CALAIS
On nous arrêta au bureau de la douane pour écrire nos noms sur un registre qui est visé par le maire.
Calais est mieux que je croyais, et je suis extrêmement surpris de voir une ville aussi peuplée; du moins me semble-t-il, caries rues sont pleines de monde, peut-être parce qu'il fait beau . Une jeune fille vient d'entrer dans la pièce ; elle est habillée comme les jeunes filles, je suppose, le sont ici depuis longtemps : un bonnet avec deux ailes ou bandeaux, laissant apercevoir à peine les cheveux, pas de frisures sur les tempes ni de boucles retombant sur la nuque. Son corsage est singulier ; mais je ne puis pas le décrire. Elle a deux longs pendants aux oreilles, un collier et une croix brillante sur la poitrine.
La voiture et les bagages ne sont pas encore arrivés, et nous ne les aurons pas avant demain ; nous devons donc rester ici toute la nuit...
Nous dînâmes ici à trois heures ; on nous servit du maquereau préparé à la française ; les autres plats étaient anglais ; mauvaise bière, mais bon vin de France, Bourgogne excellent. A six heures nous nous dirigeâmes vers le port pour voir entrer notre paquebot. Beaucoup
de société sur la jetée ; de nombreux enfants se baignaient ; ils nous demandèrent, un petit fardin (1); des femmes péchaient... Nous allâmes sur les remparts, où nous vîmes trois régiments de soldats, beaux et robustes gaillards ; très propres quand ils montent la garde. Cependant à l'exercice ils ne sont pas aussi corrects que les soldats anglais. Ils ne portaient pas tous des bas de même couleur. Nous vîmes aussi plusieurs femmes priant devant un grand crucifix. Les rues étaient remplies de monde, et une foule de gens revenaient de la campagne avant que l'on ne fermât les portes. Nous remarquâmes quelques dames élégantes bien habillées à l'anglaise. Après le souper nous retournâmes nous promener au clair de lune sur les remparts et nous fûmes arrêtés par un soldat qui cria : Tournez. La quantité de promeneurs, surtout de femmes et d'enfants, tous gais et expansifs (2), était très grande. La population d'ailleurs est considérable ; elle s'élève à 11.000 habitants, non
(1) Pour farthing : centime.
(2) Cette heureuse impression ressentie par les Anglais à leur arrivée en France, impression d'autant plus vive queleurs préjugés sont plus grands, est exprimée par un grand nombre de compatriotes et de contemporains de Rigby. Il faut ici rapprocher son récit du Voyage sentimental de Sterne.