‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 81 sur 335 · A M. LE MARESCHAL HORN · texte numérisé non relu

A M. LE MARESCHAL HORN

| Paris, ] 27 juin 1 Gi3.

Monsieur,

Je chéris trop l'honneur que vous m'avez fait de me promettre vos bonnes grâces, pour laisser perdre les occasions de vous en raffraischir la mémoire. Cela m'a obligé d'accompagner la lettre que j'escris à la Reyne d'une que j'escris à Vostre Excellence. Je luy rends quelque compte de Testât de cette Cour et de la face du nouveau règne, de quoy je vous supplie de luy vouloir confirmer les asseurances que je luy en donne. Elles ne sçauroient estre plus certaines, comme vous le pourrez juger par ce qui est arrivé depuis la mort du Roy, et par le progrez de nos armes, qui n'ont jamais agi avec tant de vigeur ny avec plus de bonne fortune; mais surtout qui ne sont jamais allées plus droit au bien de la confédération, comme le siège de Thionville, la marche du mareschal de Guebriant avec les plus belles forces qu'il ayt encore commandées1 en sont une preuve infaillible. J'espère que le temps apportera de plus grandes lumières à cette vérité, et que les resolutions qu'on a prises icy pour ce sujet paroistront assez des effets si esclatans, qu'il ne restera point lieu d'en douter. Je conjure derechef Vostre Excellence d'en asseurer la Reyne et messieurs les Régens, et de croire, en son particulier, qu'il est impossible que personne l'honore plus parfaitement que moy, ny soit avec une plus forte passion, etc.

' On voit, par un passage d'une lettre de la Suède se plaignait de l'inexécution de

(irotius, cité plus haut (p. 1 57, note 1), cette promesse. En réalité, le maréchal de

que l'on promettait à la Suède que le ma- Guéhriant ne fut en état de prendre l'oflen-

réchal de Guéhriant devait entrer en cam- sive que dans les derniers mois de l'année

pagne avec une nombreuse armée, et que 1 663 , comme on le verra plus loin.

Juin i6-'i3.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, i'° 62 recto.

A M. LE MARESCHAL DE LA MOTHE-HOUDANCOURT

[Paris, | 28 juin i663.

Monsieur,

Vous pouvez croire que nous n'avons pas eu icy peu de desplaisir du manquement des promesses de Montauron, sur lesquelles nous avions fait un fondement asseuré pour le payement de vostre armée. Vous le jugerez par le soin qu'on prend de le reparer, et par l'envoj de trente mille pistoles qu'on vous porte en poste. Nous continuerons à donner ordre affin que vous ne manquiez point de ce qui vous sera nécessaire pour faire agir de si belles forces que celles cpie vous commandez. Pour moy, je ne puis rien ajouster à la protestation que je vous ay si souvent faite de porter vos interests à l'csgal des miens propres et d'estre tousjours plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, toni. 1, f° (is recto.

A M. LE VICOMTE DE TURENNE

| Paris,] 28 juin ifi/i3.

Monsieur,

Je croirois faire une chose superflue de vous donner de nouvelles asseurances de la part que je prends en ce qui vous touche. Je pense que vous en estes persuadé et, par conséquent, que vous ne douterez point que je n'y apporte tout ce qui despendra de moy affin que vous ne manquiez point de ce qui sera nécessaire pour bien agir. Je suis pourtant obligé de vous dire que l'augmentation du corps que vous

i663. commandez est maintenant impossible, et que vous devez considérer |u'il sera plus fort en infanterie que l'autre armée, Lien que le nombre les regimens ne soit pas si grand. Cela neantmoins suffira pour faire quelque chose de considérable. Pour cet effet, je vous conjure d'entretenir tousjours la bonne intelligence qui devra estre entre vous et M. Du Plessis-Praslin, et de passer par-dessus les petites matières de division qui pourroient naistre, puisque le service du Roy le requiert ainsy, et que l'employ que vous avez maintenant ne sera pas de durée, la Reyne ayant pour vous des pensées plus hautes. On a envoyé huit cent mille livres en Italie, qui donneront moyen à l'armée de s'appliquer à quelque entreprise importante. Je le désire, non-seulement poulie bien des affaires, mais encore pour l'interest de vostre réputation, qui ne m'est pas moins chère que ma propre gloire. Croyez que je suis avec plus de passion que personne du monde, etc.

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