CAUSES DE LA RÉVOLUTION
de juillet. Depuis quelque temps déjà des signes d'agitation dans l'esprit public avaient apparu dans toute laFrance; un mécontentement général exprimé de plus en plus bruyamment par le peuple s'était manifesté, ainsi qu'une disposition à risquer des mesures extrêmes pour obtenir une réforme des impôts. L'oppression du gouvernement avait été dénoncée trop souvent et sans aucune équivoque par la grande masse de la société pour que la cour de France ne fût point suffisamment avertie. Quelques troubles dans différentes provinces avaient été déjà la conséquence de cet état de l'esprit public. Paris étant le foyer qui recevait les rayons réfléchis de tous les points de ce vaste pays et Versailles la résidence du roi et le siège le plus proche du gouvernement, furent plus spécialement l'un et l'autre le théâtre de ces agitations populaires.
Une des plus violentes eut lieu à Versailles, une quinzaine de jours avant notre arrivée. Necker avait été renvoyé par la politique aveugle de la cour. Celle-ci se croyait à tort dans le plus grand danger en conservant un ministre qui avait la réputation d'être un ami de la cause du peuple. A cette nouvelle une foule considérable se dirigea sur Versailles et
s'approcha du château en demandant bruyamment le rappel de son ministre favori (1). Le comte d'Artois, qui était au château, répondit de la manière la plus appropriée à son intelligence ; il ordonna aux gardes de tirer sur le peuple. Les gardes, néanmoins, refusèrent ; le peuple continua d'avancer, et Louis XVI, accompagné de la reine et du dauphin, se montra à la fenêtre ou au balcon.
11 promit alors non seulement que Necker serait rappelé, mais il donna solennellement sa parole de roi que les délibérations de l'Assemblée ne seraient point troublées, et qu'il ne lèverait point d'impôts sans le consentement de cette assemblée. Le peuple fut satisfait de cette déclaration et revint à Paris, proclamant bien haut la bonté du roi et l'importante concession faite à ses demandes. Cette transaction fut envisagée de la même façon dans la plupart des provinces de France. Ce fut un sujet de satisfaction et de joie universelles, qui fut célébré comme un grand événement politique et donna lieu en divers endroits à de grandes
(1) Il serait superflu de rappeler ici les événements si connus de la journée du 20 juin. Le récit tendancieux qu'en fait Rigby est bien intéressant, car l'auteur est évidemment ici le porte-paroles de la société étrangère de Paris et des milieux révolutionnaires dont il adopte la version.
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réjouissances publiques. La veille de notre arrivée à Calais, les maisons de cette ville avaient été illuminées à cette occasion et le brave hôtelier se réjouit pour nous que Paris fût parfaitement exempt de troubles.
Notre bon aubergiste et ses frères étaient un pou trop confiants dans les promesses royales.
Ils auraient dû se rappeler que les circonstances dans lesquelles elles avaient été faites n'avaient pas du tout le caractère d'une concession volontaire. Neckerfut pourtant rappelé, mais le long de notre route jusqu'à Paris, nous eûmes des preuves suffisantes que la promesse du roi ne serait pas complètement tenue, et nous rencontrâmes des personnes qui eurent, la franchise d'avouer qu'il en serait ainsi, car elle ne devait pas l'être.
Comme, dans une conversation avec un prêtre anglais de l'Eglise catholique, nous répétions les assurances joyeuses concernant la tranquillité de Paris et les concessions du roi qu'on nous avait faites à Calais, il nous répondit qu'il ne connaissait pas les promesses du roi. Mais il savait, disait-il, quelles étaient les intentions de la cour ; il savait que de nombreux régiments, bien pourvus d'artillerie, marchaient précipitamment sur Paris, et il
ne doutait pas que le peuple ne fût bientôt ramené à la raison, et guéri de se mêler de ce qui ne le regardait pas.
A Lille, à Cambrai et à Chantilly nous avions croisé plusieurs régiments marchant sur Paris, et à notre arrivée nous sûmes qu'ils n'avaient cessé depuis plusieurs jours de s'y rassembler de tous les points, que des dispositions militaires étaient prises dans Paris et autour de Paris, et qu'un vaste camp était formé au centre même delà cité (1). Ces signes non douteux de l'intention du roi de ne point remplir sa promesse produisirent non seulement de l'agitation dans Paris, mais déterminèrent l'Assemblée nationale à envoyer au roi une adresse enflammée. Elle demanda pourquoi des troupes étaient concentrées à Paris et à Versailles ; elle craignait que la liberté de ses débals ne fût supprimée par le voisinage de la force armée, et elle était persuadée qu'une des causes du mécontentement populaire à Paris, à savoir la rareté du pain, ne serait pas diminuée par l'introduction de milliers de soldats dans la cité.
Une réponse évasive et circonspecte fut
(1) Il y a sans doute là une allusion à la concentration des troupes du prince de Lambesc sur la place Louis XV.