E2C ALLEMAGNE
lièvre et une couple de perdrix. Strasbourg appartient à la France, et ses habitants font un commerce important.
Les bourgeois ici étaient tous armés, et semblaient heureux du grand changement qui leur avait procuré la liberté (i).
Nous entrâmes à la cathédrale, grand et élégant édifice gothique, avec de beaux vitraux. Dimanche matin (23 août) nous quittâmes Strasbourg et, traversant le Rhin, nous mîmes le pied sur le sol d'Allemagne, à un mille de là environ. C'est un pays que la nature a favorisé autant que la France, car son sol est fertile, mais jusqu'à présent les habitants vivent sous un gouvernement despotique. Nous traversâmes beaucoup de villes, dont quelques-unes sont bien et très régulièrement bâties, mais presque toutes renferment le palais d'un prince allemand qui possède tout le territoire environnant ; et la plus grande partie de ces domaines consiste en vastes forets destinées à entretrenir des cerfs et d'autres gibiers ; d'où
(1) Un voyageur allemand, Henri Storch, qui voyage en 1787, est déjà frappé de l'aspect d'aisance et de gaîté de la population de Strasbourg et de la Lorraine, « à cent pas delà frontière allemande ». Le Russe Karamsine {Lettres d'un voyageur russe en France et en Allemagne) admire également en 1790 la prospérité de l'Alsace.
rigby. 14
il suit qu'une beaucoup trop petite portion du sol est cultivée pour la subsistance du peuple, La conséquence en est que les villes, étant sans commerce et habitées presque uniquement par des subordonnés des cours de ces princes, sont à moitié peuplées et très mornes, tandis que la campagne a peu d'habitations. C'est absolument le contraire de la France, qui est couverte de maisons et d'habitants. Plusieurs de ces palais, qui sont en si grand nombre ici, sont construits avec une grande magnificence et sont entourés de jardins d'une' étendue considérable, dont la décoration, dans un style d'ailleurs entièrement dénué de vrai goût, a coûté des sommes énormes. Non loin de Bruchsal, dans un lieu appelé Schwetzingen, nous vîmes les jardins de l'Electeur Palatin, qui sont réputés les plus beaux de l'Europe mais ils sont dessinés avec le même mauvais goût artificiel qui domine à Versailles, à Chantilly, etc.
Beaucoup de longues allées droites, de figures d'animaux d'où l'eau jaillit, des temples, de grossières perspectives en peinture au bout de quelques allées qui nous trompèrent jusqu'à ce que nous en fûmes proches, des ruines, etc.