ARRIVÉE A PARTS
ries dépendant de ce château sont plus belles que la maison. Elles sont pleines de chevaux anglais, affectionnés par le prince. Chantilly, en somme, est un endroit charmant. Les vastes bois qui l'entourent et les parcs qui sont ouverts à tout le monde sont d'un eflet ravissant. Le régiment de Provence passa par Chantilly, mardi, en route pour Paris, beau régiment, mais les hommes paraissaient un peu fatigués. Nous arrivâmes à Paris mardi soir, et nous ne fûmes pas retenus par le commis à la barrière, mais nous lui donnâmes deux shillings six pence.
Bien que dans le cours de notre voyage depuis Calais nous ayons rarement pu faire plus de cent mètres sans voir du monde, quand nous approchâmes de Paris, nous ne remarquâmes cependant pas cette foule qui couvre les routes dans les environs de Londres (1). Par contre, les rues sont partout sillonnées de voitures et de piétons. Nous prîmes des chambres au Grand- Hôtel du Palais-Royal (2), hôtel dans le genre d'Osborne's Hôtel à Londres. Nous louâmes
O) Young fait la même réflexion à ce sujet. (2) Situé rue Saint Honoré.
une voiture pour la semaine moyennant cinq louis.
Nous fîmes une promenade au Palais-Royal, qui est une vaste place récemment construite par le duc d'Orléans ; elle est couverte de boutiques (1). Au milieu, la place est divisée par des arbres en allées, remplies de promeneurs. Notre première visite fut pour M. Dallos, homme aimable et intelligent, qui nous accompagna dans beaucoup d'endroits auxquels nous n'aurions pas songé. Nous vîmes la manufacture de tapisseries des Gobelins, où les peintures les plus remarquables sont exactement copiées en laine. Les couleurs de la laine sont d'un admirable éclat et toutes teintes dans un atelier voisin. Je demandai aux ouvriers si, comme je le croyais, leur excellente méthode de teinture était tenue secrète. Ils me répondirent qu'il n'en était rien : leur seul art consiste dans la propreté et la précision. « Chaque objet est soigneusement pesé et mesuré, et nos instruments de travail », dirent-ils, en montrant les chaudières, « sont propres. » Il y a notamment une admirable copie delà célèbre Ecole cl Athènes de Raphaël.
(1) C'est en 1781 que le duc d'Orléans entreprit les immenses ravaux du Palais-Royal.
LE ÏHÉATHE-ITALIEN 23
Les églises que nous visitâmes sont des édifices modernes, aucune n'est aussi grande que Saint-Paul. Nous dînâmes dans un café au Palais-Royal meilleur marché qu'à Londres, et le soir nous allâmes au Théâtre-Italien (1).
La forme de la salle n'est pas la même qu'à Londres ; elle est en amphithéâtre ; l'entrée et les différents corridors donnant accès aux loges sont très spacieux et meilleurs que dans les théâtres de Londres ; mais la salle n'est pas aussi bien éclairée, et la toilette des spectateurs n'est point aussi soignée. On joua deux pièces. La première était Le petit souper de famille, fade mais très sentimentale, et les Français l'applaudirent beaucoup. La seconde, Richard Cœur de Lion, contenait quelques bons chants et fut mieux jouée. Il nous fut très instructif d'écouter la prononciation correcte des mots, et même des syllabes, de sorte qu'avec l'aide d'un livre nous pûmes très bien comprendre. Nous allâmes ensuite nous promener sur les boulevards ; ce sont des prome-
(1) Appelé théâtre des Italiens ou Opéra-Comique. En 1781 les comédiens italiens, mécontents du théâtre de l'hôtel de Bourgogne qui tombait en ruines, firent construire celui-ci par l'architecte Meurtrier sur l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, situé sur le boulevard. Ils l'abandonnèrent en 1797 pour la rue Feydeau.
nades très fréquentées qui entourent la ville ; elles sont bordées de beaucoup de belles maisons.
9 juillet. — Nous visitâmes l'église Notre- Dame, très beau monument gothique richement décoré, avec beaucoup de chapelles et de peintures, et dans le chœur des sculptures sur bois. Du haut de cette église, nous jouîmes d'une vue complète de Paris à vol d'oiseau.
La ville n'est pas aussi étendue que Londres, mais les édifices étant en pierre de taille blanche, l'effet en est plus frappant. Nous avons maintenant assez vu de Paris pour être convaincus que ce n'est pas la ville malpropre, mal bâtie, incommode, que nos compatriotes grincheux nous ont décrite (1). Les beaux monuments y sont plus nombreux qu'à Londres; tous les endroits dignes d'être visités sont également plus accessibles qucdans notre capitale ; les prix d'entrée sont moins élevés, et beaucoup de cesendroits peuvent être visités gratuitement- Les habitants, d'autre part, sont très expansifs.
1 ' Young, entre autres, s'accorde avec Mercier qui, dans son Tableau de Paris, se plaint à tous moments de l'incoinniodilé des rues boueuses et sans trottoirs, où il est éclaboussé par les voitures.