DLVIII
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, f° 2o3.
A M. D'ESTRADES
[Paris ou Rue!,] juin j6M '.
Monsieur,
Vous pouvez penser que je n'ay point esté peu fasché des obstacles que M. le prince d'Orange a rencontrés en l'exécution de son dessein2, pour l'interest des affaires du Roy; mais je vous puis asseurer que j'en ay esté encore fort touché à cause du desplaisir que je sçay qu'il en aura eu. Je veux croire neantmoins que, ayant de si belles forcés en main et la science de s'en bien servir autant que personne du monde, on en verra sortir quelque effet considérable et fort avantageux au bien de la cause commune; personne ne peut mieux juger que luy ce qui! a à faire pour cela, et je sçay qu'il est si bien intentionné qu'il ne perdra point d'occasion de prendre ses avantages.
Que si, loutesfois, il arrivoit que, après avoir tenté tout ce qui se peut faire contre la Flandre, pour y former une diversion qui fusl capable de nous soulager d'une partie des forces espagnoles, cela ne
' La date de cette lettre n'est pas indiquée dans le manuscrit ; mais elle est déterniine'e par celle que Mazarin a adressée à Rrasset (25 juini 644), et qui renferme les mêmes instructions. (Voyez ci-dessus, p. 762 et suiv.)
a II s'agissait du siège du Sas-de-Gand. Une première attaque dirigée contre cette ville par le prince d'Orange ne réussit pas,
comme nous l'apprenons par une lettre de Grotius, en date du 1 5/25 juin i644 [Epiât, inédite, p. 1 54) : rrHispani in Belgica, lêti quod non successerint Batavorum conalus
adversus Saxum Gandavense » Le prince
d Orange ne réussit à s'emparer du Sas-de- Gand que dans la seconde partie de la campagne de 1 64 4, comme on le verra dans le tome 11 des Lettres de Mazarin.
DU CARDINAL MAZARIX. 785
reussist point, et qu'il fust plus vraisemblable que la diversion se fairoit Juin 16M. plus grande du costé de la Meuse, s'il y entreprenoit quelque chose (ce que je laisse à sa prudence à résoudre); en ce cas-là, dis-je, il faudra le solliciter d'escrire fortement aux princes et estats du cercle1 Westphalique, [pour les engager] à se despartir du dessein où l'on les veut porter de mettre une armée sur pied, qui ne peutestre que trèssuspecte, de quelque titre qu'on la colore, aux alliés de Sa Majesté, .'i qui le doit estre particulièrement à MM. les Estats, à cause du voisinage, et d'autant que, si elle est une fois sur pied, ce ne sera pas l'armée deffensive du cercle Westphalique, mais l'armée de l'Empereur «•I du roy d'Espagne;
Que M. le prince d'Orange peut considérer qu'il n'y a point d'endroit où le pays de MM. les Estats soit plus ouvert que de ce costé-là . <;t 8e souvenir qu il arriverait de cette armée comme de celle de la Ligue catholique d'Allemagne2, qui, n'ayant esté formée que pour la deffense de la religion, n'a presque depuis travaillé que pour la grandeur de la maison d'Austriche;
Que s il prend resolution, au temps qu'il jugera à propos, d'aller vers la Meuse, il n'y a point de doute que, estant puissamment armé, partant à cheval, comme l'on dit, et estant proche du pays de ces Messieurs de la Westphalie, les offices qu'il faira pour ce sujet seront plus respectés et plus efficaces.
Nous en faisons faire aussy à la Haye par le sieur Brasset3, à quoy no- plénipotentiaires4 ne s'espargneront point auss\. affîn que tout i oncoure .' mesme fin.
C'esl ce que j'avois à vous escrirc maintenant, après vous avoir
cercles étaienl des circonscriptions zarin à Brasset.cn date du ■>."> juin. ri-dessus
politiques établies en Allemagne par Maxi- p, yO.'i-yôi.
railien I' . i Voyez l'introduction en tète de ' Voyei la dépêche de Masarin aua plé-
nipotentiaires, en date du a5 juin, p. 766-
Cette ligue avait été conclue en 1610 768, el spécialement p. 767, où il esl
par les princes catholiques d'AHetnagm Le question des Etats généraux '■! de l'inquié-
rlur rlr Bavière en était le chef. Iode que doit leur causer l'armée du cercle
Compares la dépèche adressée par Ma- de Westphalie
; iv - 1 og
iinnthv,. asseuré que je ne me despartiray jamais des sentimens d'estime avec lesquels je suis, etc.