A M. LE BARON OXENST1ERN
GRAND CHANCELIER DE SUÈDil.
| Paris. I 1 '1 mai i644.
Monsieur,
Le sieur de La Thuillerie s'en allant, par ordre du Roy, pour travailler à l'accommodement de la querelle entre la Suède et le Dannemarck, j'ay creu que je ne pouvois mieux faire que de prier Vostre Excellence d'appuyer de son crédit une négociation qui n'a pour but que le bien de ces deux Couronnes. Si j'escrivois à une personne moins intelligente qu'elle pour les affaires d'Eslat et particulièrement en celles de la cause commune à la France et à la Suède, je mestudierois à luy persuader que l'intercst de cette cause requiert que la Suède ne résiste point à cet accommodement, et que, pour le faire réussir, elle [se] relasche mesme de quelque chose qu'elle pourroit prétendre par la ligueur de la justice de la guerre.
Il me semble, et je croy que Vostre Excellence sera de mon avis, que le principal* fruit que vous devez attendre de l'expédition de vos armes dans les Estats du roy de Dannemarck estant de faire cesser tous les sujets de jalousie et de delliance qui retenoient chez vous les secours que vous deviez envoyer en Allemagne, si l'on peut bien asseurer ce point . comme je ne doute pas qu'il ne se puisse, vous aurez à vous
Mai i664. louer de l'entremise du Roy, et n'aurez point à vous repentir du succès de cette guerre1.
Je ne touche point les autres interests particuliers que vous y pouvez avoir, pour m'arrester à ce gênerai, que j'estime devoir estre préféré à toute autre chose, puisqu'il vous donnera moyen d'agir avec toutes vos forces contre l'Empereur, et de rendre facile la fin que vous et nous nous sommes proposée de la poursuite de la guerre, qui est de le contraindre et ceux de son party d'entendre à la paix, dont ils s'esloignent tousjours.
Quant à la France, je puis asseurer Vostre Excellence qu'elle fait pour cela des efforts qui seroient incroyables s'ils n'estoient visibles, et qu'elle ne relaschera point pour quoy que ce soit de cette vigueur, jusqu'à ce que les ennemis se mettent à la raison, et que toutes choses soient aux termes où la justice veut qu'elles soient. La Reyne y est très-resolue, et la puissance de l'Estat est aujourd'huy d'autant plus considérable sous la régence de cette Princesse, que le repos du dedans y est plus profond, et, j'ose dire, moins sujet à estre troublé qu'il n'a esté depuis plusieurs règnes. Vostre Excellence croira facilement tout ce que je luy escris dans la sincérité avec laquelle je fais profession de traiter avec elle, et elle croira aussy, s'il luy plaist, qu'il est impossible que personne l'honore plus parfaitement, ny soit plus véritablement, etc.
XDIV.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f 176 verso.
A M. DE LA THUILLERIE
CONSEILLER Dl ROY EN SES CONSEILS ET SON AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE EN DANNEMAECÏ.
[Paris,] 1/1 mai 1666.
Monsieur,
Vous ne pouviez rien m'escrire de plus agréable que la diligence
1 Voyez ci-dessus (p. 597-598, note) le à l'occasion de la guerre entre la Suède et résumé du discours de Grolius à la Reine , le Danemark.
que vous faites pour vous rendre auprès des Princes pour laccommo- Mai tô'i'i. dément desquels vous allez travailler. J'ay veu ce que vous escrivez à M. le comte de Brienne, dans la depesche duquel vous trouverez les resolutions de ce que vous demandez. Cela est cause que je me contenteray seulement de vous dire icy que j'escris à M. le chancelier Oxenstiern, conformément à ce que vous avez désiré, et que, si mes vœux sont exaucés, vostre négociation sera heureuse. Je la souhaite telle, et pour le bien de la cause commune, et pour vostre interest particulier, puisque effectivement il m'est fort cher, et que je suis, etc.
XDV.
Manusc. de la Bibliolb. Mazarine, n" 1719, toni. I. f° 176 recto et verso.