‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 270 sur 335 · DXLV1I · texte numérisé non relu

DXLV1I

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 199 verso.

V M. DE LA MEILLERAYE

[Ruel,] 28 juin i664.

Monsieur,

La Reyne envoyant le sieur d'Ort vers Son Altesse royale, je n'ay point voulu qu'il vinst à l'armée sans vous porter de mes lettres. Ce n'est pas pour vous exhorter à bien faire, ce seroit une pensée impertinente, mais bien plustost pour vous prier de ne vouloir pas trop bien faire et de contenir vostre courage dans les bornes que vostre charge luy assigne. Elles ne sont pas si bien marquées que, si vous n'y prenez garde, le zèle que vous avez pour le service du Roy ou quelque autre passion inférieure ne vous les peust faire passer et vous emporter au delà , au préjudice du service du Roy, qui souffriroit beaucoup de vostre perte. En un mot, souvenez-vous, s'il vous plaist, que Sa Majesté ne vous a envoyé où vous estes que pour prendre Gravelines, et qu'en ce seul point consiste l'essentiel de la gloire à laquelle vous devez prétendre; que vous aurez accompli tous les devoirs de soldaf et de capitaine quand vous serez parvenu à cette fin, et que tout ce qui ne s'y rapporte point n'est pas dans les lois de la vaillance qui vous est propre.

On nous mande aussy que Son Altesse royale expose aussy un peu trop franchement sa personne. Je croy que vous faites tout ce que vous pouvez pour l'en empescher et luy faire comprendre que, estant ee qu'il est au Roy et à l'Estat, il ne doit pas bazarder ce qui

n'est point à luy ny faire bon marché d'une chose si nécessaire au bien Juin i64û. de l'Estat et au service du Roy. De cela je ne doute point que vous ne tombiez d'accord avec moy.

J'estime que le renfort qu'on vous envoyé sera maintenant arrivé, et que ce ne sera pas une petite seureté à l'armée. Au reste, je me persuade que vous ne trouverez pas mauvaise la liberté avec laquelle je vous escris, dans les sentimens de cette parfaite amitié qui me fait prendre part à tout ce qui vous touche, et avec laquelle je vous ay protesté que je serois tousjours plus que personne du monde1, etc.

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