‹ Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760) [microforme]Chapitre 69 sur 95 · CAR · texte numérisé non relu

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entrer, si vous le souhaitez, dans les détails relatifs aux fonctions de l'emploi que j’ai rempli dans la colonie. Un de ceux sur lesquels je vous supplierai d’être favorable est celui des grâces que méritent les officiers de la colonie qui ont servi avec zèle et distinction sous mes ordres.

- J'ai fait la traversée avec la moitié de mon étatmajor sur un bâtiment de deux cents tonneaux. Nous avons failli à périr par une tempête.

Je suis obligé de m'’arréter ici quelques jours pour ma santé, ayant souffert de très grandes fatigues depuis longtemps.

Peu après la reddition de Montréal, je me rendis à Québec avec M. de Bourlamaque, pour faciliter par notre présence les moyens de procurer à toutes les troupes les transports les plus commodes.

Un vent violent, qui les retint pendant vingt-deux jours dans leur passage de Montréal à Québec et qui mit quelques vaisseaux hors d’état de servir, a rendu cet embarquement très difficile et n’a pas permis de pouvoir le faire avec ordre.

J'ai borné mes soins à ce que tous les sujets au service du Roi fussent embarqués. La saison exigeant de la célérité et mon vaisseau étant prêt, je partis, laissant après moi M. de Bourlamaque, pour continuer les mêmes soins et prendre un nouvel état, supposé qu'il fût fait quelque changement. Je joins ici celui du moment de mon départ. M. le marquis de

Vaudreuil et M. Bigot sont partis en même temps que moi.

Les troupes de terre étoient au jour de la reddition de Montréal deux mille deux cents tout compris, malades, invalides, etc. Je compte qu’il en repassera près de seize ou dix-sept cents. Le reste est demeuré dans le pays, où ils ont pris des établissements.

La solde a été payée du 1* janvier au 1° septembre, en lettres de change. J’espère que vous voudrez bien continuer à protéger les troupes qui ont été dans notre département et leur faire continuer le payement jusques au 1° janvier; ce qui leur sera d’un grand secours, pour les voyages et autres dépenses qu’ils ont à faire et pour attendre l’échéance de leurs lettres de change. Les officiers qui composent l’état major, qui se destinent à aller à Paris ou autres endroits, se trouvent à cet égard dans un embarras plus grand encore.

A M. DE CREMILLE

De la Rochelle, du 26 novembre 1760,

J’ai l’honneur de vous écrire au premier instant de mon arrivée ; je prévois que je serai forcé de m’arrêter ici quelques jours, soit pour respirer après une tra-

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versée extrêmement dure et qui n’a pas été sans danger, soit pour trouver des moyens pour me rendre à Versailles.

J'ai répondu à vos lettres du mois de février par les mêmes vaisseaux qui les avoient apportées. Comme ces vaisseaux ne sont venus que jusques à la baie des Chaleurs, où ils ont eu, depuis, un sort malheureux, j'ai lieu de craindre que ces lettres et mes autres dépêches n’aient été perdues.

J'envoie à M. le maréchal de Belle-Isle le duplicata de la relation que je lui faisois alors de nos opérations d'hiver et du printemps; j'y joins celle de ce qui s’est passé en été jusqu’au 8 septembre, qui a été le dénouement malheureux, mais préva et prédit depuis si longtemps.

Comme cette relation, et ma lettre qui l'accompagne, vous seront communiquées, je n’en ferai point ici une répétition. Lorsque je serai à Versailles, j'aurai l’honneur d'entrer avec vous dans les différents détails et sur tous les objets relatifs à mon service dans cette colonie,

Mais ce que je ne dois pas craindre de répéter, c'est la distinction, le zèle et le courage toujours soutenu avec lesquels les troupes de terre ont servi dans le Canada, les peines et les travaux de toute nature qu’elles y ont soufferts depuis plusieurs années. L’ouverture de la campagne du printemps dernier et le jour du 28 avril sont la preuve de tout ce que j’ai à

dire à leur avantage ; elles ont presque toujours été victorieuses, quoique presque toujours sans autres moyens que leur courage opiniâtre ; elles ont succombé, lorsqu'elles n’étoient plus que l’ombre d’ellesmêmes.

Ces troupes sont dans la confiance qu’avec votre protection, elles obtiendront du Roi les grâces qu’un plus heureux événement leur auroit méritées.

Je me propose, lorsque je serai à Versailles, de présenter à Monsieur le maréchal un mémoire des demandes des officiers de chaque corps. Je suivrai en cela l’esprit de M. de Montcalm et la justice que je crois être due à chacun d’après ses services. Je regarderai ces grâces comme faites à moi-même personneller.ent, et j'espère que vous voudrez bien accorder à ces officiers les mêmes bontés à leur retour que vous leur avez fait éprouver lors de leur départ de France. Ils sont dans une circonstance qui mérite une attention favorable de Monsieur le maréchal et de vous; c’est celle où ils se trouvent d’être sans espèce ; ils ont de l’argent papier du Canada, mais de nulle utilité pour les besoins de toutes choses où chacun d’eux se trouve.

I1 leur est dû trois mois d’appointements. S'il étoit possible de les faire payer, du 1° septembre au 1% janvier, par la Marine, cela leur seroit d’un grand secours pour suffire à leurs pressants besoins et pour attendre l'échéance de leurs lettres de change, la plus

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grande partie n’ayant d’autres ressources que leurs appointements.

AU ROI DE POLOGNE

Du 5 décembre 1760, Sire,

Je suis arrivé de l'Amérique et j’ai été obligé de me rendre à Versailles pour rendre compte de la commission dont j’étois chargé, sans quoi je n’aurois pas perdu un instant à me rendre auprès de Votre Majesté. J'ai le plus grand empressement de remplir mes devoirs auprès d'elle. J’ai plus senti le malheur d’être éloigné de Votre Majesté que toutes les autres peines que j'ai souffertes dans le Nouveau Monde, que le manque d’aucun secours et les forces énormes des Anglois nous ont obligés d'abandonner.

Si je n’ai pu conserver le pays, j'ai au moins la consolation d’avoir sauvé l’honneur des armes. Il me paroît que l’on est content de ma conduite, si je dois en juger par l’accueil favorable que le Roi, votre gendre, a daigné me faire.

Je ne puis que me louer des bontés et de l’amitié que M. le maréchal] de Belle-Isle m'a marquées ; il m’a dit qu’il se chargeoit de mes intérêts et que je n’avois

LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 895 114 leurs qu’à solliciter ceux des troupes que je demandois. Ils sont fort étendus par les détails que j’ai à rendre à différents ministres, ce qui me fait craindre de ne pouvoir pas jouir du bonheur de me retrouver auprès de Votre Majesté aussi tôt que je le désirerois. 760. CXCIV A M. PITT, MINISTRE, ET AU GÉNÉRAL LIGONIER (?), ‘ hé ANGLOIS À mispas 17 février 1761. j.

esté. ER mes La capitulation qui a été faite entre M. le général l: De ’être Ambherst et M. de Vaudreuil, gouverneur général du (À ines Canada, porte que les troupes que je commandois À 16e » le dans ce pays ne doivent pas servir de la présente | ‘8 11: des guerre. C’est un événement très contraire et décisif . pour ma fortune, puisqu'il m’empêchera de mériter 8 la les grâces qu’il pourroit plaire au Roi mon maître de "ul À 8 m'accorder. La générosité avec laquelle j'en ai usé ; Lis k Rois envers les troupes de Sa Majesté Britannique, que le Dtre sort de la guerre a fait tomber dans mes mains et mon à humanité à empêcher les cruautés des sauvages, ce : FSI itié qui est connu de tous les officiers généraux et particum'a liers des troupes angloises qui ont servi en Amérique, ñ pois me font espérer que vous voudrez bien vous intéresser ï

pour moi auprès de Sa Majesté le Roi d'Angleterre pour me permettre de servir.

Je vous prie de vouloir bien vous ressouvenir que j'ai eu l'honneur de vous voir en Angleterre, et que vous aviez de l'estime et de l'amitié pour M. le maréchal et M" la maréchale de Mirepoix. En cette considération, j'ose espérer que vous voudrez me procurer la satisfaction que je désire; j’en aurai toute la reconnoissance possible. Je vous supplie de considérer que ce ne seroit qu’un particulier que Sa Majesté le Roi d'Angleterre priveroit de la suite de sa fortune. J'attends tout de vos bons offices.

CXOV

AU GÉNÉRAL LIGONIER

Le 10 mars 1761.

Les bontés dont Votre Excellence m’a honoré, notamment l’année dernière, me donnent la confiance de m'adresser à elle pour lui recommander M. de Bourlamaque, brigadier, qui servoit avec moi en Canada. Votre Excellence verra par le mémoire que je prends la liberté de lui envoyer que cet officier demande la permission de servir. Je puis certifier que ce qu’il avance dans ce mémoire est dans la plus exacte vérité, et j'ai été témoin des risques qu'il a

courus plus d’une fois de la part de nos sauvages pour arracher des "prisonniers anglois. J’ose aussi assurer Votre Excellence que la situation malheureuse où il se trouve par la capitulation du Canada mérite d’intéresser sa générosité. Il n’a d'autre fortune à espérer que par le service. Si la grâce qu’il demande lui est refusée, il perd toute ressource, soit pour l’existence ou pour l’avancement. Je n’ose me flatter que l'intérêét particulier que j'y prends puisse être de quelque poids auprès de Votre Excellence. Je ne lui présente d'autre motif que celui de rétablir la fortune d’un homme de condition qui ne mérite pas un sort aussi douloureux.

J'ai cru que Votre Excellence excuseroit la liberté que je prends de m'adresser à elle pour obtenir cette grâce; chef et protecteur des militaires, ils ont droit d'attendre d’elle toute sorte de bontés.

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