donnée an prince Thomas. (Vov. la lettre du
5 Le cardinal <le EUcbdiea était mort le i5 décembre 16/12 adressée i ce prince.
'1 décembre i64s. On l'avait enterré le i3, p, £-10 du présent volume.) dans l'église de la Sarbonne.
um INTRODUCTION.
Les Espagnols1; et parce qu'il n'est pas assez d'avoir remis latlicle place au prince Thomas, si l'on ne voit qu'elle soit effectivement en son pouvoir absolu (en quoi les princes d'Italie pourroient trouver à redire, voyant que la garnison qui y a esté eslablie est composée des troupes du Roy), il seroil, à mon ad vis, trcs-necessaire que ledict prince travaOlast tout aussytost pour lever un nombre suffisant de soldats dépendant de lui, qui, commandés par un bon gouverneur, en eussent le soin; et si, pour faire cette levée, il estoit nécessaire (fue vous fournissiez quelque petite somme d'argent audict prince, je crois que vous le debviez2 faire sans delay ; mais en escrivant un mot à M. de Noyers et en m'en donnant advis, vous en seriez sans doute remboursé.
Le principal subjet du retour du sieur Talon en Piedmont n'est que pour dire, de la part du Roy, à MM. de Longueville 3 et au prince Thomas, d'assembler les principaux chefs de l'armée pour examiner et résoudre tout ce qu'il se pourra faire pour le plus grand service du Roy dans la campagne prochaine touchant les recrues, Sa Majesté désirant avec passion qu'on y do/ine tel ordre, qu'on ne tombe plus dans les insoumissions que nous avons vu arriver dans le passé.
J'av asseuré Sa Majesté que vous y travailleriez de vostre costé tous les jours, et qu'il ne tiendra pas à vous que les officiers ne fassent leur devoir, de façon que M. le duc de Longueville, ayant grand interest que le nombre des troupes du Roy soit bien rempli en effectif dans la campagne prochaine, j'ay grande espérance que Sa Majesté aura grande satisfaction sur ce subjet.
Si M. de Noyers s'en sera souvenu , il vous aura escrit que l'on tire raison des officiers qui, ayant tiré l'argent du Roy pour faire passer un tel nombre de soldats en Italie . ils ne s'en sont acquittés. Ce sera donc à vous de mesnager qu'ils y satisferont l'année prochaine; et je vous asseure que le Roy vous saura bon gré si vous pouvez faire quelque chose.
Je vous remercie tres-affectueusement des papiers que vous m'avez envoyés, et vous prie de m'escrire de temps en temps amplement et confidemraent tout
' Mazarin montre assez clairement dans du présent volume) que la langue française
cette phrase le but de toute sa politique lui était encore peu familière. avec les princes italiens. s Henri d'Orléans, duc de Longueville.
' Celte lettre, écrite par Mazarin en fran- eut pendant quelque temps le commanderais, atteste (ce qu'il axone lui-même p. 720 ment des troupes françaises en Italie.
INTRODUCTION. lxm
ce que l'on peut faire de là ' pour le plus grand service du Roy. tant louchant les garnisons des places que pour toutes autres choses.
Ayant prié M. le prince Thomas de me faire lever une compagnie de soldats italiens pour mettre en mon régiment, [au] cas qu'il vous fasse instance de quelque argent, je vous prie de faire tenir2 à Colas qu'il vous ordonne ce qui sera nécessaire, à proportion de ce que je vous ai escrit c\ -devant. Vous ferez, s'il vous plaist, le mesme à MM. de Couvonges et Sauvebeuf3, auxquels j'ai escrit aussy de me lever quelques hommes de l'argent que vous leur délivrerez. Je vous prie d'en faire un petit compte à part avec ce que vous aurez fourny cy-devant pour moy, afin que j'y satisfasse, dès que vous aurez pris la peine de me l'escrire. Touchant l'argent que vous avez retenu pour la perte que l'on a faite en changeant à Lyon la monnoie en or léger ou pesant, je ne trouve en aucune façon à propos que le Roy en souffre la perle. Partant, je vous prie faire en sorte de me mettre à couvert pour quelque façon, ne doutant point que vous trouverez des moyens pour cela, et je vous prie de me donner advis, par la première occasion, de ce que vous résoudrez làdessus.
Je vous prie encore de nouveau de protéger la levée des Italiens, dont j'ay prié lesdits sieurs cy-dessus et ledit sieur Talon, qui m'a promis de în'v assister. Je feray continuellement mes instances au Roy pour qu'il se serve de ma personne ailleurs qu'icy '; mais, dans le temps que je demeureray, asseurez-vous que je vous serviray avec sincérité et courage. Ce pendant je demeure, etc.
Saint-Germain-en-Laye.
En rapprochant celle lettre de celles que Mazarin adresse vers la même époque aux princes Maurice et Thomas de Savoie5, on voit quil tenait surtout à s'assurer un parti puissant en Italie. Ces!
' (, esl-à-dire dam lr pays ou voue êtes, * Les lettres de Mazarin écrites vers cette
dans l'Italie. époque sont remplies de protestations plus
3 La phrase est peu correcte, mais elle ou moins sincères de son désir de quitter la
s'entend. France.
\<>\ sur le marqnb de Saavebeuf, la 5 Lettres du 1 3 et du 1 5 décembre 16 As.
table alphabétique à la tin du présent vo- p. j-q du présent volume. Yoy. aussi p. 101-
lllllie.
1 o.'5, >o5, \~jti. etc.
iami INTRODUCTION.
encore clans la même pensée que, le 21 janvier i6/i3, il écrivail à Michel LeTellier1 :
A Paris, ce 21 janvier i663.
Monsieur,
J'ai receu vostre depesche du 1" de cette année, avec Testât des despenses qu'il faut faire pour les recrues de l'armée d'Italie; mais comme j'avois desjà veii tous les papiers que vous aviez envoyés à M. de Noyers, je n'avois pas attendu jusqu'à la réception de ladite vostre à me prévaloir de cette occasion pour faire connoistre de plus en. plus à Sa Majesté le zèle , intelligence et affection avec lesquels vous servez; et je vous prie de vous asseurer que je m'employerai avec joye en toutes les rencontres qui se présenteront pour vostre service. Sur quoy j'ay desjà fort entretenu M. le duc de Longueville et M. du Plessis, et, ayant appris du premier la grâce que vous souhaiteriez de Sa Majesté, je n'obmeltray rien de tout ce qui pourra despendre de moy pour vous la faire obtenir.
Je ne vous escris rien sur ce qui regarde Tortone2, les recrues et les autres interests de l'armée, d'autant que je ne pourrois que vous reppliquer les mesmes choses que vous a escrites M. de Noyers, avec lequel j'ay fait la depesche sur ce subjet et laquelle a esté approuvée de Sa Majesté. Je vous dirav seulement qu'il est nécessaire que vous employiez vostre adresse et diligence ordinaire, afin que les commandements du Roy soient exécutés en telle sorte que rien ne soit obmis de ce qui regardera son service.
Suivant le conseil que vous avez donné , on a commencé à traicter avec le sieur de La Croix, qui commande le régiment de Normandie, et ensuite on traictera avec les autres mestres de camp3 qui sont icy. Je vous diray qu'il est nécessaire que l'argent que vous recevrez pour le ravitaillement de Tortone et pour une partie des recrues de la cavalerie soyt employé promptement et en façon que, pour le moins, les cavaliers démontés se puissent mettre en estât de servir cette campagne prochaine, à quoi l'on croit que l'ouverture des passages d'Italie donnera grande facilité, puisque, quand ils ont esté fermés,
1 L'original autographe de cette lettre 2 Cette ville avait été' prise par l'armée
se trouve à la Bibliothèque nationale, mss. franco-italienne, le 26 novembre i6/i->. pap. Le Teliier, a" 6tf8o. t. I. fol. a36. 3 Ce litre répondait à celui de colonel.
INTRODUCTION lxxiii
M. le marquis Ville ' n'a pas laissé de faire venir quantité de chevaux par divers endroits. Il faudra aussy que ledict argent serve pour mettre du bled dans ladicte place de Tortone, espérant que cela ne sera fort difficile, puisqu'il y a apparence que les mesmes Milanais, conviés par le gain qu'ils pourront faire, se hasarderont d'y en porter, comme ils ont fait autresfois à Casai.
Je vous enverray à la première occasion un chiffre , et ce pendant , si vous avez besoin d'en user, vous pourrez vous servir du mesme que vous avez donné à M. le duc de Longueville.
Vous sçaurez qu'il a plu au Roy d'accorder à ma prière un mestre de camp espagnol et un capitaine de cavalerie de ceux qui sont prisonniers, pour retirer, par ce moyen, M. le colonel Marsin2 et M. de Bussy-Lameth 3, et ainsy ce sera maintenant à vous à procurer que cela soit effectué, faisant connoistre auxdicls sieurs comme je me suis souvenu de leurs services en ce rencontre.
Je vous diray en confidence (et ne le ferez, s'il vous plaist, sçavoir à personne, hors M. d'Aiguebonne) que l'on a donné tous les ordres nécessaires pour faire passer promptement en Italie le régiment des galères, en nombre de douze cents hommes , et, pour cet eflect , M. de Tavannes . qui les commande . est desjà parti d'icy et attendra à Antibes. où ledict régiment est, ce que lui escrira M. d'Amontot, qui a ordre de faire instance à la republique [de Gènes] pour le passage d'iceluy régiment , ayant esté jugé plus à propos de l'envoyer par mer, afin que les soldats ne se desbandent et qu'ils arrivent avec plus de commodité et de diligence.
Ledict sieur d'Amontot aura soin de donner part à M. d'Aiguebonne de ce qu'il obtiendra de ladicte republique, afin que tout se puisse concerter en sorte que le passage dudict régiment se puisse faire avec seureté. Je vous donne advis que ledict régiment porte avec luy une monstre '. et de plus vous recevrez auss\tost le fonds pour payer ledict régiment de la façon qu'il l'estoit en Provence, afin qu'il se conserve mieux. Vous aurez agréable de communiquer ce que dessus audict sieur d'Aiguebonne. m 'estant oublié de luy en escrire.
Voii^ verrez, par la depesche de M. de Noyers, comme Sa Majesté desiroit envoyer les commissions pour les vingt compagnies d'Italiens qui servenl au
Ce personnage étail maréchal de camp ' n est question d'un Bussy-Lameth dans
des années du Roi et général de cavalerie du la correspondance de Mm" de Sévigné, à
due de Savoie. l'année 1678. Voy. lettres du 18 et du
* Voy. la table alphabétique à la fin du fj septembre. Volume. * Argent pour la solde des troupes.
lkii INTRODUCTION.
lieu où vous estes, sou6 M. le prime Thomas, lequel, j a grande apparence, sera satisfait de ce qu'il plais! à Sa Majesté, puisqu'il e.sl dicl par le traicté <jue la cavalerie de MM. les Princes passera dans les troupes du Hov ou de Madame '. ainsi (jue Sa Majesté trouveroit plus à propos; mais, en tout cas, vous concerterez, s'il vous jjlaist , cette affaire avec ledict sieur d'Aiguobonne, afin qu'elle se lasse avec satisfaction dudict prince Thomas, auquel, entre autres taisons, on pourra dire qu'il aura, comme auparavant, la mesme cavalerie, et l'on ostera la jalousie que Madame pourrait avoir de voir ledict prince avec un nombre considérable de troupes, qui n'ont autre commission que de luy.
Je vous prie Ires-affcctueusement de songer à assister la levée de mes Italiens et de faire souvenir M. Talon de ce qu'il m'a promis sur ce subjet. Vous m'obligerez aussv de vous entendre avec M. de Couvonges, qui me vient d'escrire d'avoir fait2 un gentilhomme montferrin 3 lieutenant, lequel m'amène un bon nombre de soldats italiens, et vous prie de donner toutes les adressée et assistances nécessaires pour deux compagnies que deux personnes de qualité lèveront du costé de Gènes, avec espérance de les pouvoir faire passer par Tortone. Sur quoy vous recevrez lettres de M. d'Amontot. à qui j'a\ escrit de concerter le tout avec vous. Je vous recommande de tout mon cœur cette affaire, le Roy ayant un désir particulier de voir mon régiment en bon estât, Ce pendant je demeure,
Monsieur.
Vostre tres-affectionné à vous faire service,
Le Cardinal MAZAR1NI.
Les recommandations de maintenir l'union entre Madame rovale, régente de Savoie, el ses beaux-frères, reviennent trèssouvent dans les lettres que le cardinal adresse à M. de Grémonville, qui remplaça Michel Le Tellier comme intendant de l 'armée d'Italie; à MM. d'Aiguebonne, de Ghoiseul-Praslin . et à
' On désignait sous ce nom Christine de ' De la province dp Vîontferrat, dont
France, régente de Savoie. Casai était la capitale.
s C'est-à-dire qu'il a fait lieutenant, etc.
INTRODUCTION iaw
Turenne, qui conduisit, en juin i6/t3, un corps d'armée en lialie. Mazarin réussit, suivant son désir, à maintenir la concorde dans la maison de Savoie et à conserver à la France des alliés avides, sans rien sacrifier des droits de la couronne •. Si les Espagnols reprirent Tortone, l'armée française, commandée par le prince Thomas de Savoie, compensa cette perte par la prise de Villeneuve d'Asti, de Trino et de Santya.
Au centre de lltalie, Mazarin trouvait une guerre engagée entre le pape Urbain Mil (Maffeo Barberini) et les ducs de Parme, de Mantoue, de Modène et de Toscane, soutenus par la république de-Venise. Le but de la ligue formée par les princes italiens étail de contraindre Urbain VIII à rendre au duc de Parme les duchés de Castro et de Ronciglione. Le Pape, pour s'indemniser d'une somme que lui devait depuis longtemps Odoard Farnèse, duc de Parme, avait mis la main sur cette partie de ses Etats. Mazarin s'efforça de terminer les discordes intestines de l'Italie et d'attirer
les puissances belligérantes dans le parti de la France. Pour \ parvenir, il confirma la mission que Richelieu avait donnée à Hugues de Lyonne2. Ce jeune diplomate, qui est devenu un des plus grands ministres de la France, n'avait alors que trentedeux ans. Neveu d Abel Servien, il avait été introduit par son oncle près de Mazarin, qui, avec son habile discernement des hommes, avait promptemenl apprécié ce génie souple el puissant, qui devait, pendant trente ans, suffire à un travail immense et à une vie de plaisirs. Devenu secrétaire intime de Mazarin, chargé par lui de terminer la guerre de Castro et de rattacher au parti de la France Modène. Parme. Venise, <■! de balancer à Rome Pin-
Lftlres de Matttrm, 1. 1, p. 'i •>.">- 'i > y trurtion donnée à de Lyonne avait été
1 Voy. (. \I dos Lettres de Richelieu, rédigée par Mazarin . irtrèa an fait de la
p. 891089s. \I. Avenei (ibid. p. B99 ) dit, contestation et à qui de Lyonne était at-
avec beaucoup de vraisemblance, que lins- taché. 1