LIEUTENANT GENERAL DE SA MAJESTE À L'ARMEE D'ITALIE
[Saint-Germain-en-Laye,] a5 février i663.
Monsieur,
Je vous diray pour response à celle que vous m'avez escrite de Paris du 12 courant, que je profiteray des avis que vous me donnez pour acheminer toutes choses au bien du service de Sa Majesté et au contentement de ceux qui doivent agir en Italie; que celuy que vous me recommandez doit attendre toutes les preuves d'affection que je lu y pourray rendre et pour la considération de son mérite et pour l'honneur qu'il a de vous appartenir, et qu'estimant beaucoup M. d'Amboise, je n'ay pas peu d'inclination de le servir et à luy donner toutes les marques d'estime qu'il peut désirer de mes offices.
Ensuite de cela je vous diray, pour response de celle que vous m'escrivez de Lyon, que Sa Majesté n'ayant rien tant à cœur que la conservation de Tortone, a aussy donné tous les ordres nécessaires pour l'heureux succez de cette entreprise; que pour cet effet on haste autant qu'il se peut les recreuës des troupes destinées pour le secours de cette place : on fait passer le régiment de Praslin, qui est de trois cens chevaux effectifs, la compagnie des gendarmes d'Esdiguières, et deux autres levées de nouveau, l'une pour le régiment de Turenne, et l'autre pour celuy de Souvré. On a ordonné aux capitaines des gardes et aux autres officiers qui ne sont employez aux recreuës de repasser promptement les monts, et à M. de Castellan de partir en diligence après avoir receu quatre mille livres de pension sur une abbaye pour un de ses enfans et d'autres bienfaits pour sa personne, et on a envoyé à M. Le Tellicr une somme considérable d'argent pour pre-
Février i643. parer les choses nécessaires pour ce secours qu'on estime très difficile, mais non pas à l'égal de la prise de Tortone.
Je me promets que M. le prince Thomas fera à son accoustumée des merveilles en cette occasion, et employera tous les soins pour acquérir de la gloire en une entreprise où le service du Roy est si fort intéressé et sur laquelle toute l'Europe est attentive. Quoy qu'il arrive, vous pouvez l'asseurer que je ne manqueray point de faire valoir ses bonnes actions selon leur prix; mais je vous avoue que je voudrois qu'il me coustast beaucoup de bien d'estre aussy bien obligé de les recommander par le bon succès qu'elles auront que par leur propre mérite.
Je ne doute point que la cavallerie ne se soit beaucoup augmentée et réduite en meilleur estât par l'argent qu'on a envoyé, il y a desjà quelque temps, en Piémont pour employer aux recreuës de Madame et à remonter les cavalliers de celles du Roy.
Vous verrez, par la despesche que M. de Noyers a faite à M. Le Tellier, le détail des ordres qu'on donne et de la diligence qu'on fait pour le secours de Tortone. J'estime que pour cet effet il se pourra tirer des garnisons un corps assez considérable, M. de Maistre seul ayant promis de donner quatre cens mousquetaires de la garnison de Pignerol et en ayant envoyé pour cela l'ordre. Outre qu'on pourra prendre toute la cavallerie qui est dans Casai , et que le régiment des galères, qu'on asseure estre de deux mille bons hommes assortis, pourra arriver à temps pour servir en cette occasion.
Pour ce qui est de la pensée des diversions, je vous diray confidemment qu'il n'y en a point qui puisse donner une entière satisfaction au Roy, si elle ne produit infailliblement la levée du siège de Tortone : ce qui ne se peut que par la prise prochaine et indubitable de quelque placé plus importante à Testât de Milan que l'autre, comme il est facile.
Au reste, je ne manqueray point de profiter de l'avis que vous me donnez de l'aversion qu'ont les officiers de faire leurs recreuës à Lyon , pour y donner ordre; et, en un mot, asseurez vous que je n'oublieray
rien de ce qui peut estre utile à augmenter en Italie la gloire des Février i6/i3. armes du Roy, non plus que de vous tesmoigner en vostre particulier que vos interestz me sont tousjours chers, et que personne n'est plus véritablement que moy, etc.
Mamisc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f -21 verso.
A M. D'AIGUEBOME,
AMBASSADEUR DU ROI PRÈS SON ALTESSE ROYALE DE SAVOIE , GOUVERNEUR DE TURIN.
[Saint-Germain-en-Laye,] 26 février i6'j3.
Monsieur,
J'ajouteray par celle cy à la dernière que je vous ay escrite touchant le secours de Tortone, que le Roy en parle continuellement, et qu'il a donné les ordres pour haster les recreuës des troupes qui doivent servir en Italie; que le régiment de Praslin, qui est de trois cens maistres effectifs, y doit passer avec la compagnie de gendarmes de Lesdiguières et deux autres compagnies, l'une pour le régiment de Turenne et l'autre pour celuy de Souvré; que Sa Majesté ne doute point que M. le prince Thomas ne contribue les mesmes soins pour la conservation de cette place qu'il a employés pour la prise, puisque sou iuterest particulier s'y rencontre avec le nostre, et qu'il connoist mieux que personne que les progrès de la nouvelle campagne dans lestât de Milan dépendent absolument de la conservation de Tortone: que pour cet effet le Roy en escrit un mot de sa main audit prince; que Sa Majesté et nous tous sommes asseurés que vous n'oublierez rien pour luy faire prendre les resolutions nécessaires pour le secours de cette place, et nous espérons que l'arrivée en Piémont de M. le comte du Plcssis- Praslin et de M. de Gastellan, lequel, après avoir receu des bienfaits remarquables de Sa Majesté, est party en diligence pour la servir dans cette rencontre, et celle de plusieurs autres officiers et soldats donnera moyen de faire réussir heureusement vostre
Février ii>u. entreprise; que nous voudrions bien avoir des nouvelles de l'entier restablissement de la santé de Madame, et que les différends qu'elle a avec Messieurs ses beaux frères fussent terminés; à quoy vous continuerez à travailler de toutes vos forces, comme à une affaire extrêmement importante et qui pourroit à la longue produire de mauvais effets, si elle prenoit un mauvais cours; qu'il nous semble pour cela que Madame ne doit point faire paroistre aucune sorte de deffiance à Messieurs ses beaux frères; mais qu'au contraire elle les doit traiter avec des caresses et des civilités continuelles, et leur faire connoistre qu'elle n'aura point de plus grande joye que de leur procurer auprès du Roy et ailleurs toutes les choses qui tourneront à leur avantage: qu'ils doivent aussy de leur costé luy rendre tout l'honneur et toutes les déférences qui luy sont dues, et ne rien prétendre au préjudice de son autorité : ce que nous laissons à vostre prudence et à vostre adresse de ménager, et de faire connoistre à Madame et auxdits princes que le Roy ne sçauroit recevoir de nouvelle plus agréable que celle de cette union et de cette bonne intelligence.
Je ne sçay sur quel fondement on a publié que M. le prince Thomas estoit froidement convié à la Cour, puisque le Roy, ayant scu la resolution qu'il avoit prise de faire ce voyage, a tesmoigné en public et en particulier qu'il l'auroit fort agréable, et qu'il seroit bien aise de le voir et de l'asseurer de son amitié. Pour moy, je l'ay escrit en ces termes, et je pense que chacun a esté obligé d'en faire de mesme, puisque la vérité est telle, et que, si ledit prince exécute son dessein et s'il sert Sa Majesté avec affection, comme nous croyons qu'il le fera, il peut s'asseurer de recevoir de sa part tous les tesmoignages de bonne volonté et d'estime qu'il en pourroit désirer; de sorte que je ne voy rien qui vous doive empescher de luy conseiller ce voyage et de luy donner à entendre qu'on s'attendoit si asseurément qu'il le feroit, après avoir préalablement préparé tous les moyens possibles pour le secours de Tortone, qu'une des principales raisons pour lesquelles on a pressé M. du Plessis-Praslin de passer les monts a esté pour luy donner moyen de faire ledit voyage.
Quant à l'affaire de Verrue et pour les autres qui sont contenues Févrieri6ft3. dans vostre dernière despesche, je m'en remets à la response de M. de Chavigny. J'y ajouste seulement que, pour ce qui regarde la garnison de Turin, les resolutions ont esté prises et les ordres donnés si efficacement pour cela, que je ne doute point qu'à l'avenir les payemens ne se fassent ponctuellement, et que vous n'ayez moyen de l'entretenir forte et de vivre sans inquiétude de ce costé là.
Je voudrois bien que vous eussiez plus de satisfaction que vous n'avez de certaines personnes qui résident en delà, scachant bien que. par cette union et bonne correspondance, le service s'en feroit plus avantageusement; mais, ayant apporté jusqu'à cette heure tout ce qui dependoit de mes soins pour destourner ce desordre, je serois rav\ qu'on m'ouvrist quelque autre expédient pour m'y employer plus utilement et pour rendre contens ceux qui ne le sont pas.
Je ne sçay qui a publié que le Roy m'avoit destiné à la conduite des affaires d'Italie, puisque Sa Majesté ne m'a pas moins honoré de la conduite de toutes les autres que de celles là.
Je vous supplie de rendre les lettres cy jointes à MM. les princes Maurice et Thomas, et de les asseurer que tout ce qui dépendra de moy, je les serviray avec passion, et qu'ils ne trouveront jamais mes offices à désirer où il s'agira de leurs interestz auprès de Sa Majesté et ailleurs.
Quant au fait de M. le marquis Ville, je vous avoue que je m'y trouve fort empesché, m'estant d'un costé impossible de le servir dans les prétentions qu'il a, et de l'autre ayant grande passion de le faire, comme un homme que je connois fort affectionné au service de Sa Majesté et fort capable de donner des preuves de son affection et de son zèle. Gela m'a obligé à luy escrire tout ce que j'ay creu estre propre à luy guérir l'esprit et à l'eschauffer à servir avec la mesme chaleur qu'il a fait jusques icy; mais, outre cela, je vous supplie, si vous croyez nécessaire, de luy donner de nouvelles asseurances de l'affection du Roy, et luy dire qu'avec le temps il s'en peut tousjours promettre de nouvelles marques. Surtout je vous conjure, au nom de Dieu, rien n'es-
MAZARIN. — I. l3
Février i643, tant plus nécessaire pour l'affaire de Tortone que l'union et la bonne intelligence de ceux qui doivent agir, de prévenir de tout vostre pouvoir les divisions et les aigreurs qui pourroient naistre parmy eux, et qui pourroient ruiner le succez de nostre entreprise.
Pour ce qui est du bénéfice que vous desirez que je demande au Roy pour quelqu'un de vos enfans, asseurez vous que je ne manqueray point de me prévaloir de la première circonstance favorable qui se présentera pour l'obtenir, et de vous tesmoigner en toutes les autres occasions qui vous concerneront que personne n'est plus véritablement que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazaiïne, n° 1719, lom.'I, f" 22 verso.
A M. LE TELLIER
[Saint-Germain-en-Laye,] 25 février t6b'à.
Monsieur,
Je ne vous escrivis point l'autre jour par le sieur de Neufville, qui s'en alla chargé des despescbes de M. de Noyers, de peur de retarder son départ. Vous aurez veu par lesdites despescbes les resolutions qu'on a prises et les ordres qu'on a donnés pour le secours de Tortone. Gomme on fait passer le régiment de Praslin, qui est de trois cens maistres effectifs, la compagnie des gendarmes d'Esdiguières, deux autres levées de nouveau, l'une pour le régiment de Turenne et l'autre pour celui de Souvré; qu'on se promet bien des garnisons un corps assez considérable, M. de Maistre seul ayant promis de donner quatre cens mousquetaires de celle de Pignerol et en a donné l'ordre. Les sieurs de Montpesat et du Passage, à chacun desquels le Roy a octroyé, à mon instance, deux mille livres de pension, ayant pareillement promis de faire passer leurs recreuës au 1 oe du mois de mars, comme aussy M. de Senantes de faire passer cinq cens hommes de pied sur la délivrance
qu'on lui a accordée de cinquante mille livres que son frère pretendoit; Février i6i3 de sorte que ce petit renfort avec le régiment des galères, qu'on asseure estre de mille bons hommes effectifs, mettront bientost l'armée en estât d'agir et d'entreprendre. Mais je vous proteste que le Roy attend beaucoup de vos soins et de vostre diligence pour l'heureux succès du secours de Tortone, qu'il a maintenant plus à cœur que chose du monde, et que je ne manqueray de faire valoir auprès de Sa Majesté, selon leur prix et afin qu'ils reçoivent la reconnoissance qu'ils méritent.
Nous avons donné ordre à M. d'Amontot de faire entrer, à quelque prix que ce soit, quelqu'un dans le chasteau de Tortone, pour asseurer M. de Florinville1 qu'il sera indubitablement secouru, et pour donner courage à la garnison et l'obliger, sur cette asseurance, de se défendre jusqu'à l'extrémité comme le sujet le mérite. Il sera aussy à propos que vous taschiez de faire le mesme de vostre costé, et n'espargniez rien pour tenir averty le sieur de Florinville de l'infaillible secours qu'on luy prépare.
Je veux croire que l'argent que vous aurez fourny pour les recreuës de la cavallerie de Madame et de M. le prince Thomas aura produit quelque bon effet, et qu'on aura pu tirer des chevaux du Milanois mesme, ce qui de tout temps n'a pas esté impossible.
Si l'escadron de Savoye n'a point receu l'argent des recreuës pour les dix compagnies qui le composent, vous pouvez donner ordre pour le luy faire toucher à Lyon et prendre toutes les précautions possibles pour obliger les officiers à les faire promptement passer et à les mettre en estât de bien servir cette campagne et surtout en l'occasion présente.
Pour ce qui est de M. le marquis Ville, il ne doit point trouver estrange que le Roy ne veuille donner les recreuës à un plus grand nombre de compagnies de cavallerie de Madame que celuy de l'année passée, les affaires de Sa Majesté ne luy permettant pas, comme vous sçaurez bien le luy donner à entendre, de faire une plus grande despense, et elle est bien informée que dans ce nombre de quarante-
1 M. de Florinville, gouverneur de Tortone, s'étail retiré dans In citadelle, où il se défendit bravement jusqu'au mois de mai.
Févrien643. cinq seront comprises toutes celles qui sont capables de bien servir Madame et de faire acquérir de la réputation audit marquis.
Quant à ce qui regarde les commissions du Roy pour les vingt compagnies de M. le prince Thomas, M. de Chavigny en escrivant au long à M. d'Aiguebonne, je n'ay rien à vous respondre là-dessus, sinon que Sa Majesté croyoit faire une chose agréable au prince en luy laissant commander lesdites compagnies et honorant les capitaines de ses commissions; mais comme elle ne fait point de différence des troupes de M. de Savoye d'avec les siennes, elle ne trouvera point à dire que les capitaines prennent les commissions de ladite Altesse.
J'ay parlé au Roy de vous faire envoyer une somme d'argent pour préparer les choses nécessaires pour le secours de Tortone, en suite de quoy je ne doute point que vous ne retiriez, par le moyen de M. de Noyers, cent mille livres pour cet effet.
L'ordre qu'on a donné au régiment des Galères de passer par Testât de Gènes n'a esté que conditionnel et en cas qu'il fust à propos qu'il se jetast dans Tortone, et qu'il le pust faire passant par Testât de la Republique; mais comme on a remis cela à ce qui seroit concerté avec les ministres du Roy qui sont en Piémont, nous avons creu qu'il n'en pourroit point arriver d'inconvénient, et nous ne doutons point qu'à présent tous les ordres nécessaires n'ayent esté donnés pour le faire joindre à l'armée par le chemin le plus court et le plus commode.
J'ay esté fort aise d'apprendre le passage du lieutenant qui conduit les soixante et dix soldats que M. de Gouvonge m'envoye de Gazai. Je vous supplie de n'oublier rien de ce qui dépendra de vous pour assister toutes les autres personnes qui font des levées pour mon régiment, et de voir particulièrement M. le comte de Mursan, qui est auprès de M. le prince Maurice, et le prier de ma part de faire haster la levée de la compagnie que le Roy a donnée au comte Scavanpi pour lequel ledit comte de Mursan aura reçeu de M. d'Aiguebonne, à bon compte de ladite levée, deux mille livres; que si, outre cette somme, il désire encore jusqu'à cent cinquante pistoles, vous m'obligerez de les luy fournir, et je vous en tiendray compte, et de le presser, autant que
vous pourrez, pour faire passer les monts au plus tost à ladite compa- Février 16/13. gnie, quand mesme elle ne seroit point complète, auquel cas on pourroit laisser un officier de delà pour faire après passer le reste. 11 sera donc à propos que vous fassiez savoir audit comte Scavanpi que les soldats ne doivent passer en armes, et qu'arrivant au quartier il trouvera de l'argent pour en acheter de semblables à celles des autres soldats de mon régiment.
Je finis après vous avoir asseuré que je n'oublieray rien pour obtenir de Sa Majesté la grâce que vous desirez, et que je prendray mon temps pour luy en parler avec des termes dignes des services que vous luy rendez et de l'estime que je fais de vostre mérite; elle ne sçauroit estre plus grande ny moy plus véritablement, etc.
xxrvin.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV, f° 1 65 recto.
AL SIGNOR PRENCIPE MAURITIO DI SAVOIA
Di San-Gennano, il 25 febbraio 1662.
L'indispositione di Sua Maestà m' ha impedito fin ora di rappresentarli il desiderio di Vostra Alteza intorno il regimento délie Galère, ma corne speriamo che dimanicomincierà a levarsi di letto, cosi havro campo di servire l'Altezza Vostra, non dubitando punto che la Maestà Sua non sia per compiarcerla nel suddetto particolare. In ogni caso le