‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 274 sur 335 · DLII · texte numérisé non relu

DLII

Manusc. de la Iiiblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 202 reclo.

A M. D'ESTRADES

[ Paris ou Ruel,] juin i64'i.

Monsieur,

Celle-cy n'est qu'un supplément à celle que je vous escrivis la semaine passée et que vous ne recevrez que par cet ordinaire. Je voua supplie donc de représenter à M. le prince d'Orange que le siège de Gravelines est en un tel estât que, sans quelque accident qui est audessus de l'humaine prévoyance1, et si Dieu n'a entrepris d'en ruyner le succès, il faut que cette place soit à nous avant la fin de ce mois. En attendant cela, j'estime qu'il est à propos qu'il pense à quoy MM. lee Estats et nous pourrons employer plus utilement le reste de cette campagne, afïin que nos armées et les leurs agissent de concert et conspirent à mesme fin avec une parfaite correspondance.

Que s'il veut s'appliquer à quelque entreprise considérable, il n'a qu'à voir tout ce que nous pourrons faire pour luy en faciliter le succès, et entreprendre sur ce fondement qu'il ne luy manquera rien de ce qui despendra de la France;

Qu'avec les levées et les recreues que nous faisons faire, nos armées ne se trouveront guère moins fortes qu'au commencement de la campagne et seront par conséquent très-capables de tout l'effet quelles se proposeront; qu'ayant une très-particulière inclination pour M. le prince d'Orange, j'aurois aussy un désir particulier qu'il s'attachast à quelque

1 Grotius, peu disposé à juger favorable- in urbem inobservatos injicere voluerat

nient la situation de la France, reconnaît Piceolominanis, cœsis aut captis omnibus,

rependant qu'elle était prospère : « Oplimam prœter viginti , qui in urbem venere. Dux

de se spem prœbet obsidio Gravelingœ, ope- Anguianus adbuc Beckio imminet. n (Epist.

ribus jam in fossam urbi proximam pro- ineditœ, p. 1C6, lettre du 3o jum/o jnille!

ductis, et de quadringentis militibus, quos i644.)

dessein digne de son expérience et de sa réputation; qu'encore qu'en Juin «644. cela je considère le bien gênerai du bon party, il est certain que je le souhaiterois principalement pour l'interest de sa propre gloire, de laquelle je suis [jaloux] presque à l'esgal de luy-mesme;

Que, pour cet effet, j'employeray tout le crédit que je puis avoir icy, affin qu'il n'ayt rien à désirer de nous pour arriver à son but, qu'il ne l'obtienne; en quoy je suis asseuré de trouver toute la disposition imaginable dans l'esprit de la Reyne et dans celuy de M. le duc d'Orléans. Dès qu'il aura formé son dessein, vous ne manquerez pas, s'il vous plaist, de nous l'envoyer par courrier exprès, et il verra que. incontinent après, on mettra icy la main à l'œuvre et l'on se préparera sans retardement sur ce qu'il sera à propos de faire. Je suis, etc.

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