‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 55 sur 335 · LIEUTENANT GENERAL DE L'ARMÉE DO ROY EN PICARDIE · texte numérisé non relu

LIEUTENANT GENERAL DE L'ARMÉE DO ROY EN PICARDIE

[Saint-Germain-en-Laye,] 6 avril i643.

Je croy que vous n'aurez point peine de croire que je n'aye receu une grande joye de l'honneur que le Roy vous a fait de vous nommer à la charge de mareschal de France; mais j'ose vous dire que, en cette occasion , rien ne m'a plus sensiblement touché que le soin que Sa Majesté a eu, en Testât où elle se trouve, de laisser à vos longs et fidèles services cette glorieuse marque d'estime. Je ne doute point que vous ne soyez de mon sentiment et qu'une si belle circonstance n'augmente en vostre ame le mérite de ce bienfait. Je ne vous en dirav point davantage ny ne vous exciteray par là à fortiffier le zèle que vous avez tousjours eu de bien servir Sa Majesté. Je sçay que vous n'en avez pas besoin; je me contenteray seulement de vous asseuier qu'il est impossible que personne prenne plus de part que moy en ce qui vous touche, ny soit plus véritablement, etc.

1 François de L'Hôpital . sieur Du Hallier. vous y prendrez, puisque le Roy a ordonne

Il prit, après sa promotion au rang de ma- qu'il receust cet honneur par vos mains; il

réchal, le titre de maréchal de L'Hôpital. ne se peut que cette commission ne vous

Ce fut le duc d'Enghien qui lui remit les in- soit fort agréable, et que vous ne regardiez

signes de la dignité de maréchal de France. avec plaisir rescompenser le mérite d'un

A cette occasion Mazarin écrivait à ce prince. homme qui a l'honneur de servir smis vous.

let'i avril i643(li. M. n° 1719, t. I.f°34 v°) : Voua De douterez point de ce que je vous

-Monsieur, celle-cy est pour vous tesmoi- dis, si vous vous souvenez des asseurances

gner la part que je prens en la promotion que je vous ay données d'entrer dans tous

de M. Du Hallier à la charge de mareschal vos interests el d'estre avec une parfaite ei

de France, à cause de ceBe que je sçai que inviolable passion, n etc.

\uil hi'c;

Avril iG'i.'î.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, D° 1719, tom. I, P 33 verso.

A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT

[Saint-Germain-en-Laye,] 9 avril i643.

Monsieur,

Vous apprendrez au long, par les despesches de M. de Noyers, les soins qu'on prend icy et les ordres qu'on y donne pour la subsistance de vostre armée, et pour la mettre en estât d'agir puissamment. A cela vous ne devez point douter que je n'apporte tout ce qui despend de moy, et que je n'aye représenté comme j'ay deu à Sa Majesté l'importance des affaires d'Allemagne. Mais je vous conjure, au nom de Dieu, de contribuer tout ce qui vous sera possible pour soulager le Roy du pesant faix qu'il a sur les bras, et de considérer la despense qu'il est obligé de soustenir en tant d'endroits, presque au delà de ses forces. Ne prenez pas ce que je vous dis pour une marque de refroidissement qu'on ayt pour les cboses d'Allemagne, qu'on est tousjours en la mesme volonté d'appuyer, mais seulement afïin que vous taschiez de nous donner le plus de troupes que vous pourrez pour pourvoir à ce qui y sera nécessaire. Car, au reste, je vous puis asseurer, comme je vous ay desjà plusieurs fois escrit, qu'on n'a rien de deçà tant à cœur, ny pour quoy on veuille faire tant d'efforts. Nous nous promettons que les progrès que vous ferez en pays ennemy donneront encore moyen à l'armée de se maintenir commodément, particulièrement si elle se pouvoit rendre capable d'un peu plus de règle qu'elle n'a accoustumé d'observer, ce qui, à mon avis, vous fait beaucoup de peine, et ce que nous considérons bien fort parmy les services que vous rendrez à Sa Majesté, que je porteray tousjours de tout mon pouvoir à les reconnoistre selon leur mérite, puisque je suis passionnément et plus que personne, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 34 verso.

A M. LE MARESCHAL DE GUICHE

| Sainl-Germain-en-Laye,J 10 avril i6h'à.

J'avois prévenu vostre prière par les offices que j'avois faits pour pourvoir à l'accident qui est arrivé du costé de Bayonne, où l'on a envoyé de l'argent pour cet effet. Quelque diligence que fassent les ennemis pour se mettre en campagne, ils ne nous surprendront point, et je seray bien ayse que ce soit bientost, affin d'avoir plus tost le contentement de vous revoir auprès du Roy, dont la santé, qui a receu quelque petite altération, se restablit tous les jours, et, grâces à Dieu, il n'y à rien à craindre de ce costé-là. L'alarme qu'on vous a donnée des corps qu'on devoit tirer de l'armée de Sa Majesté est sans doute fausse, pour le moins il n'en est rien venu à ma connoissance, non plus de ce que vous m'escrivez de vostre régiment de cavalerie. Que si neantmoins la proposition s'en faisoit au Conseil, je tascheray d'en divertir l'effet par les considérations que vous me mandez du danger qu'il y a que ce régiment ne se dissipe, s'il sert avec quelque autre qu'avec vous; en un mot, partout où il s'agira de vos interests, soyez asseuré que je les appuieray de tout mon pouvoir, et que je ne sçaurois avoir rien plus à cœur que ce qui vous touche.

Pour ce qui est du voyage d'Allemagne, il est certain que j'avois désiré avec passion de le faire1, et que, s'il eust absolument despendu de moy, je l'aurois fait, et ne me fusse point privé de la satisfaction d'avoir travaillé à une œuvre si glorieuse et si méritoire que la paix de la Ghrestienté; mais puisque le Roy en a autrement ordonné, j'ay esté bien ayse que M. de Chavigny2 ayt pris ma place, et pour le bien

Il avait été question d'envoyer Mazarin rendre à Munster; mais 3 n'y alla pas. Le

négocier la paix à Munster. traité fut négocié par Claude de Mesnie.

Chavigny fut, en effet, désigné pour se comte d'Avaux, et par Abel Scrvien.

Avril 16/1 3.

\vni i643. de cette Couronne , dont les interests ne pouvoient estre en de meilleures e1 ])lus habiles mains, et pour sa propre réputation, qui recevra un grand esclat d'un emplo\ si haut et si noble. C'est ce que j'avois à vous dire pour response à vos deux dernières lettres, après vous avoir protesté que personne ne sera jamais plus que moy, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. 1, f" 34 verso.

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