A M. LE NONCE A MUNSTER
[ Paris.] 1 h mai if>4'i.
Monsieur,
J'ay appris, par les lettres de M. d'Avaux, la bonne volonté que vous avez pour moy, et que les occasions de m'en rendre des tesmoignages vous seroient tousjours agréables. Cela me fait prendre la liberté de vous supplier de vous employer efficacement auprès de M. le duc de Bavière, pour obtenir de luy qu'il permette à M. le marquis de Narmoustiers (Noirmoulier) de venir en France, sur sa parole, pour y ajuster sa rançon et celle des autres prisonniers qui sont avec luy,
' Le nonce du Pape, à Munster, était Fabio Chifji , noble Siennois . évèquc de Nardo. Le père Bougeant ( Histoire du traité de Westphalie, t. I , p. 6-7) en parle dans les termes suivants : «Quoique ce prélat ne fût peutêtre pas un génie du premier ordre . il avoii . au jugement «les plénipotentiaires François, beaucoup de cette habileté et de cet esprit insinuant, qui est le plus nécessaire pour la
IlAZiniN.
négociation, et il sçut en faire usage pour son avancement, en témoignant de l'attachement à la France, autant qu'il en falloit pour persuader aux François qu'il leurseroit favorable, sans donner lieu à l'autre parti de l'accuser de partialité. Ce fut surtout par cette adresse qu'il sçut se conserver à Munster l'emploi de médiateur, dont on ne l'avoit d'abord chargé qu'en attendant l'arrivée d'un légat. «
Mai iO'i'i. l'asseurant que, dans le temps qu'il prendra, ou il payera la rançon dont il aura convenu, ou qu'il se remettra prisonnier.
Je croy que M. de Bavière ne faira point difficulté de luy accorder une courtoisie qui ne se refuse point aux personnes de mérite, et que tous les prisonniers de condition qui l'ont icy demandée au Roy ont obtenue de Sa Majesté. Je ne doute point aussy que, s'il en avoit quelque aversion, vous ne la surmontiez pour l'amour de moy, à qui les interests de ce cavalier sont fort chers, et dont j'estime particulièrement la personne. Cela me faira rechercher avec soin les occasions de m'en revancher et de vous faire paroistre que je suis, etc.
XDVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 176 verso.
A M. D'AVAUX
[Paris,] 1/1 mai 16M1 '.
Monsieur,
J'ay receu, avec la dernière que vous avez pris la peine de m'escrire, les autres pièces dont vous l'avez accompagnée. Sur quoy, pour vous en dire mon sentiment avec la franchise dont l'estime et l'amitié que j'ay pour vous me permettent d'user, je vous prieray de considérer, pour une dernière fois, sur le sujet du discours fait à MM. les Estats2, que, comme nous avons esté icy scandalisés de la response qu'ils vous ont faite, conceue en des termes moins respectueux qu'ils ne dévoient, et que, pour cela, les sieurs de Beringhen et de Brasset, qui sont en Hollande, et le sieur d'Estrades, qui s'y en va, ont eu charge d'en faire des plaintes, nous eussions aussy désiré que l'occa-
1 Outre cette dépêche particulière à chant la paix de Munster, t. II, p. hS-kli.
d' A vaux, Mazarin écrivit, le même jour, Voyez les lettres analysées, à la date du
une lettre aux plénipotentiaires. Elle a été \U mai i6Zi4.
imprimée dans les Négociations secrètes tou- 2 Voyez ci-dessus, p. 585 et p. 683.
sion n'en fust point née, et que vous n'en eussiez point fait la pro- Mai n. position dans une harangue publique, après avoir pressenty, par les conférences particulières que vous aviez eues avec les députés de ces Messieurs, qu'elle seroit mal receue. Car, au reste, que nous n'ayons icy la mesme passion que vous de procurer partout l'avancement de Ja religion et le soulagement des catholiques, vous n'en devez point douter, connoissant assez la pieté de la Reyne et ne pouvant ignorer que j'ay un devoir particulier, comme je vous ay desjà escrit, de respandre mon sang et mesme ma vie pour le bien de la religion, quand il y a lieu de le faire et que la prudence le conseillera. Mais quand on a juste sujet de présumer, comme vous pouviez lavoir eu, que le contraire arrive, jugez vous-mesme s'il y a lieu de l'entreprendre, et si Ion s'y doit exposer, et particulièrement sans ordre, sans lequel je tiens qu'on ne doit jamais rien [entreprendre] aux choses importantes, dont les evenemens sont douteux, et que, mesme avec ordre, il ne faut point passer outre quand on a certitude du mauvais succès de ce que l'on entreprend. J'en ay tousjours usé de la sorte , et ne m'en suis point mal trouvé. Que cecy soit dit en suite des autres choses que je vous ay escrites sur ce sujet par mes précédentes.
Je vous diray encore un mot du rang des ministres des princes, qui est l'autre point contentieux1 : c'est que, afïïn qu'on ne se trompe point sur le fait de l'esgalité, il me semble qu'elle ne consiste qu'en cecy, qu'on donne autant qu'on reçoit et qu'on reçoive autant qu'on donne, et qu'il y auroit seulement de l'inesgalité si l'on donnoil plus qu'on ne recevroit ou si l'on recevoit plus qu'on n'auroit donné. M. le Prince et moy, aux visites que nous nous rendons, ne nous accompagnons que jusqu'au degré; M. le duc d'Anguieu et moy nous accompagnons jusqu'au carrosse. Je ne croy pas faire, en cette conduite, plus d'honneur à M. d'Anguieu qu'à VI. le Prince, ny en recevoir davantage de M. d'Anguieu que de M. son père. Voilà mon sentiment, qui me semble raisonnable et bien fondé.
' Voyez ci-dessus (p. G56 ef 655) la discussion sur le cérémonial avec l'ambassadeur de Venise.
Mai Hi'i'i.
Vous trouverez plusieurs autres choses que j'omets icy, à la lettre commune1 et à celle de M. de Brienne. J'ajousteray seulement, qu'au nom de Dieu, vous lassiez, pour une bonne fois, estât certain de mon amitié, et que vous vous persuadiez, si je vous donne quelque avis sur les occurrences qui arrivent dans le cours des affaires, que c'est la preuve la plus essentielle que je pourray vous en rendre. Asseurezvous que vous en recevrez en toutes les occasions où j'auray lieu de le faire et de vous tesmoigner que je suis très-veritablement, etc.
XDVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 177 verso.
A M. LE COMTE D'ALAIS