‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 31 sur 123 · RICHESSE DE LA CAMPAGNE V · texte numérisé non relu

RICHESSE DE LA CAMPAGNE V

côté, d'arbres : saules, ormes, peupliers d'Italie, etc.

Le caractère le plus frappant du pays que nous traversâmes hier est son étonnante fertilité. Nous franchîmes une distance de soixante-dix milles, et j'ose dire que nous ne vîmes pas un acre qui ne fût dans l'état de culture la plus soignée. L'abondancedes récoltes dépasse tout ce que j'aurais pu imaginer — des milliers et des dizaines de mille d'acres de froment supérieur à tout ce qui peut être produit en Angleterre ; avoine d'une hauteur extraordinaire. Il y a aussi une immense quantité de fèves, beaucoup de lin, un peu de tabac, et du pastel (Isatis tinctoria).

On nous avait parlé à Calais de la rareté des grains, mais on ne s'en aperçoit pas ici. A juger d'après l'apparence de la campagne, on ne supposerait pas qu'une disette pût jamais avoir lieu ; mais, quand nous arrivons dans les villes, les foules sont si immenses que nous comprenons la nécessité d'une quantité prodigieuse de blé pour les nourrir. A dix heures nous traversâmes Saint-Omer, grande ville de 24.000 habitants, solidement fortifiée.

Les routes ne sont pas seulement plantées d'arbres , mais en certains endroits elles

sont pendant des milles tracées en ligne droite, ce qui n'est pas très agréable. Elles vont directement d'un village à un autre, de sorte que lorsque nous en quittons un, nous apercevons immédiatement le clocher d'un autre à l'extrémité de la perspective. Les routes sont sillonnées de passants, de voitures, de chariots, de charrettes, etc.

En général, l'extérieur des gens est différent de ce à quoi je m'attendais, ils sont robustes et bien faits. Nous fûmes témoins de plusieurs scènes charmantes sur notre chemin, la veille dans la soirée de notre arrivée à Lille. De petits groupes d'amis étaient assis sur lé devant des portes ; quelques hommes fumaient, d'autres jouaient aux cartes en plein air, et d'autres filaient du coton. Tout ce que nous voyons porte la marque du travail, et tous les gens paraissent heureux. Nous avons, il est vrai, vu peu de signes d'opulence chez les individus, car nous n'apercevons pas autant de maisons de campagne bourgeoises qu'en Angleterre *, par contre, nous avons vu peu de gens des classes populaires en haillons, vivant dans la paresse et la misère. Quels singuliers préjugés nous sommes enclins à accueillir en ce qui concerne les étrangers î

Page 1