‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 281 sur 335 · DLI · texte numérisé non relu

DLI

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, loni. I, f° 207 verso.

A M. LE DUC D'ESPERNON

[Paris ou Rue!,] juin iij'1'1.

Monsieur,

Ayant entretenu fort au long M. de Barrière de vos interests et de la passion que j'ay pour vostre service, je me dispenseray de vous en escrire ici particulièrement; je vous supplieray seulement de croire que, en cela, je ne luy ay rien dit que je n'eusse dans l'ame, et que je ne confirme par les effets toutes les fois que je seray si heureux de le pouvoir faire.

Vous ne douterez point que je n'aye parlé comme je devois à la lleyne des offres que ceux qui ont icy soin de vos affaires ont faites, de vostre part, sur le sujet de l'accident de Catalogne. J'espère que la suite n'en sera pas si fascheuse comme on s'estoit figuré, et que, quand le renfort qui doit joindre M. le mareschal de La Molhe sera arrivé, l'armée du Roy sera en estât de mettre celle des ennemis sur la deffensive. Pour ce qui est des choses de deçà, la prise du fort Philippe nous donne sujet de croire que les armes du Roy pourront estre, dans le mois prochain, dans Gravelines.

M. le mareschal de Turenne est allé enlever à trente lieues de France, delà le Rhin, deux mille chevaux qui iaisoient la teste de l'armée des Bavarois, avec dessein d'aller attaquer de là le quartier où estoit leur infanterie, sans l'avis, qu'il eut des prisonniers, que la cavalerie ennemie s'assembloit ce jour-là auprès de l'infanterie; ce qui l'obligea de se retirer. Il avoit conduit cette entreprise avec un secret el une diligence incroyables.

L'armée de M. le duc d'Anguien ne sera moindre de quatorze mille

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hommes, et ne sera pas par conséquent inutile cette campagne, et Juim644. celle qui est devant Gravelines n'en demeurera pas à la conqueste de cette place, si Dieu nous fait la grâce de la faire.

Ces grands efforts ne se peuvent pas faire, comme vous le pouvez juger, Monsieur, sans une grande despense; mais nous les faisons pour abréger la guerre le plus qu'il nous sera possible, et contraindre les ennemis d'entendre à la paix, pour laquelle ils ont tant de répugnance.

.le vous demande tousjours la continuation de vostre amitié, que je tascheray de mériter par la plus parfaite correspondance, que vous pourrez attendre de celuy qui est plus que personne, etc.

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