'un homme de grand mérite, qui s'est voulu perdre de gayeté de cœur et par le caprice d'autruy. Vous entendez bien ce que je veux dire, sans qui! soit besoin que je m'en explique.
Je ne veux point m'estendre sur le sens caché de cette retraite, que vous devinerez facilement, pour vous asseurer que cela n'a rien diminué de la confiance que la Reyne a en vostre fidélité, qui ne sçauroit estre plus grande , et moy j'enchéris et me persuade que cela mesme vous eschauffera à la faire paroistre davantage, ou au moins à désirer des occasions où vous en puissiez rendre de plus fortes preuves. S'il eust esté besoin d estre vostre caution pour ce sujet auprès de
1 Voyez ci-dessus , p. 5g4 et 663.
Sa Majesté, vous ne doutez point que je ne l'eusse fait avec grande joye; Mai 16UI mais je vous puis protester qu'elle a parlé de vous dans le Conseil si hautement et si favorablement, que, par souhait, vous n'y pourriez rien ajouter, non plus que moy à la véritable et constante passion avec laquelle je seray tousjours plus que personne, etc.
XD1II.
Manusc. de la Biblioth. Mazarinc. û° 1719, tora. I, f° 178 verso et f* 176 recto.