CHAPITRE PREMIER
Lettres du 2 juillet au 13 juillet 1789.
Impressions du Dr Rigby sur Douvres. — Embarquement et traversée. — Calais. Agréable aspect de la ville. — Saint-Omer. — Lille. — Richesse de la campagne française. — Douai. — Cambrai. — Roye. — Détails sur l'état agricole du pays. — Chantilly. Son château et ses jardins. — Passage du régiment de Provence. — Arrivée à Paris. Le Palais-Royal. Les Gobelins. Le Théâtre italien et les boulevards Notre- Dame. La Bastille. L'Arsenal. L'Opéra et Vestris. — L'auteur est enthousiasmé de Paris. — Réflexions sur l'état politique de la France, les premiers troubles et mouvements révolutionnaires.
Douvres, jeudi soir, 2 juillet 1789.
Ayant été retenus quelque temps à Londres , nous n'avons pu arriver dans cette localité que ce soir, et nous sommes obligés d'y coucher. La journée a été constamment belle, et nous avons fait un voyage très agréa-
ble. La route entre Cantorbery et Douvres est superbe et s'allonge entre de petites collines arrondies et bien boisées. Â deux milles environ de Douvres, nous découvrîmes une magnifique vallée laissant apercevoir le château de Douvres, la mer et, dans le lointain, la côte française. C'est une vue splendide. Douvres est bizarrement située : c'est une longue ville, aux maisons disséminées, bâtie sous les falaises calcaires qui dominent l'Océan. Les falaises ont ici la forme d'un amphithéâtre ou d'un croissant, et la terre qui s'étend au-dessous fut évidemment autrefois couverte d'eau. Ces rochers frappent le regard par leur blancheur, mais je ne crois pas qu'ils soient plus élevés ou plus pittoresques que ceux de Mundsley sur la côte de Norfolk. Nous venons de faire une délicieuse promenade sur la plage qui n'est pas, comme à Yarmouth, formée de sable, mais de petits cailloux. Le pavot croît abondamment au milieu d'eux. Nous nous promenâmes jusqu'à la chute complète du jour, mais au clair de lune le paysage parut encore plus charmant ; l'air était calme, la mer unie, et les vagues venaient se briser doucement sur le rivage. Mes compagnons étaient bien disposés àjouir de ce spectacle, et notre plai-