‹ Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760) [microforme]Chapitre 33 sur 95 · LETTRES DU UHEVALIER DE LÉVIS · texte numérisé non relu

LETTRES DU UHEVALIER DE LÉVIS

camp pour border les retranchements entre les deux redoutes. Comme je destinois les cent hommes du gouvernement des Trois-Rivières pour marcher vers M. de Repentigny, je donnai ordre que l’on les fitrester sur legrand chemin, à la hauteur du camp du gouvernement de Montréal, pour pouvoir se porter où besoin seroit, et je laissai ordre aussi que l’on y arrétât toutes les troupes qui viendroient du centre pour soutenir la gauche. Après que j’eus fini tous ces arrangements, je fus rejoindre les troupes qui bordoient les retranchements et je me plaçai entre les deux redoutes d’où j'étois à portée d’observer tous les mouvements des ennemis. Leurs berges continuèrent à faire différents mouvements pour nous donner de l’inquiétude dans différentes parties. À quatre heures et demie, je fus informé par M. Duprat que la colonne des ennemis rétrogradoit et qu’elle rentroit dans le camp. J’envoyai sur-le-champ M. de Johnstone, mon aide-decamp, chez M. de Repentigny pour faire revenir les troupes que j'y avois envoyées et pour avertir en même temps la compagnie de grenadiers de Royal- Roussillon et les volontaires de Duprat de se rapprocher et de se mettre à portée de soutenir le bataillon de Béarn, qui étoit à la gauche des retranchements.

A cinq heures, les berges entrèrent dans le chenal du Sault et se mirent derrière les deux frégates qui étoient échouées.

A cinq heures et demie, je vis descendre la colonne des ennemis des hauteurs et qui vint se former sur le

bord de la grève au gué du bas du Sault de Montmorency, se disrosant à le passer, la mer étant basse. J’étois Aaus ce moment avec le bataillon de Béarn. J'informai M. de Montcalm de ce mouvement et fis descendre aux retranchements les troupes à qui j’avois donné ordre de rester sur lechemin à la tête du camp de la brigade de Montréal. Je plaçai la compagnie de grenadiers “e Lansedoc avec cent hommes des Trois-Rivières pour svutenir la redoute de notre gauche. Les volontaires, a compagnie de grenadiers de Roya!-Roussillon et le dét:chement de M. de la Perrière vinrent me joindre an::: dans le moment. Je plaçai toutes ces ditiérentes trou; °° à border les retranchements et à se soutenir mutuellement.

À six heures, la colonne des ennemis s’ébranla et commença à passer le gué du Sault. Dans le même moment, les berges firent la descente derrière les deux frégates qui étoient échouées. Le feu de l'artillerie redoubla de toutes parts.

Les ennemis, s'étant formés derrière les frégates, marchèrent de bonne grâce pour attaquer la redoute de notre droite, que je fis abandonner-n’étant pas possible de la soutenir, ni aux ennemis de s’y établir, parce qu’elle est sous le feu de nos retranchements. Après que les troupes qui étoient dans la redoute furent retirées, le feu de notre mousqueterie commença de toutes parts. La colonne des ennemis, qui avoit débarqué, dépassa la redoute et s’avança jusqu’au bas du

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côteau de nos retranchements, d’où elle essuya un feu si vif qu’elle fut obligée de plier ; et il survint dans le moment un orage si violent, qu'il fit cesser le combat et favorisa la retraite des ennemis.

Le régiment de Royal-Roussillon, que j’avois fait avancer, me joignit dans ce moment. Il fut suivi de celui de Guyenne, que M. de Montcalm avoit fait approcher, que je plaçai en réserve derrière la brigade de Montréal ; et M. de Montcalm me joignit aussi de sa personne, un moment après que les ennemis eurent été repoussés. La colonne qui avoit passé le gué du Sault, s’avança jusqu’à la hauteur de la redoute de notre gauche, qu’elle n’osa pas attaquer, la voyant si bien gardée. La batterie de cette redoute ne discontinua pas À faire feu sur cette colonne.

Les ennemis se retirèrent, à l'entrée de la nuit, par la même route qu'ils étoient venus. J’estime leur perte à douze cents hommes, tant tués que blessés; la nôtre est de cent ; il est étonnant qu’elle ne soit pas plus considérable ayant essuyé un si grand feu d'artillerie toute la journée. On ne peut assez faire l’éloge des troupes et des Canadiens, qui ont été inébranlables et qui ont continuellement témoigné la plus grande volonté.

Voilà au vrai le détail de cette journée.

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