DXIV
Manusc. de la Bibiiolli. Mazarine, n° 1719. toni. I. f° i83 verso.
A M. D'ESPERNON
I Paris , J ->.G mai iti'i i.
Monsieur,
J'ay veu, par la vostre du 8 de ce mois, vos sentimenstourli.nu l'entreprise de la Navarre. Je les ay trouvés fort judicieux et raisonnables, et j'en fais une très-grande considération , comme de tout ce qui vient de vous. J'estime pourtant qu'encore que présentement les affaires de la Reyne ne soulTrent pas de ce costé-là, il est bon qu'il y ayt deapparences qui obligent les ennemis à croire qu'on y pense, et qu'ils voyent au moins qu'il y a un commencement de préparatifs, qui pourroit estre suivy de tout ce qui sera nécessaire pour entreprendre de ce costé-là avec effet; car, en suite de cela, il arrivera de deux choses l'une : ou qu'ils s'appliqueront à renforcer les garnisons et à faire de la despense pour munir les places de ce pays-là, ce qui sera tousjours une descharge et une espèce de diversion pour la Catalogne; ou bien. s'ils ne se remuent point du costé de la Navarre et s'ils y laissent les choses en l'estat où elles s'y trouvent, le temps nous pourra amener des conjonctures si favorables, qu'elles nous donneront lieu d'agir eu cet endroit avec tout ce qui sera nécessaire pour y faire quelque pro-
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: de sorte que d'avoir un corps d'armée, quelque petit qu'il soit. Mai i64û. qui n'en soit pas esloigné, et d'entretenir tousjours avec adresse et sans affectation ce bruit, qu'on a du dessein de ce costé-là, estant une chose <|ui peut profiter et ne peut point nuire, il nie semble qu'il ne faut pas M> despartir de cette conduite.
Pour ce qui est de l'affaire de Madaillan l, dont vous m'escrivez, jeu ay parlé, comme je le devois, à la Reyne, et luy ay représenté que les grands crimes comme sont ceux dont cet homme est accusé ne dévoient trouver ni support, ni protection qui arrestast le cours de la justice. Je \ous avoue que, outre l'interest du public, qui requiert que les meschancetés énormes ne demeurent point impunies, j'ay encore considéré celuy que vous y avez, et Sa Majesté, qui en a horreur naturellement, et qui d'ailleurs vous ayme beaucoup, n'a garde d'interposer eu cecy son autorité, au préjudice du public et au vostre.
J'a\ l'ail l'office que vous avez désiré envers M. le chancelier, touchanl les lettres d'Estat*; il m'a promis qu'il u"\ toucheront point et <ju il apporterait tousjours dans vos affaires toutes les facilités que la justice lu\ pourrait permettre, et pour l'amour de vous,. qu'il fait profession d'honorer, et pour l'amour de moy, qui luy ay tesmoigné prendre grande part à loul ce qui vous regardoil.
Je me remets du reste que j'eusse eu à vous escrire à M. le chevalier de Carbon, que j'en a\ entretenu au long, et ne vous renouvelle point les protestations de mon amitié et de la confiance que j'aj en vous. puisque je suppose que c'est un point extresmement estabh entre vous «'i moy, et que vous ne douterez jamais que je ne sois plus que personne du monde, etc.
Il s'agit probablement, dans ce pasc lettres d'État riaient accordées aux ambas-
d'Isaac <!<• Madaillan, seigneur de Monta- tadeors, aux officiers de guerre, et en m
taire. J'ignore à quel événement Masarin fait aérai à tous ceux <|ni étaient obligés de
allusion. s'absenter pour on service i>nl>li<\ i \ oyes l<'s
On appelait lettrée d'Etat un privi Mémoire» rfr Saint-Simon, édit. Hachette,
(jiii suspendait pour --i\ mois les poursuites in-8*, t, I. p. r55. i contre ceux <|ni en étaient pourvus. Les
Mai HiV'i.