A M. LE PRINCE THOMAS
[Paris,] 2 juillet i6-'i3.
Monsieur,
Attendant d'escrire à Vostre Altesse par M. le marquis de Palavicini, que j'ay présenté à la Reyne pour luy faire de vostre part l'office de condoléance que vous luy aviez ordonné, je n'ay point voulu laisser partir ce courrier sans vous dire par avance que Sa Majesté a commandé de fort bonne grâce qu'on expediast les provisions du commandement de l'armée d'Italie, que je luy ay demandées en faveur de Vostre Altesse. Je ne vous parleray point de l'opinion qu'elle a des progrez que fairont de si belles forces que celles qui sont delà des monts entre les mains d'un si grand capitaine que celuy dont elles doivent estre commandées. Elle croit certes qu'ils seront très-considerables, et que la prospérité qui accompagne partout ailleurs les armes du Roy et celles de ses alliez se fera encore plus hautement remarquer en Italie, sous une conduite si sage et si courageuse que celle de Vostre Altesse. En effet, il ne s'est point veu jusques icy de conjoncture plus favorable à la bonne cause, ny de commencement de campagne qui promette de plus grand succez.
La circonvallation de Thionville s'en va estre achevée, et la garnison y esl fort foible. Le mareschal de Guebriant marche vers le lac de Constance et menace la Bavière. Torstenson est passé, à la face de Gallas, de la Bavière dans la Moravie, et prend sa route vers l'Austriche. M. le prince d'Orange semble avoir dessein sur Hulst, et le mareschal de La Molhe doit entrer dans l'Arragon avec une puissante armée.
Au reste, Monsieur, je conjure Vostre Altesse de passer, avec sa magnanimité accoustumée, sur mille petits incidens, qui peuvent survenir, qui, n'estant rien en eux-mesmes. pourroient neantmoins
Juillet i6û3. retarder le cours des affaires et le progrez mesme de vostre propre réputation; asseurant à Vostre Altesse que jamais sa personne et son mérite n'ont esté icy en plus haute considération qu'ils sont auprès de la Reyne; et, pour mon particulier, elle me fera l'honneur de croire que rien au monde ne m'est plus cher que ses interests, et que je n'ay point de plus forte passion que de luy faire voir par mes services que personne du monde n'est plus que moy, etc.
GXXXVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, î° 65 verso.
A M. D'AIGUEBOINNE.
[Paris.] 2 juillet i643.
Monsieur,
Vous estes trop judicieux pour n'avoir pas condamné le sujet du voyage qu'a fait icy M. d'Amboise. Cela certes est de mauvais exemple, et ceux qui en sont les auteurs se sont bien fort esloignez de ce qui estoit deu à la régence de la Reyne. J'espère qu'ils reviendront à leur devoir, et qu'ils repareront le passé par leur conduite de l'avenir. Ce pendant je vous conjure de contribuer tout ce qui deppendra de vous pour maintenir la bonne intelligence qui doit estre entre les chefs et les autres officiers de l'armée. Vous sçavez assez quelle en est la conséquence, et combien la desunion est pernicieuse à toute sorte d'entreprises. Ce seroit certes une chose bien malheureuse que la plus belle armée que le Roy ayt encore eue delà des monts, et dans la plus grande foiblesse où les Espagnols ayent esté jusques icy dans l'Estat de Milan, ne fist point les progrez qu'elle est capable de faire, pendant que les autres armées de Sa Majesté et celles de ses alliez agissent, partout ailleurs, avec réputation et bonheur. On a envoyé à M. le prince Thomas la commission pour commander l'armée. Vous ne vous lasserez point de travailler tousjours à affermir l'union de Ma-
dame Royale et de ce prince, et à remettre ce qu'il y auroit de mal- Juillet i643. entendu; estant certain que vous ne sçauriez rien faire qui soit plus agréable à la Reyne, ny plus utile aux affaires. Croyez que personne n'est plus que moy, etc.