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A M. DE CREMILLE
De Carillon, le 29 octobre 1758.
Permettez-moi de vous recommander le sieur de la Rochette et de vous supplier de lui accorder vos bontés et votre protection auprès de M. de Massiac et de Messieurs les trésoriers généraux, pour les déterminer à revenir au choix qu’ils en avoient fait pour trésorier du Canada et qu’ils ont ensuite retracté en faveur du sujet qu’ils se proposent d'envoyer et qui n’est point encore arrivé. Si le sieur de la Rochette ne vous étoit pas connu, je vous répondrois de sa probité et de ses talents pour remplir cette place.
S'il se trouve des difficultés pour qu’il ne puisse l’obtenir, je suis persuadé que M. le marquis de Montcalm et M. Doreil vous solliciteront pour lui accorder la commission de commissaire des guerres. Agréez que je me joigne d’avance à eux pour vous demander cette grâce. Je serois bien flatté, etc.
(Semblable lettre à M. de Massiac.)
À M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
De Carillon, le 30 octobre 1758,
Permettez-moi d’avoir l'honneur de vous recommander le sieur de Beauclair, capitaine au régiment de la Sarre, et de me joindre à M. le marquis de Montcalm pour vous supplier de lui accorder la grâce qu’il vous demande, qui est de lui rendre reversible une pension de trois cents livres que M. le chevalier de Beauclair, son oncle, avoit, dont il a appris la mort cette année. Il étoit maréchal-des-logis de la première compagnie des mousquetaires. J’ose vous assurer que le sieur de Beauclair mérite votre protection ; il n’a pour fortune qu'une légitime d'Auvergne ; c’est un officier de distinction ; il a été blessé considérablement à la tête à notre affaire du 8 juillet et sa blessure n’est point encore fermée. A mon particulier je serois bien flatté, etc.
AU ROI DE POLOGNE De Carillon, le 30 octobre 1758.
Sire,
Je supplie Votre Majesté de me permettre de profiter du départ du dernier vaisseau qui va partir cette
année de Québec pour France, pour me rappeler dans son souvenir et lui demander la continuation de ses bontés.
J'ai exécuté les ordres de Votre Majesté dans le compte que je lui ai rendu des différents événements qui sont arrivés dans les armées de ce Nouveau Monde.
Dans notre partie du Canada, nous avons été assez heureux pour soutenir l’honneur et la gloire des armes du Roi votre gendre. Nous espérons qu’il lui plaira de nous envoyer l’année prochaine des secours suffisants pour résister aux forces des Anglois, qui sont très considérables.
La paix est bien à désirer pour ce pays, à cause des difficultés de nous y faire passer les choses nécessaires. Mais elle l’est bien plus pour moi qui n’ai rien de plus à cœur que de me rapprocher de Votre Majesté. En attendant que je puisse avoir ce bonheur, je ne cesse de faire des vœux pour sa conservation.
A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
De Montréal, le 15 avril 1759.
Par la dernière lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire, le 11 du mois de novembre dernier, il y avoit
lieu d'espérer que M. de Ligneris, capitaine des troupes de la Marine, auroit pû se maintenir au fort Duquesne. La saison, qui étoit déjà fort avancée, faisoit croire que les ennemis ne continueroient pas leurs opérations dans cette partie, ce qui seroit arrivé, si l’on n’avoit pas ét6 obligé, faute de vivres, de renvoyer les troupes et les sauvages qui étoient rassemblés sous cette place et de réduire la garnison à trois cents hommes. Le généra! Forbets, qui en fut informé par nos déserteurs et par ses sauvages affidés, poursuivit son expédition. M. de Ligneris, qui fut instruit de sa marche, prit la résolution d’évacuer et de faire saute, le fort Duquesne et de se retirer au fort Machault, situé sur la Belle-Rivière, à quarante lieues au-dessus du fort Duquesne. Le général Forbets fit construire un fort de pieux à peu de distance où étoit situé le fort Duquesne, où il laissa une garnison de trois cents hommes et se retira avec son armée par la même route qu'il étoit venu. Il laissa aussi quatre cents hommes de garnison au fort de Royal-Hernont (?) qu’il avoit fait construire à dix-huit lieues du fort Duquesne, endeça des montagnes des Apalaches, sur le haut de la Rivière d’Atigué, d’où il repassa les montagnes et ramena son armée dans la Pensylvanie.
Cette expédition a terminé la campagne dernière. Les sauvages de la Belle Rivière se sont retirés dans l’intérieur des ter’es et paroïssent toujours bien intentionnés pour nous ; mais il y a lieu de croire que, si les Anglois reviennent cette année avec les mêmes
forces dans cette partie, les sauvages ne nous abandonnent. Ils font ce qu'ils peuvent par leurs présents pour les engager à prendre leur parti, ou du moins à rester neutres ; s'ils peuvent y réussir, nous ne tarderons pas à être obligés d'abandonner la Belle Rivière et à nous replier jusqu’au lac Erié.
Les ennemis nous menacent, cette année, dans toutes les parties. Ils ont de grandes forces et de grands moyens ; nous en avons peu. La campagne sera critique.
MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm nous informent par leurs chiffres de nos projets pour soutenir contre les entreprises des Anglois. Il faut espérer que nous serons aussi heureux que la campagne dernière.
J'ai le même zèle pour exécuter les opérations dont je serai chargé ; je continuerai à faire de mon mieux pour mériter les grâces du Roi et vos mêmes bontés à faire valoir mes services auprès de Sa Majesté.
(Semblable lettre à M. de Massiac.)
A M. DE CREMIIIE
De Montréal, le 15 avril 17659.
Je profite du départ du premier navire qui part cette année pour France, pour avoir l'honneur de me rappeler à votre souvenir et vous demander la continuation de vos mêmes bontés. M. le marquis de Montcalm vous rend compte de nos projets et de nos opérations pour résister aux grandes forces et aux grands moyens des Anglois, et combien les nôtres sont peu considérables.
Les ennemis nous menacent de nous attaquer dans toutes les parties ; il faut espérer qu’il nous arrivera quelque heureux succès, pareil à celui de la campagne dernière. J’ai le même zèle pour exécuter les commissions dont je serai chargé, etc.
AU ROI DE POLOGNE À De Montréal, le 16 avril 1759.
Sire,
J’attendrai avec la plus grande impatience le départ de nos vaisseaux de Québec, pour pouvoir profiter de
la permission que Votre Majesté m'a fait la grâce de me donner de me rappeler à son souvenir. Je la supplie de vouloir bien m'’accorder ses mêmes bontés. Je m'estimerois bien heureux si les services que je puis rendre au Roi votre gendre, dans ce Nouveau-Monde, me fournissoient des occasions de m’en rendre digne.
J’envoye à Votre Majesté le précis des nouvelles de ce continent. Je ne sais pas encore dans quelle partie je serai employé ; cela dépendra des premiers mouvements des ennemis. Si la paix ne vient à notre secours, nous n’avons qu'à espérer que de quelques succès pareils à celui de l’année dernière.
Quoique bien éloigné de Votre Majesté, je ne cesse de faire des vœux pour sa conservation et pour que les circonstances puissent m’en rapprocher et me mettre à portée de lui donner de continuelles marques du profond respect, etc.
A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
Le 17 mai 1759.
J’ai reçu par M. de Bougainville la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 19 février. C’est aux témoignages que vous avez eu la bonté de rendre au Roi de mes services que je dois la grâce qu’il lui a
plu m’accorder ; je ferai de mon mieux pour mériter que vous me conserviez vos bontés et votre protection.
Je vous supplie d'assurer Sa Majesté que je ferai tous mes efforts pour me rendre digne des nouvelles grâces qu’il lui plaira de m’accorder.
Quoiqu'il paroisse que nous allons être vivement attaqués, je ne crains pas que les ennemis puissent nous réduire dans une seule campagne. Nous devons tout attendre de la valeur des troupes, de la bonne volonté des Canadiens et de la bonne disposition où les sauvages sont à notre égard. Je vis dans la meilleure intelligence avec MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm, ils font l’un et l’autre cas de mes avis, je pense qu’il faudra nous défendre pied à pied, et nous battre jusqu’à extinction. Il sera encore, s’il le faut, plus avantageux pour le service du Roi que nous périssions les armes à la main que de souffrir une capitulation aussi honteuse que celle de l’Ile Royale. M. le marquis de Montcalm vous rend un compte exact du besoin de nos troupes et de ceux de la colonie.
Toutes les troupes ainsi que moi sommes comblés des grâces que vous nous avez procurées, et rien ne peut égaler notre reconnoissance.