‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 268 sur 335 · DXLV · texte numérisé non relu

DXLV

Original signé. Bibl. impériale de Saint-Pétersbourg. Envoi de M. Léouzon-Leduc ' .

A M. BRASSET.

Ruel, 2.5 juin 1 fi'i 'i.

Monsieur,

J'ay veu, par la vostre du 3o du passé et par celle du 1 3 du présent, le soin avec lequel vous servez le Roy. J'approuve surtout celuy que vous prenez à pénétrer l'intrigue que les agens de M. l'eslecteur de Brandebourg brassent à la Haye. Si cela estoit au préjudice de madame la landgrave de Hesse, à cause de quelques places quelle tient

l'avertir que les troupes de Maugiron se réunissent aux environs de Soissons, et vont se diriger vers Amiens, où le duc d'Orléans pourra en disposer selon qu'il le jugera convenable.

La deuxième pièce est une lettre du Roi. du tth juin, adressée au duc d'Elbœuf. pour lui annoncer la formation de ce corps d'ar mée, qu'il devra recevoir dans son gouvernement et approvisionner de vivre*,

La troisième lettre , également du a 'i juin . est l'ordre au comte de Maugiron de prendre le commandement des troupes qui doivent couvrir la frontière de Picardie et de se tenu à la disposition du duc d'Orléans.

1 La copie de cette lettre se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque Mazarine 1719, t. 1, fol. 2o3 et ûoli. La date de la lettre n'y est pas indiquée.

dans l'Estal de Clèves, qui appartient audit sieur Eslecteur, vous devez Juin 1666. vous y opposer vivement et représenter à ces Messieurs que, dans la conjoncture présente, où il s'agit du gros de la cause commune, ils auroienl tort de traverser ou souffrir qu'on traversast ladite dame, qui a assez d'affaires sur les bras de la part des ennemis, sans que les amis et alliés du Rov luy fissent encore de la peine; que, puisque Sa Majesté employé tant d'argent et luy fait tant de subventions ordinaires et extraordinaires pour la mettre en estât de servir la cause commune, il luy seroit bien fascheux de voir qu'elle l'ust obligée de destourner les forces qui ne subsistent en partie que par son assistance, à une autre fin, et à sasseurer contre les desseins de ceux qui ne sont pas ses ennemis déclarés; qu'en cela on doit taire grande considération de l'interest du Roy. pour les raisons que je viens de dire.

Pour ce qui est de i'Ostfrise, c'est la mesme considération, et je cro\ que ces Messieurs ne 1 y troubleront pas et ne luy doivent pas seuleintMil donner de l'ombrage de ce costé-là. à cause que cela l'obligeroit d entretenir les garnisons plus fortes, et par conséquent d'estre plus loible à la campagne, ce qui ne se pourroit aussy faire qu'au préjudice <!<• la cause commune, et particulièrement de Sa Majesté, qui a interest qu'elle tienne la campagne avec le plus de forces qu'il se pourra.

Il \ a un autre point d'importance qu'il faut que vous pressiez auprès de ces Messieurs, pendant que M. d'Estrades faira offices pour cela auprès de M. le prince d'Orange, qui est de s'employer et d'agir avec vigueur envers les Princes et Estats du cercle Westphalique, et surtout de l'Eslecteur el de la ville de Cologne, avec qui ils sonl en neutralité, pour rompre le projet (le l'armée que Ion presse ce cercle de mettre sur pied, [en leur représentant]:

Que "i armement seroit une violation indirecte de cette neutralité, et, bien que le prétexte dont on le colore soit la deffense de la ?Vi itphalie, qui ne voit qu'il ne seroil que pour servir aux desseinde l'Empereur et du roy d'Espagne, leur capital ennemy?

Qu il- se souviennent que la ligue catbolique d'Allemagne, qui ne

iiiin if.'i'i. l'ut formée que pour la deffense de la religion, n'a presque depuis travaillé fj ne pour l'agrandissement de la maison d'Austriche;

Que celuy qui doit avoir la direction de celle-cy <'st l'eslecteur de Cologne, lié maintenant aux interests de cette maison: que le comte

de Gleen, qui en doit commander l'armée, n'a esté receu que sous le bon plaisir et l'agreement de l'Empereur, non plus que les officiers qui y doivent servir, et que rien ne se résout et ne s'y lait qu'en la présence et par l'avis des commissaires impériaux;

Que le voisinage de cette armée doit estre d'autant plus suspect à MM. les Estats, que leur pays est plus descouvert de ce costé-là que de nul autre, et que, lorsque les Espagnols auroient besoin de secours ou de diversions contre eux, ils n'auroient pas besoin d'en aller chercher loin, ayant cette armée si proche;

Que, si elle se met sur pied, ils ne doivent pas douter qu'elle n'attire quantité de leurs officiers et de leurs soldats, à qui la couleur de demeurer seulement à garder un pays et d'y estre sans beaucoup de peine ni de péril sera une puissante amorce pour les y appeler; qu'on voit pourtant clairement que cela n'est qu'une couleur, et que l'Empereur et ses partisans ne prendroient pas tant de peine à la faire mettri sur pied pour ne luy laisser rien faire;

Qu'en un mot le party impérial ne se peut fortifier en Allemagne qu'à l'avantage des Espagnols, et [sans] que tous les membres du party contraire n'en souffrent avec le temps, par réflexion; que la France n'oubliera rien, de son costé, pour faire avorter cette armée auparavant qu'elle soit tout à fait formée.

C'est ce que j'ay à vous escrire maintenant, me remettant des autres choses de deçà qu'il faut que vous sçachiez, à la depesche de M. de Brienne. Croyez seulement que je sçauray, dans les occasions, faire considérer vos services et vous faire paroistre que je suis très-veritablement.

Monsieur.

Vostre très-affectionné à vous faire Bervice .

Le C*rmnai, MAZAUINI.

DU CARDINAL MAZARIN. 76î

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