LE RHIN
assez importante (1). La surface de l'eau est parfaitement unie, l'étendue très vaste ; le soleil resplendit sans nous incommoder par trop de chaleur, les avirons se meuvent uniformément, frappant l'eau lentement et doucement, mais en nous faisant avancer à une bonne allure. En fait, à juger par les voitures que nous voyons sur la route le long du fleuve, nous allons beaucoup plus vite qu'elles. Le paysage dans son ensemble est ravissant, et j'espère en conserver longtemps le souvenir. En approchant de Bingen, nous vîmes une foule de gens au bord du fleuve, sur un quai près duquel il y a plusieurs bateaux à l'ancre. A cet en droit, j'aperçois tout à fait à l'horizon une tour pa laissant sortir de l'eau, et de fait elle sort de l'eau, car elle est construite sur un petit rocher au milieu du fleuve (2). Le Rhin se rétrécit alors considérablement, et la rapidité de son cours s'accroît à proportion ; et comme il coule ici sur un fond de rochers, il commence à mugir. Le bateau est secoué, mais sans que nous courions aucun danger. En réa-
(1) On sait que Bingen est une ville frontière séparant la Hesse de la Prusse.
(2) C'est la tour de Mceuseturni, connue par la légende d'après laquelle un archevêque de Mayence, poursuivi jusquelà par ses ennemis, y aurait été mangé par des souris.
lité, tout le long du Rhin, Ja navigation est parfaitement sûre, alors surtout qu'on emploie rarement les voiles.
Je suis de plus en plus étonné de la quantité de villes qui s'élèvent ici. Le fleuve est tellement sinueux que certainement je ne puis voir à deux milles devant moi, et pourtant il n'y a pas moins de quatre villes importantes en vue qui paraissent placées alternativement sur les deux rives, comme les réverbères dans les rues de Londres.
Des ruines de plus en plus belles apparaissent aussi. Ces édifices furent détruits par Gustave-Adolphe et ses généraux : tristes traces des ravages de la guerre ! Au passage de la plupart des villes un léger droit est perçu sur chaque bateau. C'est un droit gênant et tracassier, et assurément très impopulaire. A un endroit que j'ai déjà mentionné, des soldats sont constamment en faction sur une tour bâtie sur un rocher au milieu du fleuve. Quand un bateau approche, une cloche sonne, et Ton doit s'arrêter et payer le droit, sous peine d'essuyer des coups de feu.
Je commence à croire que la descente du Rhin nous procurera autant de plaisir que celle du Rhône. Nous pouvons être à Amsterdam dans