WORMS
On bâtissait à ce moment une mosquée turque qui, comme spécimen, probablement exact, de construction mahométane, fut la seule chose susceptible de nous intéresser. Nous atteignîmes Manheim à une heure.
Le même Electeur Palatin a ici un palais renfermant une grande galerie de plus de cinq cents tableaux, mais de meilleurs juges que moi disent qu'il y en a très peu de bons. Manheim est une grande ville bâtie avec une extrême régularité. Elle est parfaitement triste, et bien que les habitants semblent plus nombreux que dans d'autres villes du même genre, ils paraissent tous endormis. La ville suivante de quelque importance est Worms ; elle paraît grande et propre, mais si nous y étions restés longtemps, j'aurais couru le danger de me disloquer la mâchoire à force de bâiller. Il y avait là beaucoup de nobles français passant rapidement comme des fugitifs, et les valets allemands s'en moquaient beaucoup. De Worms à Mayence, la campagne est un peu plus variée et notre voyage, ce matin, depuis à partir d'Oppenheim, fut agréable : d'un côté de petites collines couvertes de vignobles florissants ; de l'autre, le Rhin qui s'élargit ici en un noble cours d'eau, et au delà une plaine fertile, limitée par des
collines assez élevées. Dans les environs, cependant, nous constatâmes de tristes traces des dégâts causés par un épouvantable orage de vent et de pluie qui survint le 30 juillet, le jour même où nous fûmes témoins à Marseille d'une extraordinaire tempête de vent, sans pluie. M. Morgan avait alors observé que, comme cette violente perturbation de l'air était sans doute produite par un grand vide dans l'atmosphère , elle avait probablement été accompagnée quelque part d'une grosse et soudaine pluie. Près d'Oppenheim nous fûmes navrés de voir tant de jolis jardins particuliers ravagés par l'orage ; les clôtures étaient toutes arrachées, et tout présentait un triste tableau de dévastation.
Nous avons eu quelques retards à cause de la rareté des chevaux, car la route est à présent encombrée par les malheureux réfugiés français, princes et nobles impopulaires. Le comte d'Artois et le prince de Condé, le premier, frère du roi, le second, son cousin, sont parmi ces fugitifs. Ils n'ont pas encore trouvé d'abri où demeurer et semblent aller de place en place, sans savoir où ils sont en sécurité. Personne n'a l'air de les plaindre ; même les valets et les derniers domestiques des auberges