XXXIV INTRODUCTION
Dans tout ceci, il est bien malaisé de démêler d'une manière précise l'enchaînement des causes et des effets. Un fait est certain : c'est que le peuple était jadis plus joyeux qu'aujourd'hui. La vieille gaîlé française semble bien près d'agoniser pour aller prendre rang, avec les légendes d'antan et les chansons d'autrefois, dans ce royaume des ombres que Chateaubriand appelle la « poudreuse famille des sourds ».
Lady Eastlake elle-même Ta reconnu en écrivant dans la préface des Lettres de son père : « La gaîté du peuple français semble, il est vrai, avoir élé plus grande avant la Révolution qu'elle ne Test aujourd'hui.
« Ce fait peut être attribué en partie aux changements incessants et aux révolutions qu'il a subis. Il faudrait aussi tenir compte de certaines modifications dans la législation, cette législation qui a égalisé la répartition de la propriété, a augmenté les habitudes d'énergie et l'expérience des affaires, mais en même temps les soucis et l'esprit de prévoyance de tout homme et de toute femme en France. »
Il est possible que Lady Eastlake ait raison. Mais peut-être est-il permis de se demander si le progrès et le bonheur ont marché de front dans ces circonstances, et si ce peuple a gagné du tout au tout à voir augmenter « ses soucis » en même temps que disparaissait de son visage le bon rire gaulois qui, suivant Rabelais, est « le propre de l'homme » ?
« Le propre du Français », faudrait-il dire, car cette belle humeur était bien jadis un monopole. Rigby nous l'affirme une fois de plus lorsqu'il a quitté nos frontières. Dans son voyage au delà des