CALAIS
compris les soldats, les marins et les étrangers (1).
Lille, dimanche matin, 3 heures, o juillet 17S9.
Nous sommes à Lille, dans la Flandre française. Nous sommes descendus dans la principale auberge, Hôtel de Bourbon, et nous occupons une chambre qui a vue sur le marché. Il y a à peine un objet sous mes yeux qui ne diffère entièrement de ceux auxquels j'ai été habitué. A Norwich, à cette heure, peutêtre verrait-on çà et là une personne traverser seule le marché... ici, il y a foule depuis une heure ou deux. Des hommes et des femmes, des soldats, des chaises de poste, des chariots, se croisent. Quelques personnes, je crois, vont à l'église; d'autres viennent au marché; beaucoup, je suppose, prennent simplement l'air. Je vois des centaines de femmes, et toutes sont sans chapeau...
Mais revenons à Calais. Nous quittâmes cette ville hier à six heures ; nous avions deux
(1) Nous supprimons de cette lettre, comme de quelqaes autres dans la suite, diverses questions posées par l'auteur à ses correspondantes sur leur santé, leur vie intime, etc., qui ne sont d'aucun intérêt pour le lecteur. Nous agirons de même pour la formule « Dieu vous bénisse » qui termine chaque lettre.
postillons français, et six chevaux, ou plutôt cinq chevaux et une mule.
Ces animaux sont ici à l'état de nature, avec leurs longues queues, leurs longues crinières, et leurs pieds pattus ; leur harnais est fait de cordes. Aussi, un Anglais ne manquera pas de médire de ces animaux ; mais nous trouvâmes qu'ils marchaient fort bien, à une allure régulière, environ sept milles à l'heure, sans fouet et sans grande fatigue apparente.
Les postillons ont bien des fouets qu'ils font claquer très bruyamment en les jetant adroitement en avant et en arrière au-dessus de leurs têtes ; mais ils s'en servent à la manière des guards qui jouent du cor sur les mail coachs en Angleterre ; c'est-à-dire à l'approche d'une ville, pour que l'on fasse place à la Poste royale ; car toutes les postes ici appartiennent au roi. On nous avait dit de nous attendre à des routes grossièrement pavées. Elles sont pavées en certains endroits, mais dans d'autres elles sont aussi bonnes que des routes de péage anglaises. Dans les proches environs de Calais le pays est plat, et il y a de grandes étendues de pâturages; mais les petits villages et les maisons de paysans y sont en nombre. La route est bordée, de chaque