DXXIX
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 191 verso.
A M. LE DUC D'ESPERNON
[ Paris,) 1 1 juin i644.
Monsieur,
Quelque juste que soit l'affliction qui m'est arrivée ', j'avoue qu'elle n'a point receu un petit soulagement de la part que vous m'avez témoigné d'y prendre. Bien que ce sentiment soit un effet de la bonté de vostre naturel, je ne laisse pas de me flatter de cette pensée, que la passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde ne vous permet pas de considérer avec indifférence ce qui me touche. Je vous prie, Monsieur, de croire que j'en ay toute la reconnoissance que je dois, et que vous trouverez tousjours en moy une véritable et parfaite correspondance de sentimens.
Mais, pour changer de matière, je vous diray que, sur la proposition que le sieur de Barrière vous a faite de la levée d'un régiment en Guyenne, M. Le Tellier vous en envoyé les commissions. Je ne doute point que vous ne les remplissiez de personnes de mérite, et que ce corps ne soit complet au nombre qu'on désire, qui est de deux mille hommes. Quoyque les despenses immenses que nous avons faites depuis le commencement de i'hyver nous ayent espuisés d'argent, et que, s'il y eust eu quelque moyen de le mettre sur pied sans toucher à la bourse du Roy, ce nous eust esté une grande commodité, on ne laisse pas de
' Cette jihrase, qui se reproduit dans un la mort de sa mère , Horlensc Buli'alini. \n\tv
grand nombre de lettres de Mazarin datées aux Analyses un grand nombre de lettres
du 1 1 juin i6£/i, signilie tr quelque juste de la même date, adressées a divers person-
raison que j'aie d'être affligé," etc. Les nages, au prince Thomas, à la duchesse de
lettres de condoléance auxquelles le ministre Savoie, nu maréchal de Saint-Luc, au comte
répond lui avaient été écrites à l'occasion de et à la comtesse d'Alais, etc.
vous envoyer ce qu'on a coustume de donner pour de semblables le- Juin 166/1.
\Y"s. Il ne faudra pas, s'il vousplaist, dire à quoy on le destine, ni en
quel endroit il doit servir, puisque vous sçavez qu'on prend et quitte
les resolutions pour ces choses, selon l'exigence des conjonctures. Je
ne vous en dis point davantage, me remettant à ce que vous en escrira
plus particulièrement M. Le Tellier; outre que, connoissant le zèle que
vous avez pour le service du Roy et pour le bien de 1 Estât , je suis
asseuré que c'est la moindre chose que vous fairiez pour ce sujet, et
qu'il n'y aura jamais que le manquement des occasions qui vous em-
pesche d'en rendre de plus fortes et plus esclatantes preuves. C'est de
quoy la Reyne se tient bien asseurée, et de quoy, s'il en estoit besoin.
je serois vostre caution en son endroit, puisque je suis avec toute
I <^time que personne le puisse estre, etc.