‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 38 sur 123 · TROUBLES · texte numérisé non relu

TROUBLES

Hier soir, vers sept heures, Ja nouvelle se répandit que quelques soldats avaient attaqué un groupe de citoyens. On crut malheureusement à ce bruit, et on décida de prendre les armes et de demander aux soldats favorables au peuple de se joindre à lui. Cela fut vite fait, mais, comme bien vous pensez, avec une confusion de nature à alarmer les citoyens paisibles. Un grand nombre de soldats ont suivi le peuple, et ils ont parcouru les rues toute la nuit ; on dit que quelques dommages ont été causés par le désordre de la foule. Nous avons entendu beaucoup de bruit, mais il ne peut y avoir aucun danger pour les gens qui sont dans les maisons, et on espère qu'il suffira de quelques heures pour rétablir le calme, car on a une grande confiance dans l'Assemblée Nationale. Elle s'est réunie hier aussitôt qu'elle a appris que M. Necker s'était retiré. Je ne suis pas à même de donner mon opinion sur l'état actuel.de la politique.

Tout ce que je puis faire, c'est de déplorer qu'un peuple aimable et éclairé soit entraîné dans des calamités publiques. Vous pouvez compter sur notre prudence en ce qui nous concerne. Nous avons tous laissé en Angleterre des amis que nous aimons trop pour risquer

quoi que ce soit en vue de satisfaire ce qui pour nous doit être pure curiosité. Nous espérons quitter Paris aujourd'hui, et j'écrirai à la prochaine poste. Mais comme les courriers sont très irréguliers, ne soyez pas effrayées si vous ne recevezpas immédiatement de nos nouvelles. Je vous répète de nouveau que nous serons prudents.

Paris, samedi malin, 18 juillet 1789.

J'ai été témoin de la révolution la plus extraordinaire qui ait peut-être jamais éclaté dans la société humaine. Un peuple grand et sage luttait pour la liberté et les droits de l'humanité. Son courage, sa prudence et sa persévérance ont été récompensés par le succès. Un événement, qui contribuera au bonheur et à la prospérité de millions de gens dans l'avenir, est survenu presque sans effusion de sang, et n'a causé que quelques jours d'interruption dans les affaires et le commerce de la ville.

Les détails de cet événement étonnant dont j'ai été témoin m'ont vivement impressionné, et ce sera un de mes plus grands plaisirs, à mon retour, de vous en faire le récit. Avant d'arriver à Paris, nous eûmes suffisamment de preuves

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