INTRODUCTION XXV
Il suffît, pour commencer, de critiquer les témoins à charge que nous venons de citer. Assurément, ils ont exagéré leurs pensées, voire même faussé les faits pour arriver aux conclusions qu'ils désiraient obtenir. Il est certain que d'Argenson amplifiait en disant qu'on ne pouvait employer à aucun travail les habitants de la Touraine. On voit mal une province entière réduite à l'inaction. Il est évident que Montaugé n'a pas réfléchi à l'excès en parlant des plaines immenses du Limousin, de la Marche et de l'Auvergne qui sont, de par nature, des pays montagneux, de culture difficile.
Il est évident, enfin, que si toutes ces provinces avaient été de longue date dévastées par la famine, elles n'auraient pas donné à la République et à l'Empire cette race forte et endurante de soldats, qui n'était certes ni dégénérée ni affaiblie.
Enfin les textes sont nombreux qui — au contraire des premiers — concluent au bonheur du peuple. Et par bonheur il ne faut pas entendre seulement le bonheur moral qui est le consentement de son sort, quelque pénible qu'il soit, mais aussi le bonhenr matériel.
« Ou ne saurait croire combien les paysans sont heureux, écrit un anonyme en 1728, maintenant que leurs gentilshommes et leurs seigneurs ne leur enlèvent plus le chapon, ni la poule, ni le veau, ni le mouton, l'œuf, ni le fruit, et qu'un chacun mange en repos, sans crainte d'être maltraité de personne. »
Dix ans plus tard : « Les villages sont peuplés de paysans forts et joufflus, vêtus de bons habits et de linge propre, écrit en 1739 Lady Montague ; on ne peut imaginer quel air d'abondance et de