MM. D'AVAUX II SERVIEN
[Paris,] 1/1 juin l 64 l
Messieurs,
I .i\ entretenu bien au long M. le comte de Brienne des raisons que
Quoique cette lettre ah déjà été publiée . j ai a d devoir lui donner place dans oa recueil . . importai]
752 LETTRKS
i6U. nous aurions de nous deffendre de rien donner aux Suédois pendant (ju'ils no songent qu'à employer aostre argent à poursuivre une guern
où, tant s'en faut que nous ayons in ter est, qu'elle nous est grandement préjudiciable, nous contraignant à redoubler les despenses d'Allemagne, et qui les devroit plustost obliger à nous oiïrir des assistances pendant qu'ils la continueront qu à nous les demander1. Je ne m'estendray pas comme je pourrais sur ce sujet, parce que. outre que le sieur de Brienne s'est chargé de vous le mander, vous le jugerez en cela aussy bien que nous et reconnoistrez assez que. ayant comme abandonné les affaires d'Allemagne à la discrétion de nostre ennemy commun, pour s'engager, contre toute bienséance et sans nostre consenti ment, et mesme à nostre insceu,à venger une querelle particulière, qui ne nous touche point et qui est capable d'occuper doresnavant leurs principales forces, nous pouvons avec justice leur refuser les assistances ordinaires jusqu'à ce que nous soyons asseurés qu'elles seront employées à l'effet pour lequel nous sommes obligés de les fourmi Le Roy n'a jamais entendu payer les armées des Suédois pour faire la guerre contre le Danemarck. Il leur a bien promis cinq cent mille escus par an pour combattre la maison d' A us triche dans l'Allemagne; mais que, s'estant si peu souciés de nous en remettre tous les soins et de nous laisser tomber sur les bras les frais entiers de cette guerre et le faix, ils prétendent encore que nous contribuions tous les mesmes secours, qui, peut-estre, ne serviront qu'à leur donner moyen de continuer dans les choses du monde qu'ils eussent peu entreprendre les plus préjudiciables aux interests de cette Couronne, c'est ce que nous alliions grand' raison de refuser, particulièrement après que la résolution qu'ils ont prise, sans nostre participation, de s'embarrasser dans cette affaire, a jeté Sa Majesté, comme j'ay dit ci-dessus, dans des despenses qui surpassent la somme qu'elle est obligée de leur donner.
La levée de Marsin2, que nous n'aurions pas faite sans cette considération, coiiste desjà cent cinquante mille risdalles, et nous ne sommes
Voyez plus haut, smr la guerre de Dane- On a vu que Marsin faisait des levées
mark. p. 697, note. dans le pays de Liège.
encore qu'au commencement de la campagne. H en a fallu donner cent Juin i6&6. mille d'extraordinaire à Mme la Landgrave pour soustenir ses affaires et deffendre ses Estats, qui se trouvent exposés par l'esloignement de l'armée suédoise; il a fallu despenser beaucoup au delà de ce que rions aurions fait pour fortiiier M. de Turenne et le mettre en estât d'agir utilement contre tant de troupes que les ennemis peuvent maintenant luy opposer. J'ay neantmoins procuré que le Roy passeroit toutes ces considérations, et qu'on pourvoieroit au fonds accoustumé pour mettre tousjours davantage les Suédois dans leur tort et leur oster toute occasion de laisser plus longtemps l'Allemagne en proie à l'ennemy. Il sera de vostre prudence et de vostre adresse d'en mesnager avec eux la négociation, en sorte que cet argent ne soit pas perdiLpour nous, comme il le seroit si M. Torstenson ne revenoit bientosl avec toutes ses forces dans l'Allemagne, ou du moins avec la plus grande partie, ainsy qu'il a tousjours fait espérer, Sa Majesté se remettant neantmoins. nonobstant tout ce que dessus, à ce que vous estimerez à propos de résoudre.
J'ay receu l'instruction que vous avez dressée tous deux, en suite des ordres du Roy, pour M. de La Thuillerie, et suis extresmement satislail d'apprendre qu'il a\t passé heureusement, nonobstant les traverses des ennemis. 11 y a lieu de bien espérer de sa négociation, si le po) de Danemarck peul estre rendu capable [d'entendre] que toutes les propositions que nous lu\ faisons ne tendent qu'à son bien et à le faire sortir d un»' mauvaise affaire; que, ce pendant, celles des Impériaux ne vont qu'à sa mine, puisqu'elles n'ont d'autre but que de faire durer la guerre, dont la continuation en toutes façons luy sera très-dommageable, attendu que, estanl dans le siège (de la guerre), il ne sçauroil evitei nue entière désolation, à quoj ceux qu'il appellera à son secours ne B'espargneronl guères moins que ses ennemis.
Vous verrei ce que vous mande M. de Brienne du tempérament
qu on a estimé qui se pourroil peut-csfre prendre avec MM. les Kslals
poui les satisfaire sur le traitement des ambassadeurs en Danemarck. On a considéré que les ambassadeurs de l'Empereur et d'Espagne ne
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l'im Hi'i'i. font pas difficulté à cette Cour, a Venise H en \ngleiene. de donna la main chez eux à des ambassadeurs de mesme (nudité que ceux de Hollande. On a donc proposé, tout à leur imitation, si ceux du Boy en Danemarck et autres lieux considérés moins que Munster ne pourraient pas se relascher à faire le mesme envers ceux de Hollande, pourveu que MM. les Kstats en demeurassent satisfaits, pour ne rien prétendre au delà avec nous. Sur quoy on attendra vos sentirnens.
Sur ce que M. le cardinal Grimaldi escrivit au duc de Bavière partant, de la bonne volonté qu'il trouverait en la Reyne pour tous - interests, quand effectivement, il voudrait contribuer au repos public en sorte qu'il se pust establir avec réputation [d'allié] de cette Couronne, prenant les précautions nécessaires contre la grandeur de ia maison d'Austriche, en quoy luy et les autres princes d'Allemagne ont plus d'interest que la France elle-mesme, il a fait une response loi I civile audit sieur cardinal, qui me l'a adressée de Gènes, et, comme je vous envoyé l'extrait ', je ne vous diray autre chose, si ce n'est que s'il envoyé quelqu'un de ses ministres à Munster, comme il est résolu de faire, vous devez le mesnager en sorte que nous en tirions du profit pour le faire venir à nostre point. Nous sçavons fort bien que ce dur est extresmement fin et adroit, et qu'il n'y a artifice qu'il ne mette eu jeu pour parvenir à son but; mais nous sçavons aussy bien qu il r* sa conduite par ses interests, et qu'il ne doute point qu'il ne soit en nostre pouvoir de rendre sa condition meilleure, soit pour ce qui regarde l'Eslectorat et le Palatinat2, soit par d'autres moyens. Il sçait foi ! bien que, conjointement avec luy, nous pourrons mettre la maison d'Austriche en Testât qu'il faut, pour donner moyen aux princes de l'Empire d'user plus librement de l'autorité qui leur appartient, et pour empescher doresnavant cette puissance de troubler le repos de la Ghrestienté. Je vous prie mesme d'examiner s'il ne serait point à propos de
1 Cet extrait a été publié dans les Négo- du Palatinat du Rhin el avait été investi de
rii/tions secrètes louchant la pair de Munster, la dignité électorale, enlevée à l'électeur Pa
t. II. p. 64. latin. Frédéric V. La France lui lit main
L'électeur de Bavière s'était emparé tenir cette dignité à la paix de vVestphaiie
taire sçavoir audit dur. par quelque moyen secret (jue vous aviserez. Join»6/W les ordres que vous avez de Sa Majesté de traiter conhdennnenl avec lus et d'agir pour l'avancement de ses interests, à mesure qu'il voué fera connoistre. par des tesmoignages effectifs, la bonne volonté el l'alction qu'il confesse avoir pour cette Couronne1. Je 9uis bien avse d'avoir arresté quelques jours ce gentilhomme, afin qu'il vous puisse porter la. bonne nouvelle, que nous venons de re-
lir par le courrier, de la prise du fort Philippe, duquel despeudoit entièrement celle de Gravelines. Voilà, Dieu mercy, les secours de la mer bouchés, ce qui causoit ma plus grande appréhension. Il ne reste plus d'espérance aux ennemis de sauver la place qu'en donnant bataille : ce que leur loiblesse el le bon eslat de noslre circomallalion . qui est entièrement achevée et [va] se perfectionnant tous les jours; les empescheront sans doute de tenter. Il n'est pas croyable à quel point
mnemis sont estonnés que nous ayions osé faire une si grande el si difficile entreprise. Ils avouent qu'ils sont si estourdis de ce coup. auquel il- n'eussent jamais pensé, qu'ils ne sçavent où donner de la les officiers de l'armée nous mandent qu'ils seront, dans un mois, maistres de la place, après l'ouverture de la tranchée, qui commencera demain. Je suis de tout mon cœur, etc.